C'est sans surprise que l'Elysée annonce une possible suppression du poste de secrétaire d'Etat en charge de l'Outre-mer. Christian Estrosi ayant détruit l'emblème de la fonction, Yves Jégo est chargé d'en réaliser la dissolution gracieuse. Ce ministère d'une autre époque avait pour faute de diviser la métropole de l'outre-mer, comme si ces collectivités étaient insubmersibles à l'ordre républicain. Il serait peut-être en effet temps que l'on ramène tout le monde dans le même giron, et que l'on abroge ces dissidences légitimes qui parcellisent l'opinion.

Ce message suppute à l'outre-mer un nouvel objectif. Celui de concourir à amaigrir les écarts de privilèges assumés des ultra-marins d'un côté, et des "métro" de l'autre. Une France à deux vitesses, dont la plus lente parce que lourde et jacobine, finance la plus rapide, dynamique et moderne. C'est ce régime des acquis coloniaux que l'on veut tarir, tant bien que la source budgétaire qui irrigue ces privilèges est aride. L'Etat vient de retirer la mamelle qui nourrissait le transport des familles nombreuses. Et ce n'est que pour 70 millions d'euros...15 fois moins que notre rente nucléaire.

Et le vice est tout proche. En ramenant l'outre-mer à une tutelle de la dépense, on la rapatrie dans l'effort collectif. On a commencé par dénoncer les fonctionnaires "métro" en clandestinité indexée. Ils ne pourront désormais plus venir couler de belles retraites majorées. Et tant mieux ! Dans leur gabegie budgétaire, les comptables de Bercy cauchemardent sans doute sur l'indexation outre-mer que personne n'a le courage d'arracher à l'histoire. C'est tellement plus facile de la provisionner sur l'avenir.

Ne voyant pas la houle venir, la Polynésie vaque à ses occupations printanières. La motion de censure, pardon la motion de défiance, a sans doute plus couru dans notre autonomie que dans n'importe quelle course Républicaine. Même pas celle de la 4ème ! C'est dire si nos politiques ont compris qu'il s'agissait d'une "exception exceptionnelle" ! Christian Estrosi pensait freiner ces ardeurs, c'était bien mal connaître la Polynésie.

L’effet majoré de ces couacs affiche avec quelle rigueur la démocratie est à l'oeuvre, et avec quelle passion elle s'exerce. C'est comme oublier que G. Flosse est président depuis 20 ans et que le mieux qu'est su faire son principal opposant, c'est de l'avoir rallier. Ou celle de ses plus fidèles compères qui ont aujourd'hui remplacé notre bon vieux Oscar. La Polynésie c'est ça aussi, c'est une démocratie de l'émotion plus qu'une démocratie de conviction. Le charme Polynésien par excellence !