Si vis pacem para bellum
Chaque jour je doute du succès. Celui de nos enfants, celui de nos ancêtres, celui tout simplement de notre existence. Jamais nous n’avons autant disserté sur notre capitalisation identitaire, un temps éparpillée entre la royauté et la colonisation, un autre temps consolidée dans l’autonomie et l’indépendance. Ce discours du « tout ou rien », nous l’utilisons comme un sursis à la concrétisation de notre véritable destin.
Nous sommes loin de la joie collective du pacte de progrès, des idées claires pour lesquelles on faisait battre nos cœurs vers un même succès. On ne dissertait alors très peu sur le choix ou non de changer notre appartenance à la France. La parole sans doute manquait de liberté.
Cette mise sous silence de l’opposition a rejailli sur la population, excédée de nourrir un roi boulimique, et navrée de constater l’effondrement de notre réussite tant promise.
Elle est loin la période où l’on disait : « nous voulons nous assumer », remplacée depuis par « l’Etat doit assumer ».Ce transfert de responsabilité, nous l’avons assumé par lâcheté, comme pour rejeter sur un Etat trop longtemps cupide d’une soumission à l’élu local, et qui aujourd’hui, sans avoir même changé d’opinion, se voit tributaire d’une responsabilité qu’il n’est pas tenu d’assumer. Est-ce à l’Etat de construire notre pays, de financer notre identité, de dicter ce qui doit ou pas être fait ?
Ce fatalisme collectif, on s’en lasse. A vous chers amis de prendre le rôle qui est le vôtre, de dicter à vos élus vos exigences, et surtout de maintenir autant que vous pourrez la force de votre appartenance identitaire. Nous avons essayé de vous éclairer la falaise, nous ne sauterons pas c’est promis, mais nous continuerons à regarder avec inquiétude le vide qui se construit en face de nous, mais cette fois-ci en silence.
La Polynésie française fait acte de son passé. Le vieux lion entre dans la cage que la Justice imagine pour lui depuis quelques années, sans croire un instant qu’elle serait un jour occupée. Ce culte de l’idole a finit par payer, l’idole n’est plus. C’est un crépuscule éteint dans la folie du secret d’Etat, et d’une Justice consignée à la croisade.
En Polynésie française, la douleur du procès de Pouvanaa Oopa ravive le doute sur la conspiration d’Etat, cette pensée fidèle à la pendue collective des traîtres. Ceux comme Pasqua, Villepin, et aujourd’hui Flosse, spectateurs réjouies d’un secret d’Etat qui se met en scène.
En réalité nous n’aimons pas la vérité. Nous préférons découvrir une pyramide de mensonges, un sommet d’adrénaline, plutôt que de trahir une certaine culture du scandale.
Et pourtant, il faudrait davantage de comportements éduqués en politique. Ceux de nos élus locaux se heurtent sans cesse aux avatars d’une république d’Afrique. Cinquième président en l’espace de trois ans, tout un slogan pour capter le touriste en recherche de quiétude.
A Paris, nos illustres maçons républicains n’en reviennent toujours pas de la dynamique budgétaire que la Polynésie française anime. Alors que les finances publiques coagulent, la Polynésie elle est sous assistante respiratoire dernier cri avec à son chevet des veilleurs prêts lorsqu’elle sortira du coma à lui raconter comment le monde fonctionne aujourd’hui. Un Etat français qui inflige à chaque nouveau né une dette de 23 000 euros qui croît chaque minute de plus que l’Etat vit au dessus de ses moyens.
C’est donc cette image que la Polynésie arbore dans l’opinion nationale qui s’interroge sur le réveille possible du patient. Ce désastre de l’image, on le doit aux ingénieurs de la République française, ceux qui ont su faire fusionner les prétentions mondiales de la France et la mégalomanie polynésienne, la même qui a irradié les mentalités depuis trente ans. Cette dette sans conditions, cet arrosoir qui inonde les terres au lieu de les cultiver. Avec tous ces moyens, la Polynésie a t-elle construit son autonomie économique ? Quel outils disposons-nous aujourd’hui ?
Quel élu local aura le courage de faire prendre conscience aux Polynésiens que lorsque cette dette aura épuisé sa valeur et aura acquis trop de risques, nous pourrions déposé le bilan ?
Plus rien n’étonne et rien ne rassure pour autant. La remise en détention de Gaston Flosse, sursaut de dernière heure nous fait part de la détresse psychologique dans laquelle s’inscrit la Justice française. Elle qui ne finit pas de collectionner les bêtisiers, et prend même plaisir à l’étaler sur la place publique.
Dans la longue liste d’une justice qui boit de travers, une affaire fait déborder le verre. Gaston Flosse, libéré la semaine dernière a été réincarcéré par cette même justice schizophrène. Un règlement de compte entre « petits magistrats » qui s’octroient le droit de manipuler l’instrument judiciaire et le délit de le décrédibiliser auprès de l’opinion.
Au fond, Gaston Flosse n’est que l’avatar d’un scandale politico-judiciaire dans lequel deux générations de juges s’affrontent, ceux dont les directives émanent de la chancellerie et ceux qui délibèrent selon des principes de justice indépendants.
Tout le contraire de ce procureur de la République parachuté de Paris, karchër en main à qui l’on demande un nettoyage propre et rapide. Comment cet homme peut-il admettre être indépendant et dispenser avec autant de paresse sa conviction que l’accusé soit coupable et mérite la sanction la plus forte ?
Bien que l’accusée semble délibérément impliqué dans les faits qu’on lui reproche et tant bien même qu’il soit responsable, trouvez-vous humain, et je dirais même juste que l’on ballade les hommes entre la liberté et la détention au simple regard d’un règlement de compte ?
Cette justice qui lave son linge sale en publique me révulse et remplit à chaque couac le verre de ceux qui réclament le départ de la France. J’avoue cette fois-ci ne pas avoir été insensible à cette dernière pensée…