Parce que nous sommes petits, que nous sommes une île (même plusieurs), que le marché est restreint que nous mettons en place depuis des années des entreprises publiques en situation de monopole. En effet lorsqu'un marché est restreint, et que l'entrée sur ce marché est coûteuse (en termes d'infrastructures), il est nécessaire que la collectivité finance ces infrastructures. La mise en place d'une Société d'Economie Mixte par secteur stratégique était totalement justifiée.
Justifiable il y a encore quelques années, certaines entreprises publiques détruisent le marché aujourd'hui. Elles empêchent le développement de la concurrence, et donc pénalisent les consommateurs.
Prenons l'exemple de l'OPT (qui est un EPIC, c'est le même principe), cette fantastique puissance économique, qui brasse pas loin de 20 milliards par an, et qui a permis à la Polynésie de découvrir le monde du numérique (enfin une pseudo-découverte).
Chaque année, l'OPT fait des bénéfices records (plus de 2 milliards il paraît), pour les redistribuer à son actionnaire principale, le territoire. Le réel problème, c'est que l'OPT est devenu au fil du temps la caisse noire du territoire, qui finance je ne sais quoi, à je ne sais qui. Depuis deux ans, l'OPT doit faire face à l'ouverture du marché des télécoms. Enfin !
Et pourtant, la venue de Mara Telecom n'est pas prévue avant deux ans. Cette "ouverture faussée à la concurrence" n'est pas une fantastique avancée. La licence d'exploitation accordée à Mara Telecom (Groupe Siu) sera de dix ans au coût unitaire de près de 700 millions pour les téléphones mobiles. Avec un calcul rapide, on se rend compte qu'il faut plus de 10 ans d'exploitation pour amortir un tel investissement, et que si l'OPT décide qu'elle ne renouvèle pas votre licence, vous n'avez que vos dettes pour pleurer !
Je dénonce cette "concurrence maîtrisée", qui s'apparente à une emprise de la puissance publique sur les secteurs à fortes valeurs ajoutées, et qui participe à accroître l'érosion du pouvoir d'achat, et une croissance retardée des nouvelles technologies.
L'exemple de l'OPT est le plus glorieux de tous parmi toutes les entreprises publiques existantes. Je passerai l'exemple de Tahiti Nui Ravaa'i, sur la voie du dépôt de bilan, ou de la SEML SETIL en "faillite bénéficiaire". Aujourd'hui les SEM représentent un budget de près de 114,8 Millions d'Euros (Rapport CTC 2006). Le rapport précise que nous avons doublé cette ligne budgétaire entre 2001 et 2003 (n'est ce pas les trois ans où Air Tahiti Nui a acheté 4 airbus ?).
Nous pondons des SEM comme si elles ne coûtaient rien, alors qu'elles ruinent les Polynésiens années après années.
Ce qui m'étonne en revanche c'est qu'aucun rapport de la Chambre territoriale des comptes n'a été fait pour la compagnie au Tiare. Alors que l'Article L.262-7 du code des juridictions financières précise "que la Chambre territoriale des comptes assure la vérification des comptes, établissements, sociétés...auxquels les collectivités territoriales apportent un concours financier supérieurs à 10 000 Francs français." Il y en un pour AIR CALEDONIE INTERNATIONAL (d'une rigueur exemplaire), pourquoi pas pour Air Tahiti Nui ?
Et je me pose surtout une question. Les SEM ne sont pas sensés être un tremplin économique ? Et pourquoi les EPIC sont entretenus en situation de monopole ?