rohfritsch-teva“J’ai la main lourde”.

Teva Rohfritsch, en écrivant ces premiers mots, avoue être infidèle. A ses convictions qu’il ne retrouve plus dans le discours de son parti, à son pays qui mérite la paix et la prospérité, à sa fierté égratignée par la sanction. Lui que Gaston Flosse a sorti de l’ombre, met en lumière le malaise le plus profond qu’ait jamais connu le Tahoeraa.

Son arrivée en politique avait sonné le glas de l’espoir, l’ère du renouvellement. Le “benjamin” du gouvernement comme on aimait l’appeler, jeune et dynamique, venait réveiller une machine endormie dans le succès. Le Tahoeraa, il ne l’a pas connu dans la gloire et l’abondance politique, mais dans le début de sa chute. 2004 allait mettre fin à un modèle que sa naïveté à l’époque admirait avec un certain sourire.

Depuis, le Tahoeraa a changé de visage. Querelles internes, politique d’ouverture vers l’UPLD, le modèle renie depuis 5 ans ses propres équilibres pour défier le déclin. Ses cadres, ses ministres, ses fidèles, dispersés dans le chantage du succès, ne comprennent plus le cap du parti, tandis que ses dirigeants s’obstinent à éduquer un pouvoir en rébellion. Rien n’y fera, le parti se videra tout de même de sa substance, de son identité, le Tahoeraa n’est plus le premier parti politique de Polynésie.

Teva Rohfritsch aurait pu abandonner la politique, son destin magique s’effaçait dans le désordre de son parti fin 2004. Il a même renouer avec la société civile dans laquelle il s’abandonne de courts moments. Mais Gaston Flosse, revanchard, récupère avec un génie incroyable le pouvoir aux mains des indépendantistes. Il rappelle notre “benjamin” pour venger les troupes. L’éphémère succès trahira leur propre courage. La population ne les sent plus capable de diriger objectivement, sinon de s’obstiner à courir après le pouvoir. Le verdict populaire sévère n’aura même pas raison de leur obstination.

Le Tahoeraa, cette machine de rêve qui n’accepte pas qu’on la réveille, est condamnée à lutter pour survivre.

Gaston Flosse à qui l’on prêtait l’allure de visionnaire, est aveuglé par sa propre détermination, et entraîne dans son sillage, les foules qui le supportent. Persuadé que son parti est indivisible, il va jusqu’à installer un de ses fidèles, le temps d’une partie d’échec, au sommet du pouvoir. Gaston Tong Sang rêve malheureusement d’un destin plus grand, l’ivresse du pouvoir l’ayant fait sombré dans la facilité de la trahison.

En ouvrant cette brèche, Gaston Tong Sang déclare la fin de l’unité du Tahoeraa dont son chef était le garant. Plus rien depuis cet instant ressoudera le Tahoeraa dans ses valeurs, le parti est à l’agonie, la nouvelle majorité fait flambé les enchères.

Le Tahoeraa découvre pour la première fois qu’il n’a plus les moyens de ses ambitions.

La récente dissidence de Teva Rohfritsch n’est donc que la synthèse de tous ces aléas. L’homme n’a rien inventé, rien boulversé. Il restaure à juste titre la mémoire d’un parti qui a oublié de construire son avenir, à force de vivre dans la nostalgie du pouvoir. En quittant le parti, Teva Rohfritsch laisse à l’abandon ses amis, ses premiers succès, et des regrets de réussite. Sans doute n’y a t-il plus rien à faire, sinon à laisser à Gaston Flosse le temps de se consoler et de se réfugier sur son dernier combat… lui-même.