Cette fête du travail est bel et bien le symbole culturel d’une France à la poursuite de son passé. La base sociale de notre population regrette sans doute ces temps de révolution, ceux où l’on arrachait de la justice sociale à la tyrannie des uns, et de l’égalitarisme à la dictature des autres. C’est plus la victoire des subis sur les nantis, que le véritable gain social induit, qui excite les foules.

Les syndicats savent tous que leur survie est conditionnée par une telle parade. Continuer à porter au front, le faible gain social obtenu ces dernières années, face à une société qui s’est enrichie dans l’excès, anime chez certains de nos concitoyens des raccourcis intellectuels qui nourrissent l’audience syndicale. Avec moins de 10% de syndiqués, on parle plus de 6%, la France parvient tout de même à provoquer les pires grèves d’Europe. Paradoxalement à la pensée établie, ce sont les pays les plus syndiqués comme la Norvège ou la Finlande avec un taux de syndicalisation supérieur à 95%, qui ont la parfaite maîtrise du dialogue social et donc d’un taux de grève historiquement faible.

Et la Polynésie française dans tout cela ?

Depuis les terribles dérapages de 1987 et de 1995, les syndicats ménagent leur troupe pour éviter de revivre de tels drames. Les manifestations sont très silencieuses, peu de revendications révolutionnaires, une simple négociation à la présidence suffit à calmer les colères, et par la même occasion à faire flamber le SMIG.
Mais cette fête du travail du 1er mai doit être aussi penser comme la synthèse de ce qu’est notre société du travail, jeune et fragile.

A l’heure actuelle, nous sommes seulement près de 69 000 personnes à être déclarer comme “cotisants” auprès de la CPS. c’est-à-dire que nous sommes à peine un peu plus du quart de la population à travailler ! La démographie du pays est sans doute à notre avantage, tant que nos jeunes de moins de 25 ans (50% de la population) disposent des outils nécessaires à l’éducation de leur parcours. Cette certitude, nous ne l’avons malheureusement pas.

En tant qu’étudiant, j’atteste que les moyens dont nous disposons pour former notre jeunesse sont à la fois insuffisants et pas assez encadrés. Les plus courageux partiront à l’étranger, les plus curieux bûcheront à l’université de la Polynésie française, et les plus fragiles seront des rejetés du système à qui le SEFI devra trouver des jobs introuvables. D’ailleurs à ce propos, le SEFI mériterait un audit pour connaître son action dans l’insertion professionnelle et la formation. À l’instar de Pôle Emploi en France, le SEFI est sans doute le dernier filet social pour certains, mais dispose à l’heure actuelle de moyens inadaptés pour couvrir ce type de demande.

Le nombre de chômeurs dont la statistique officielle est de 13% reste la plus faible de tout l’Outre-mer. Ce mérite nous le devons uniquement à notre démographie favorable, et nous nous reposons malheureusement trop sur cet avantage pour vanter les mérites d’une politique sociale qui en réalité n’existe pas.
Je ne suis pas du tout favorable à l’installation de minimas sociaux dont les résultats désastreux se constatent chaque jour en France, mais pour préparer notre système social aux mutations sociétales que nous imposera notre avenir.
Pensons donc à nous libérer de ce type de contrainte aujourd’hui pour éviter demain, d’en subir la démultiplication qui sera à ce moment précis irréversible. Le levier smicard ne fera qu’accentuer le progrès de cette précarité silencieuse.