Méconnaissance de la réalité économique de la Polynésie française ( réédition réaménagée)
Par lebop, jeudi 29 novembre 2007 à 11:01 :: General
Un récent débat entre Monsieur Jacqui DROLLET et Jean-Christophe BOUISSOU, sur RFO, à propos de la dette et des transferts financiers de l'Etat et des déclarations passées de ce même Jacqui DROLLET ( "Ces transferts sont de 150 milliards de F CFP, mais il faut savoir qu'ils servent à payer Madame le Haut Commissaire, la justice, l'armée, la gendarmerie...") traduisent une grave méconnaissance de la réalité économique de la Polynésie française.
En effet, comme nous vous l'avons détaillé dans des billets précédents ( "Autonomie économique de la Polynésie : nous avons des marges de manoeuvre" et "transferts publics de l'Etat : 148,6 milliards de F CFP en 2005") , Monsieur Jacqui DROLLET ne sait pas que plus la moitié des transferts financiers de l'Etat servent à financer des domaines qui sont de la compétence propre du Pays :
1) l'éducation, l'enseignement supérieur, la recherche et la culture qui ont bénéficié en 2005 de 52,5 milliards Fcfp (environ 437 millions d'euros), soit 35,3% du montant total des dépenses réalisées ;
2) les sommes allouées à la dotation globale de développement économique (DGDE) et au fonds d'investissement au développement économique et social (FIDES), dont l'objectif est "le renforcement de l'autonomie économique de la Polynésie française", ont quant à elles atteint 23,2 milliards Fcfp (environ 193 millions d'euros);
3) un montant de 5,4 milliards Fcfp (environ 45 millions d'euros) a été consacré à "la cohésion sociale" et à la santé.
En outre, un montant de 26,5 milliards Fcfp (environ 221 millions d'euros) "d'investissement en Polynésie française ont fait l'objet (...) d'une demande de défiscalisation", disposition qu'offre la "Loi Girardin".
Sans prendre en considération la défiscalisation nationale ( Loi Girardin), c'est pourtant un montant de de 81,1 milliards de F CFP que l'Etat finance à la place du pays dans des domaines de compétence du Pays. En d'autres termes, même dans un régime politique d'autonomie, nous devrions normalement financer nous- mêmes ce montant de plus de 80 milliards de F CFP (pour l'éducation de nos enfants, notre protection sociale, notre santé...), ce qui représente - rappelons-le - presque deux fois ce que nous rapporte le tourisme, notre première source de devises.
Plus grave : il ne sait pas que, par l'effet du multiplicateur dit keynésien, ce montant de 148,6 milliards de F CFP injecté dans l'économie polynésienne a des retombées économiques très importantes, puisqu'il contribue à former au moins 3/ 5 è de notre PIB ( la richesse que nous produisons dans l'année) !
Ce principe du multiplicateur est facile à comprendre. Supposons que vous dépensez 100.000 F CFP au magasin de votre quartier. Le commerçant dépensera une grande partie de ces 100.000 F CFP auprès d'autres commerçants ou particuliers, qui eux-mêmes dépenseront une grande partie de ce qu'ils ont reçu auprès d'autres personnes qui...etc...etc. Les économistes appellent cet effet en chaine ( facile à comprendre puisque nous expérimentons celà concrètement chaque jour), le "multiplicateur keynésien".
Les spécialistes de l'économie polynésienne ( ISPF, IEOM...) évaluent cet effet multiplicateur pour la Polynésie à 2,5. Récemment, des experts ont même estimé que ce multiplicateur des transferts métropolitains est de 2,7.Autrement dit, 148,6 milliards de F CFP ( un peu moins en fait, car certaines sommes sont versées en France métropolitaine) injectés chaque année dans l'économie polynésienne font des "petits" à hauteur, toujours dans l'année, de plus de 400 milliards de F CFP. Ce qui est, vous en conviendrez, considérable !
Monsieur Jacqui DROLLET ignore cette réalité que chacun d'entre nous vit pourtant : les loyers des gendarmes, les dépenses des retraités, les emplois de fonctionnaires d'Etat, souvent de plus en plus occupés, qui plus est, par des polynésiens, les dépenses diverses de la gendarmerie,de l'armée, des organismes de recherche, les dépenses des professeurs.... font vivre des dizaines de milliers de personnes en Polynésie. Cette réalité, le Ministre de l'Economie et des Finances semble ne pas la connaitre.
Cette méconnaissance n'explique-t-elle pas en partie, l'option pour l'indépendance, du gouvernement ? Ce dernier ne sous-estime-t-il pas l'importance considérable de ces transferts sur notre niveau de vie ? Ne sous-estime t-il pas les efforts très importants qu'il faudrait faire, ne serait-ce que pour maintenir ce niveau de vie sans ces transferts ? A moins que ce gouvernement soit aveuglé par l'idéologie de son Président. Mais le problème, c'est qu'entre l'idéologie et la réalité, c'est toujours la réalité qui gagne.
Nous aurons, bien sûr,l'occasion de revenir régulièrement sur cette question stratégique pour la survie économique, sociale et culturelle de la Polynésie. Mais je voulais juste faire ce point d'étape, tellement j'étais et je reste sidéré de constater une telle méconnaissance de notre réalité par Monsieur Jacqui DROLLET.
Je pèse mes mots : c'est grave.