Il n’aura pas fallu beaucoup de mois pour que la Polynésie, toute chose étant égale par ailleurs, brandisse le mal de la conjoncture. C’est comme faire l’aveu douloureux que la crise nous traversera, quoi qu’on en dise. Notre dépendance énergétique, disons le simplement notre dépendance tout court, nous place au pied de la tour mondialiste qui s’effondre. Le pétrole de l’orient se prend à rivaliser avec le dollar de l’occident. Et lorsque les deux s’accordent à jouer le même requiem, c’est la symphonie mondiale qui se met à jouer faux.

À cette table de jeux, la France n’a que de mal à trouver son siège. Sa panne de liquidité, et son bluff d’antan, ne lui donnent jamais la bonne main. Elle se couche de regrets. Et c’est la banque qui gagne. Celle-ci américaine. La schizophrénie de l’euro, l’irrationnel choc de défiance aux réformes, la mort prématurée du traité de Lisbonne vont ratisser tous les espoirs que N. Sarkozy a semé. La récolte sera pauvre.

Elle l’est déjà pour la Polynésie française ancrée dans un contrat de projet mature, mais naïf. Mature pour avoir restaurer un peu de réciprocité, naïf pour avoir accepté si facilement un retrait financier de l’Etat, sans avoir même provisionner ce manque dans notre budget. Ce pas historique que G. Tong Sang a voulu faire en direction de la France est non seulement la preuve que nous avons conscience des difficultés précaires de la patrie, mais que nous voulons aussi financer nos circuits de développement prioritaires. Car en Polynésie tout est important. Le logement, le social, la formation, l’éducation, le désenclavement, le tourisme, l’économie numérique…Nous ne pourrons pas tout accomplir. Il faut attribuer des champs de priorités. L’éducation par exemple, poche démographique d’avenir (80 000 personnes scolarisées), est le maillon d’une chaîne socio-économique vitale. Pour éviter des politiques de formation trop onéreuses, des services d’emplois inefficaces, un chômage précaire, une pauvreté disqualifiante, la réelle mise sous tension d’un réel bassin d’emploi et de formation est primordiale ! Dans moins d’une décennie, un important réservoir de jeunes diplômés sera déversé sur le marché du travail. Le gouvernement le sait-il ?

Et dire que l’on croit que le pays ne survit que de milliards, alors qu’avec seulement 69 000 personnes déclarées à la CPS, la Polynésie française détient encore dans ses caves, des ressources d’emplois viables ! Au gouvernement de les exploiter et de diminuer ce ratio délirant que moins d’une personne sur 3 travaille ! Les créations d’emplois doivent être amplifiés. A l’heure où la France présente un plan ambitieux d’emploi pour les Seniors, la Polynésie a le devoir de l’intégrer dans ses politiques de développement. Pas demain, maintenant !

La flambée des cours du pétrole qui porteront à +28fcp le prix du litre au 1er juillet, le difficile maintien stationnaire des PPN, la montée de l’Euro ne seront pas favorable au pouvoir d’achat global des Polynésiens. Il faudra toujours plus de salaires pour nourrir la famille…

En marge de ce dérapage conjoncturel, la Polynésie souffre d’un terrible statut-quo structurel. Elle réagit au coup par coup tant bien qu’elle peut, mais sa capacité financière fragile ne lui permettra pas d’enrayer ce que les experts prédisent pour demain : 170$ le baril à la fin de l’été. A ce prix là, le fond de régulation des hydrocarbures, provisionné à hauteur de 1,7 milliard partira en fumée. C’est un litre à près de 220 frs qu’il faudra prévoir si l’on apprend pas dès maintenant à réduire ses trajets.

Alors mes chers amis Polynésiens, l’économie de la contrainte est-elle en train de s’installer ? Sommes-nous prêt à y faire face ?

NB : L’économie de la contrainte c’est lorsque notre économie nous produit des dépendances telles que les budgets que nous allouons à ces contraintes, nous empêchent de financer nos réelles politiques de développement.