AVENIR 2020 : Chap.8 : Vaincre les paradoxes - Partie 2 : Autonomie/Indépendance

Par Noindep • 1 July 2008

L’autonomie est tout sauf un système politique parfait. L’indépendance est tout sauf un projet politique mature. Ces deux systèmes politiques, qui se combattent depuis 30 ans, semblent être en voie de réconciliation. En réalité les deux leaders de ces entreprises politiques n’ont aucune raison de se faire la guerre. Voici un nouveau paradoxe que nous devons vaincre. L’autonomie et l’indépendance ont des objectifs semblables mais différenciés.

L’autonomie s’arrête où l’indépendance commence. C’est-à-dire que la frontière qui les sépare est très fine. Ce sont les drapeaux français aux frontons des mairies, les lois républicaines, et surtout, les 1,2 milliards d’euros alloués chaque année au budget de la Polynésie française. Il devient en effet de plus en plus ridicule de prendre ce dernier argument comme le nerf de la guerre entre indépendantistes et autonomistes. Au lieu de faire la guerre il vaudrait mieux réfléchir à comment compenser cette ressource, qui qu’on en veuille, est vouée à diminuer. Pourquoi ?

Parce que la France fait face à son passé dépensier. Elle doit 1600 milliards à ces futures générations, 33 000 euros par habitants. Mais aimeriez-vous naître dans un pays où même avant d’être venu au monde, vos parents savent que vous devez 33 000 euros à la société ? Face à cet étranglement de la dette, la France se doit de réduire son train de vie. Réduction du Mammouth de l’éducation nationale fort de ses 1 million de fonctionnaires, mise au régime de l’armée, privatisations en vue…

La France n’aura bientôt plus les moyens, sinon l’envie, de financer la Polynésie au même rythme des dernières années. Elle ne souhaitera sans doute pas son indépendance, mais la souhaiterait à ses côtés comme un partenaire plus qu’un boulet financier. C’est sans doute l’éloignement géographique qui rend plus facile ce dénigrement de circonstance. Nous serons à mon avis encouragés à suivre le parcours de la Nouvelle-Calédonie, juste avec le nickel en moins.

C’est avant tout cette prise de conscience que je tenais à partager avec vous. Nous ne représentons malheureusement plus une priorité budgétaire. L’ère Papa Chirac est terminée.

Face à ces réalités douloureuses, que l’on essaye de masquer, il faut prendre conscience que la Polynésie a besoin de chacun pour se construire. Des étudiants en exil à qui l’on doit redonner l’envie de revenir, à nos familles nombreuses que l’on doit aider, à nos îles que l’on doit désenclaver, à notre tourisme que l’on doit faire décoller, à notre éducation que l’on doit perfectionner…

On a besoin de toutes les bonnes volontés, des meilleurs experts, des meilleurs techniciens. Mais on a surtout besoin d’une réelle volonté politique pour aller de l’avant. Je ne peux que saluer la récente réconciliation d’Oscar Temaru et de Gaston Flosse. Je suis soulagé de voir que l’on arrive à travailler ensemble, et que quelque part, on cherche tous la même chose. Rendre la Polynésie meilleure, et plus autonome.

Gaston Flosse cherche depuis bien longtemps à nous épargner la surveillance étroite de Paris. Il a toujours voulu financer des projets polynésiens, pour les polynésiens. Oscar Temaru se bat pour l’identité des polynésiens, pour qu’enfin on reconnaisse l’histoire. Choses faites pour ces deux hommes, nous sommes en voie de réconcilier ce qui a divisé la Polynésie pendant 30 ans. Je souhaite qu’ils travaillent ensemble, mais que le gouvernement actuel soit vigilant face à leurs propositions. Gaston Tong Sang est le président du pays, et il doit continuer à poursuivre les chantiers du passé. Casser ce que la majorité précédente a fait au seul motif d’intérêts politiques m’écoeure au plus profond de moi-même. Et ils l’ont tous fait, sans exception !

Aujourd’hui face aux difficultés de l’Etat français, nous devons prendre en main notre développement et surtout ne pas nous tromper de cibles. Nous ne devons nous attacher à un système politique uniquement parce qu’il nous épargne de lever le petit doigt et nous finance gratuitement. Nous ne devons pas non plus vanter un système politique au seul motif qu’il permet de régler de vieux dossiers avec la France. L’autonomie par idéologie et l’indépendance idéologique, je m’y oppose. Que nous soyons indépendantistes ou autonomistes ne change rien. Le système qui sera capable d’apporter plus de richesses réelles aux polynésiens, une éducation de qualité, une qualité de vie saine, et un avenir concret n’aura même pas être débattu. Il sera choisi automatiquement par les Polynésiens…

A bon entendeur !

Commentaires

Par Loti le 2 July 2008 at 18:19

Aujourd’hui, il y a trois visions institutionnelles : l’indépendance de Temaru qui veut retrouver l’identité maohi, l’autonomie de GTS qui pense que c’est l’Etat et la métropole qui développeront notre pays, et l’autonomie de Flosse qui souhaite que les Polynésiens développent eux-mêmes leur pays avec le soutien de l’Etat.

Mais, derrière les idées d’autonomie ou d’indépendance des trois courants politiques cités ci-dessus, il y a des convictions affichées par les uns et par les autres qui font qu’il y a des divergences ou des convergence de fond entre eux.

La convergence, c’est que Temaru et Flosse mettent le Polynésien au centre de leur réflexion et de leur action politique. C’est le Polynésien qui doit être l’acteur principal de son avenir. C’est le Polynésien qui doit construire pas à pas l’avenir de son pays sur les plans culturels, économique, social et politique. Cette construction est complexe et de longue haleine. Elle nous apprend à nous responsabiliser. Certes, il y a des embûches et quelques déviances. Mais, la direction est claire. Elle consiste, pour les Polynésiens, à imaginer et à construire une société qui nous ressemble. C’est sur cette conviction profonde que Temaru et Flosse rejettent l’idée qu’un haut commissaire ou un préfet ou un cadre métropolitain expatrié ne peuvent efficacement s’occuper de questions de développement qui sont par définition des problématiques à long terme alors que leurs séjours en Polynésie sont sur un court terme. La Polynésie doit se gouverner librement et démocratiquement….

La divergence, c’est que GTS n’a pas la même vision de la place et du rôle du Polynésien dans son pays. C’est Paris, via Estrosi, qui va nous dicter comment retrouver notre (in)stabilité. C’est Paris qui va nous souffler le contenu du contrat de projet. C’est Paris qui va définir ce qui sera bon pour nous dans loi de programme pour l’Outre mer,…et tout cela sans que Paris ne daigne se concerter avec les Polynésiens. La Polynésie ne peut plus supporter un Etat jacobin situé à 20000km de la Polynésie. Le passé nous a prouvé que les Polynésiens n’adhèrent pas à cette idée d’un Etat jacobin qui méconnaît nos réalités sociales et humaines et qui décidera ce qui sera bon pour nous à 20000km.

La divergence, c’est que Flosse estime que nous n’avons pas besoin d’aller jusqu’à l’indépendance pour être nous-mêmes. La divergence entre Flosse et Temaru, c’est l’écart entre l’autonomie et l’indépendance. Quelle est l’épaisseur de cet écart ? Les 5 compétences régaliennes ! Or, l’autonomie telle que conçue actuellement, sans les compétences régaliennes, nous donne déjà toute la latitude pour construire une société qui nous ressemble, à nous Polynésiens. Il est vrai que cette grande latitude n’est pas bien comprise par les fonctionnaires de l’Etat jacobin qui tentent de temps à autre de remettre en cause notre autonomie. Mais ce n’est pas parce que l’Etat jacobin nous « emmerde » sur nos compétences statutaires que l’autonomie existante est, selon GTS, mauvaise, ou selon Temaru, insuffisante.

Je suis convaincu qu’aujourd’hui, dans le contexte actuel humain de la Polynésie, l’autonomie est le mode statutaire le plus adapté. Non seulement, l’autonomie nous permet de concevoir des partenariats avec la métropole et avec l’Europe, elle nous donne aussi toutes les possibilités d’ouvrir des partenariats avec les grands pays du Pacifique, Australie et Nouvelle Zélande, et avec les grands pays d’Asie, Chine et Japon, ….L’autonomie nous permet pleinement de faire face à la mondialisation tout en étant nous-mêmes et tout en valorisant nos ressources propres dans le marché mondial….sans le véto de l’Etat jacobin.

Il n’y a donc pas de paradoxe entre l’autonomie de Flosse et l’indépendance de Temaru. Il y seulement du côté de Flosse une vision pragmatique de la réalité polynésienne et du côté de Temaru, une vision souhaitable de la réalité polynésienne. Cependant, le pragamatique a quand même besoin de rêver, tout comme le rêveur a besoin d’un pragmatique.

Par kainoa le 7 July 2008 at 10:54

si les sommes versées par l’Etat français
depuis 10 ans pour compenser l’après CEP avaient été investi intelligemment et non pas pour assouvir des delires mégaloma-niques et partisant,la Polynésie serait aujourd’hui en meilleur position pour assurer son avenir.A titre indicatif ces
sommes représente plus qu’un budget d’un
département métropolitain pour une population équivalente à la ville de Nantes;
-Pirae a-t-elle besoin d’une telle mairie?
-Le “palais”présidentiel d’un tel parc automobile?
-Fakarava d’un tel débarcadère pour yachts
-Tupai d’un tel complexe de luxe pour recevoir les copains? et la liste est longue.

Par Papapenu le 7 July 2008 at 18:36

Loti ,
Your comments are BRILLIANT as always !

Par Loti le 7 July 2008 at 21:11

Combien de fois ai-je entendu de la bouche des non natifs que le Polynésien est versatile, influençable, vit au jour le jour, …..Bref, le polynésien est incapable de voir loin !
Pour une fois, qu’un certain Flosse tentait de voir grand pour le développement de son pays, ses adversaires le prend pour un mégalo. Pourquoi, la Polynésie devrait se contenter de la médiocrité et du petit ?
Pourquoi un bâtiment public, tel qu’une mairie ou une présidence, ne peut être construit pour durer ?
Pourquoi la construction de trois bungalows à Tupai devient un luxe ?

D’ailleurs, Il y a longtemps qu’on n’a plus comparé la Polynésie française, pays autonome, à une ville métropolitaine dont les obligations statutaires et financières sont différentes. Ce sont probablement des propos de personne qui parle de la Polynésie sans la connaître…

Par Tiaturi le 8 July 2008 at 5:00

Lecteur à ces heures de “POLITITA Net”, et bien que je n’ai pas souvent apprécié certains écrits, ceci ne m’empêchait pas de temps en temps, de rechercher sa lecture et, après quelques mois d’absence, me voici revenu.

J’avoue qu’à la lecture de ce que nous propose “Noindep”, je ne peux qu’approuver cette analyse.

Quand à l’analyse faite par loti, j’y souscrit tout à fait, bien que dans sa deuxième intervention, j’avoue ne pas y adhérer, laissons chacun faire sa critique et acceptons-la, pour le respect de la diversité.

Par les temps qui courent, essayons d’être constructif; notre pays en aura besoin.

Sinon, je trouve la nouvelle formule exellente.

 

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