Air Tahiti Nui : Chronique d’une faillite annoncée et 10 ans d’incertitude !
Voici 10 ans que nous tentons de faire aboutir cette fantastique aventure qu’est Air Tahiti Nui. Les accidents, les erreurs, et la conjoncture n’ont pas épargné “notre petite compagnie”. Elle a su en dix ans, évoluer dans l’un des contextes touristiques les plus difficiles des 50 dernières années. Et pourtant, grâce à l’appui logique du gouvernement, la compagnie n’a jamais cessé de croître et d’aller chercher de nouveaux réservoirs touristiques.
- L’idée
A sa naissance, la compagnie voyait déjà grand. Comme celui qui l’a pensée à l’époque, il fallait qu’elle soit à son image. Gaston Flosse part sans financement, et ne s’en soucie guère. Ce qui lui importe, c’est de créer le « bébé » dont il rêve depuis quelques années. L’idée sera tout de suite d’aller à Paris, d’aller au Japon, d’aller aux Etats-Unis, d’aller chercher les touristes du bout du monde et de concurrencer Air France, à qui l’on refuse la porte d’entrée au capital de la compagnie. Le marché touristique mondial se porte à l’époque comme un gant. L’audace n’est que très peu risquée !
- Le Choix des appareils
Pour aller loin, il faut des avions à long rayon d’action : l’Airbus A340 pour son long rayon d’action, et son excellent rendement est choisi. Un premier test est fait puisque l’avion est en leasing. Ce sera un succès ! Mais en Polynésie on n’aime pas être dépendant des autres, et on a notre fierté locale. On va donc lancer des commandes successives d’A340-313X pour être propriétaires, en profitant allégrement des politiques de défiscalisations massives, et des augmentations de capital, qui a décuplé en dix ans. L’appareil qui coûte 148 millions d’euros l’unité va voir son prix dégraisser de près de 30 voir 40%. L’achat de nouveaux aéronefs va participer à accroître l’envergure géographique de la compagnie, mais va creuser sévèrement son déficit. En 3 ans 1/2 (du 28 décembre 2001 au 13 juin 2005), la compagnie a acheté 4 avions. La compagnie aurait pu commander deux A340 (pour déservir le Japon et la France) et choisir deux appareils moins coûteux comme l’A330 (103 millions d’euros l’unité) qui correspond mieux à la desserte de la Nouvelle Zélande et de l’Australie, voir même des Etats-Unis (10 000km d’autonomie). Les pilotes sont formés sur les mêmes standards et la maintenance aurait été la même que celle sur les A340. Les économies d’échelles seraient donc réelles. De plus, de moindre capacités, les A330 auraient été plus rentables que des A340. Cela a été le choix d’Air Calédonie International.
- Le choix stratégique
Air Tahiti Nui a trop longtemps fait le pari “de remplacer” les compagnies aériennes qui desservaient la Polynésie. AOM, Corsair, Air France ont fait très souvent les frais d’attaques cinglantes de la compagnie au Tiare qui s’accordait le “droit du sol”. Elle est chez elle, et le fera valoir. Après avoir conquis Los Angeles, Tokyo, puis Auckland, la compagnie locale n’a cessé de faire concurrence aux autres compagnies. C’est dans cet esprit qu’Air France a supprimé sa ligne sur le Japon à destination de Papeete, que Air New Zealand a réduit ses rotations, que Corsair est parti. Puis viendra Paris, Sydney et New York. Ce qui nous vaudra le départ de Qantas (pour la ligne sur Sydney), et la colère d’Air France concernant la ligne New York/Paris. Il faut rappeler qu’Air France a menacé de porter plainte pour concurrence déloyale (parce que les appareils d’ATN sont défiscalisés), ce qui a valu la suppression de a ligne New York/Paris, cassant au passage toute stratégie de Hub. C’est pour cette raison que la ligne New York/Papeete est totalement déficitaire et qu’elle mériterait d’être supprimé. Tout comme celle d’Osaka, que l’on aurait du laisser à Air France le soin de faire venir les touristes nippon.
- Un manque de maturité
Et si seulement ce n’était que le choix stratégique qui était mauvais. Au-delà de ces aspects économiques, la compagnie n’a pas éviter les erreurs de jeunesse. La sienne d’abord, mais aussi celle de ses employés. Comment ne pas oublier l’affaire du Pilote-trafiquant d’ecstasy, ou encore de l’inauguration ratée de la ligne sur New York, de l’attitude inadmissible du personnel au sein de certaines chaînes d’hôtels pendant les escales. Les exemples sont trop nombreux pour être citer. C’est d’ailleurs le fond du problème. Air Tahiti Nui a voulu défier les plus grandes compagnies du monde. La prétention ne suffisant pas, elle s’est attirée la foudre des autres compagnies qui desservent la Polynésie, supprimant sur le passage les codes-shares. Malgré ses récompenses unanimes décernées par Skytrax, l’image globale de la compagnie est fragile, et cancéreuse. Elle souffrira d’ailleurs dans le même temps du sévère retour de tendance du marché après 2001.
- Un Management déséquilibré
Un des symptômes d’une faillite prochaine vient également du management. La Compagnie qui ne cesse de recruter risque bientôt d’atteindre les 1000 personnes, dont les 2/3 en PNC (NDLR : Personnels Navigants Commerciaux). Une moyenne de 200 personnes nécessaire par avion qui est amorti par un remplissage maximal de 273 passagers. Sans compter les presque 110 pilotes que comptent la compagnie. Je ne connais pas la masse salariale de la compagnie mais elle doit être un poste de dépense important. Mentionnons également le changement sans cesse des dirigeants qui n’apportent pas d’équilibre institutionnel. Les politiciens pourront être tenu responsable de la prochaine faillite de la compagnie.
- Des opportunités fragiles
La récente accréditation vers la Chine nous laisse présager de plus beaux cieux pour la compagnie. Elle pourrait ainsi plus facilement obtenir des “slots” pour se poser à Pekin. Reste à savoir si nous arriverons à convaincre les chinois de fouler nos plages. Espérons que nous réussirons à rentabiliser cette ligne, qui risque également de coûter beaucoup d’argent, tant bien que la Polynésie ne sait “logistiquement” pas accueillir les chinois. On a appris pendant 10 ans à accueillir des Japonais, mais nous n’avons sans doute pas encore d’activités touristiques 100% “made for China”. Il faudra reformer le personnel naviguant à la maîtrise du chinois et les prestataires à leurs mentalités.
- Un avenir inquiétant
Aujourd’hui lorsque j’entends le Syndicat du Personnel naviguant technique de la compagnie faire grève au motif de « garder le cinquième appareil », je suis très inquiet. Cela semble totalement réaliste étant donné qu’un des appareils est toujours en leasing. Même si cela n’enlèverait rien à la croissance de la compagnie, le retrait d’un appareil serait perçu comme un retour en arrière, et une preuve avérée que l’on a été trop gourmand. Elle a voulu défier ses soeurs aînées au lieu de leur laisser le soin d’apporter des touristes. Au fond ce qui compte ce n’est pas l’équilibre financier d’ATN, c’est que nous arrivions à faire venir plus de touristes. Et ATN ne peut à elle seule réaliser ce challenge ambitieux des 600 000 touristes d’ici quelques années. Ces dix ans que ATN fête discrètement est à l’image de la situation morale de la compagnie. Fragile et totalement inquiétante. J’ose croire que j’ai tort, et que la compagnie retrouvera ses lettres de noblesses, et que ces 10 années d’incertitudes cesseront.
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Commentaires
Iaorana NoIndep,
tres bon article , juste quelques precisions ;
a / on aurait du envahir le marche US en priorite et ne pas ouvrir d’autres lignes sans etre assures que ce marche est acquis a 100%
b/ avant qu’on envisage d’accueillir 600,000 touristes , il faut plus de chambres ou des sejours tres courts 3/4 jours .
Sinon le ”bebe ” , le reve vaut le coup , l’application de ce reve a ete un peu detourne de son but initial … par delegation de responsabilites et non par manque de vision ou d’ambition du fondateur.
Fa’aitoito
‘Ia ora na NoIndep .
Très bon ton article .
Pour agrémenter : le côté financier …
A l’AG de Dec.07, 16 ème augmentation de capital qui a remis 1.3 Milliards Fcfp pour un total maintenant de 6 Milliards Fcfp . Dire qu’au départ fin 97 on en était à 500.000 Millions Fcfp . A croire que les actionnaires à majorité fonds publics territoriaux et les petits défiscalisés privés y trouvent leurs bonheurs ? Quand on pense qu’en 99 ATN jouait déjà son avenir …
‘Ua manuia ‘oia i tö rätou ma’itira’a …
E mea maita’i .
Parahi !
Quand on fait un rêve, on l’assume, on ne demande pas au contribuable de payer.
Dans ces conditions, il n’y avait d’autre alternative que de demander aux compagnies existantes de réaliser ce qui était utile: enchères de type éventuellement négatif pour ouvrir des lignes et retrait si le résultat en touriste ne venait pas.
Bref, c’est l’exemple même du carnage financier d’un mégalo fou et la cohorte de chômeurs et miséreux qui en résultent de part cet argent perdu.
Il me semble qu’imputer le départ de Corsair à la concurrence faite par ATN est une vision erronée. Si GF a eu l’idée de créer ATN, c’est pour assurer une certaine indépendance à la Polynésie en matière d’acheminement des touristes, dès lors que AOM et Corsair avait fait savoir leur intention d’abandonner la desserte de la Polynésie, jugée économiquement non rentable, pour laisser le champ libre à la seule Air France sur la liaison Paris Papeete Paris, puisque ANZ ne dessert pas Paris.
D’ailleurs, dans l’attente du premier avion d’ATN, la Polynésie avait négocié le maintien de Corsair en lui achetant des sièges, lui assurant ainsi la rentabilité de ses rotations.
Il me semble également que cette analyse (au demeurant bonne) n’appuie pas suffisamment un fait d’importance qui est la valse répétée des dirigeants après 2004, et la nomination aux commandes de personnes, soit incompétentes, soit impliquées dans une entreprise qui pouvait tirer bénéfice des orientations stratégiques imposées à ATN, où encore l’interventionnisme forcené d’un certain ministre du tourisme . D’où, sans aucun doute certaines errances, comme l’ouverture sans aucune préparation de la liaison vers New-York, et de son prolongement vers Paris au mépris de la réglementation, ou encore l’absence de prise en compte des risques d’augmentation du prix du pétrole.
Flosse voyait plus gros que son ventre.
Mauvais choix du A 340 = Oui
Mauvais management = Oui
Mauvaise attitude du PNC/PNT aux escales = Oui
Big Dew, il ne suffit pas de dire que les choix ont été mauvais, ils faut présenter des arguments.
Les points developpes dans le billets sont juste et interessants.
Ce que je retiens c’est la situation non rentable de la destination au moment de la creation d’ATN et le "faurutisme" vis a vis d’Air France qui a ete et est toujours une consequence de ce grand coup de baton dans la gueule de ce bebe de la Polynesie Francaise !
A voir vos commentaires, il semblerait que nous partagerons une bonne partie de l’analyse ci-dessus
Première chose, je n’impute pas à Air Tahiti Nui le départ de Corsair. Cette compagnie étant low-cost, elle ne pouvait pas se soustraire à payer “la rente aéroportuaire” exigée par Air Tahiti. En tant que prestataire logistique de l’aéroport, Air Tahiti contribue à consolider notre rang de leader en tant qu’aéroport le plus cher du monde !
Air Tahiti Nui est UN outils parmi tous ceux qui contribuent à la croissance touristique. Le bilan étant fait pour la compagnie au Tiare, nous allons désormais nous attaquer à celle de Air Tahiti qui bénéficie d’un monopole sur la desserte locale, mais aussi sur la logistique aéroportuaire. C’est un scandale d’engraisser autant ce groupe !
A voir vos commentaires, il semblerait que nous partagerons une bonne partie de l’analyse ci-dessus
Première chose, je n’impute pas à Air Tahiti Nui le départ de Corsair. Cette compagnie étant low-cost, elle ne pouvait pas se soustraire à payer “la rente aéroportuaire” exigée par Air Tahiti. En tant que prestataire logistique de l’aéroport, Air Tahiti contribue à consolider notre rang de leader en tant qu’aéroport le plus cher du monde !
Air Tahiti Nui est UN outils parmi tous ceux qui contribuent à la croissance touristique. Le bilan étant fait pour la compagnie au Tiare, nous allons désormais nous attaquer à celle de Air Tahiti qui bénéficie d’un monopole sur la desserte locale, mais aussi sur la logistique aéroportuaire. C’est un scandale d’engraisser autant ce groupe !
iaorana Noindep,
Dire que Air Tahiti a le monopole n’est pas vraiment le cas . Personne d’autres a le desir de le faire . Le scandale alimente les iles mais tu as raison , so AT avait de la concurence , les prix baisseraient. Le prix des vols de Tahiti vers les iles augmentent considerablement ces destinations . Ton article attire beaucoup d’amateurs , tres bon !
http://www.tahitiradiococotier.c...
Fa’aitoito
iaorana Noindep,
Dire que Air Tahiti a le monopole n’est pas vraiment le cas . Personne d’autres a le desir de le faire . Le scandale alimente les iles mais tu as raison , so AT avait de la concurence , les prix baisseraient. Le prix des vols de Tahiti vers les iles augmentent considerablement ces destinations . Ton article attire beaucoup d’amateurs , tres bon !
http://www.tahitiradiococotier.c...
Fa’aitoito
Après la lecture de cette note, je discute avec quelqu’un de très bien placé à la Direction de l’Aviation Civile (et dans le contrôle financier des compagnies). Je dis : "Air Tahiti Nui a de gros problèmes ?". Réponse : une belle grimace !!! Pire que gros !?!!! Et pourtant c’est une personne très posée, un haut fonctionnaire typique !
J’ai un peu peur pour ATN
JLS
Après avoir lu tous vos commentaires, ils sont tous pareils.
Que ce soit des fonctionnaires, des actionnaires ou autres, le jour où Air tahiti nui, n’existerait plus, il y aura combien de chômeur, Ils iront tous au RMI….s’ils cotisent le chômage.
Ne croyez surtout pas, que les compagnies Aériens fait de la concurrence; FAUT, Air France à tout compris, pouviez vous me dire depuis combien de temps Air France est sur le sol Polynésien, a quel moment Air France avait des problèmes, depuis la création de ATN, il y a et il y aura toujours des problèmes, faites que ATN plonge dans le triangle de bermude….
Maintenant, que vont devenir tous ces personnels de la compagnie, inscrivez vous au chômage ou postulez dans une autre compagnie le plutôt que possible, pourquoi avec tous ces politiciens, fonctionnaires, actionnaires et j’en passe qui tiennent le pays et la compagnie dans leurs mains, la Polynésie tombe dans un trou noir, que ce soit économique ou financièrement.
Ils veulent tous leurs dus, c’est clair.
Toi "ILS" ton haut fonctionnaire en question, fait parti de cette bande de Mafia, qu’est ce qu’il en sait…..OUPS. Et toi "Papapenu" AT qu’il y aura des baisses de tarif ou augmentation à quoi cela changeraient…..AIE, au tour de "NOINDEP" se tiraillé entre compagnie locale, on ne voit pas la différence, c’est un point faible de le remarquer….N’EST CE PAS et à toi "VTA" tu trouves que les billets sont justes et intéressants, tu vois plus gros que ton ventre à moins que tu l’es…..AUCUN PRONOSTIC passant à "BIGDEW" vraiment à la page, il faudrait te familiariser un peu plus…..
Il aura toujours des commentaires très intéressants, et par mon Pseudo, MOA TITO PAE FARE… J’y suis et j’y resterais.
A vos clavier.
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