flosse3Gaston Flosse, est pour les chroniqueurs “étrangers”, l’homme fidèle à un combat quadragénaire, à une légende vivante de la politique d’autrefois. Voici 40 ans que l’on nous dit que le pays brade son histoire au profit de la rente, que notre collaboration nucléaire nous rendrait insubmersible à l’indépendance.

Derrière le soleil, et les palmiers, se dressent une Polynésie nostalgique qui rêve de sa prospérité. Le tourisme de masse ne fera que révéler notre incapacité à servir en nombre, et un tourisme de niche notre incompétence à être compétitif. A force de trop se balader sur la sérénade du mythe de la Vahine, on s’est presque assoupi sur la douceur de ce tempo, et se dire qu’après tout, “on fera avec”. Invest in your love, ce dernier fantasme à 500 millions XPF, est la preuve intangible de notre immaturité à prospérer.

Aujourd’hui, la crise fait vaciller nos équilibres prétendus solides. Ils dégringolent avec la crise, et rattachent dans leur ensemble, les lacunes de notre histoire, et les handicaps de notre modèle. La perle, le tourisme accusent à deux, une chute vertigineuse, un suicide collectif que plus personne ne maîtrise.
Désormais, on mobilise des financements gigantismes pour éviter d’être au rattrapage, et d’exposer avec peu de fierté 200 000 touristes au compteur d’un bolide qui est fait pour en parcourir 500 000. L’échec cuisant d’un modèle qui a toujours été penser dans l’excès, et dans une paresse à comparaître comme dépassé. Les organismes qui ont la charge des activités baignent dans l’incompétence, et dans une autarcie démesurée.

Gaston Flosse a été durant des années l’auteur de ce modèle. Lui à qui il ne faut parler d’une Polynésie française 102ème département français, ou au contraire d’une Polynésie indépendante. Son combat c’est l’autonomie dans la République française, un statut très mal compris de beaucoup, et aussi craint par le pouvoir central. Aujourd’hui cette preuve fidèle à la République ravive l’inquiétude de ces propres prétendus alliés qui se débarassent avec aucun regret, de celui qui continue de rêver.

Il n’a bien entendu pas réussi partout. Ce serait démagogique d’en tirer de telles conclusions. On peut lui reprocher d’avoir failli dans la transparence du pouvoir, dans le manque de recul sur sa propre gestion, et d’avoir cru à son mandat intouchable. Cela lui a valu des calomnies insoutenables, qui lui ont fait connaître la justice, et le verdict populaire. Bien que toutes ces nuances sont pleines et justifiées, il n’y a pas à l’heure d’aujourd’hui, d’homme politique polynésien capables de penser si loin.

A son départ, une partie des Polynésiens se cherchera un nouveau leader. Les autonomistes choisiront sans doute un poète plus qu’un technicien, car l’activité fait de l’ombre à la pensée. Gaston Tong Sang pense beaucoup, et agit peu. Aujourd’hui il gouverne la barque autonomiste, cela me laisse présager une paresse de tous les instants. Edouard Fritch semble être le dauphin élu de Gaston Flosse, l’opinion n’est pas forcée de s’y rattacher. Mais il paraît fidèle à la succession, d’autant qu’Oscar Temaru lui aurait proposer de s’accaparer du Tahoeraa pour mettre le chef à la retraite, voeux qu’il a bien entendu refusé.

En attendant à Paris, on attend bien qu’une chose, c’est que Gaston Flosse quitte le navire. Pour qu’enfin, l’Etat reprenne ses droits sur une collectivité qu’elle n’a jamais pu maîtrisé complètement. Et our cause, le lourd tribu de l’héritage nucléaire pesait en notre faveur . Aujourd’hui, on nous donne ce que l’on veut, des milliards à la pelle, mais savourez les biens, ce sont les derniers. Oscar Temaru était très satisfait de son voyage à Paris, il a obtenu ce qu’il voulait. Mais le président de la République sait bien qu’il ne sert à rien de restaurer “la véritable place de l’Etat” tant que Gaston Flosse est là. Nous bénéficions grâce à lui d’un sursis qui par définition est temporaire, mais a fini par s’installer. Jusque là, Gaston Flosse continue de mener sa quête, mais jusqu’à quand aura t-il la motivation de surmonter tant d’infidélités ?