Si vis pacem para bellum
On essaye trop souvent de concevoir des théories savantes pour expliquer des choses simples. L’avenir de la Polynésie française, nous nous efforçons chaque jour d’en dessiner les courbes et si possible d’écrire quelques lignes de réflexion. Voici depuis 5 ans que nous n’y arrivons pas. Nous sommes à chaque fois battu par une fatalité déconcertante, un frein psychologique à s’épargner la souffrance d’une telle réflexion.
Penser pour la Polynésie française, c’est d’abord penser pour ses habitants. Ce personnage que l’on aime et que l’on ne comprend pas parfois, qui vote pour l’un tout en aimant l’autre, qui aime la France tout en détestant parfois l’étranger, qui aime l’avenir tout en se focalisant sur le passé. Il y a chez ce personnage l’envie de réussir, comme celle de trahir, l’envie de progresser comme celui de tout bloquer, l’envie de crier comme celui de se taire.
On est tous ce personnage, on le façonne chaque jour pour parvenir à se construire ensemble un personnage complexe et contradictoire dont on ne reconnaît que très peu la paternité.
Chaque être est attaché à son indépendance, c’est sa raison de vivre, c’est sa liberté de juger, c’est sa capacité à réfléchir. Être indépendant ne doit pas susciter de peur ni d’appréhension, car c’est le destin juste que nous réserve la France. L’indépendance nous avons droit, comme nous avons le devoir de la préparer. Mais comment soutenir une telle idée lorsque l’on est en contradiction avec soi-même ?
On aime son pays ou on le quitte à ce qu’il paraît. Oui mais pour où ? L’indépendance de la Polynésie française n’aura réellement lieu que lorsque le Polynésien comprendra que les 1,2 milliards d’euros que la France lui verse chaque année est nécessaire. On en a besoin pour vivre, on en a besoin pour survire, et le nier relèverait de l’idéologie spéculative.
Pour compenser un tel transfert, et si l’indépendance est réellement notre projet de société, mobilisons-nous pour trouver les recettes capables de créer une telle richesse, et mettons de côté les gens qui chaque jour nous répètent que c’est un dû au motif du préjudice nucléaire. Bien que cette idée soit noble et respectable, le dire ne suffit plus, le dire ne produit rien, le dire ne convainc plus. La jeunesse, je la supplie, doit dépassionner ce débat.
Arrêtons donc de nous perdre dans des quêtes inutiles, soyons capable de produire de la richesse réelle et non plus intellectuelle, essayons chaque jour de penser des projets réalistes qui puissent nous permettre d’atteindre notre rêve : devenir à l’avenir, les auteurs de notre propre époque, et non plus les poètes qui chaque jour s’obstinent seulement à l’imaginer. Cette époque des poètes et des idoles où l’on sacrifie sans cesse les réalités, ne me suffit plus.