L’autonomie se matérialisant comme une fin, on ne parle que très peu de son avenir, ce qu’elle capable de construire demain. Penser l’avenir de la Polynésie française, c’est ne pas nier ses problèmes actuels. Ils sont importants : crise du régime politique, instabilité des institutions, crise des valeurs, “fracture de l’idée” entre citoyens et politiques… Ces problèmes ne sont pas propres à l’autonomie. Ils en découlent.

Le statut de 2004 nous a montré jusqu’où il ne faut plus aller. Gaston Flosse a sans doute été un visionnaire, en n’imaginant un seul instant que la classe politique avait la maturité nécessaire pour s’auto-gérer. Le gain de maturité espéré, s’est en réalité traduit par le creusement du vice de la fonction politique, dénaturée de toutes ses sources, rompue uniquement à nourrir la bouche de ceux qui en sont les mandataires. Ces rentiers du suffrage survivent de l’instabilité actuelle.

Je continue donc à refuser d’admettre que l’autonomie c’est cela. Je reconnais sa paternité de la situation actuelle, mais pas sa maternité.

Sans tout détruire, il faut reconstruire le monument car le véritable mal de l’autonomie, et ce qui détruit son emblème auprès de la foule hostile, c’est de vouloir à tout prix engloutir des compétences pour extraire de nouveaux budgets des mains de l’Etat.

Désormais l’autonomie de la Polynésie française fait débat. D’une part parce que son statut l’épargne des dynamiques de la rigueur budgétaire de l’Etat, et d’autre part parce qu’elle est la seule collectivité qui ne participe pas à l’effort national (pas d’impôt sur le revenu, et pas de transfert ascendant) Nous avons fondé l’autonomie sur une participation active de l’Etat, et nous ne l’imaginons pas autrement. Les 1,2 milliards d’euros (145 milliards de FCFP) qui nous sont transférés pour faire fonctionner l’éducation, la santé, les fonctionnaires de l’Etat (police, justice…) n’ont pas vocation à écrire notre avenir, ils font vivre notre présent. Sans qu’il soit question de la supprimer dans l’immédiat, aux conséquences apocalyptiques, il serait grand temps qu’on se l’imagine absente. Nous devons être conscient que l’Etat a des projets (bon ou mauvais) pour la Polynésie. Et que la Polynésie est capable d’en avoir pour la France.