Dans les hautes sphères des négociations, les sentiments n'y sont plus. Ceux de Cyril Legayic tout d'abord qui embrasent toute stratégie de riposte du gouvernement. Déterminé à faire ancrer dans le dialogue social les acquis d'une nouvelle ère, il va jusqu'au bout, jusqu'au boutisme, quitte à faire imploser le temps d'une semaine les restes d'une économie délabrée. Les syndicats ne sont pas coupables de cette misère du dialogue. Ils n'en favorisent pas pour autant une amorce convaincante.

J'ai peine à constater que ce sont toujours les mêmes qui sont les victimes du pouvoir d'achat. Outre l'exception de la Banque de Tahiti, le secteur des hydrocarbures semble pâtir d'une croissance sociale appauvrissante. À voir le nombre de grève qui s'y déclenche, les Polynésiens pourraient penser que l'on traite mal ses "pompistes". Que dire ! Les syndicats ne tirent-ils pas sur la corde la plus longue, où ils ont l'assurance d'obtenir gain de cause, de raviver la flamme syndicale, d'être promu défenseur des salariés pauvres. Et quoi bientôt, l'international ?

Une fratrie n'est solide tant que l'autorité du chef reste intacte. C'est ce que la phycologie appelle la soumission à l'autorité. Les grévistes devraient repenser la manière dont ils manifestent et la manière dont ils soutiennent leur chef. Je ne peux qu'être solidaire des maux qui sont les leurs, et d'ailleurs je soutiens leur cause dans leur combat pour un meilleur quotidien. Mais mettre en péril les infrastructures vitales du territoire, nuire à la vie quotidienne des citoyens, empêcher les autres travailleurs qui sont également victime de notre niveau de vie d’accomplir leur part de notre croissance, n'est ce pas faire preuve d'un peu d'égoïsme, et même pire, d'égocentrisme ?

Je ne prends pas plaisir à voir nos stations vides, alors que 35 000 tonnes de fioul languissent devant la passe de Papeete. Je n'admets pas que l'on force des compagnies aériennes à s'approvisionner au maximum en carburant pour venir en Polynésie. Alors qu'ils font des efforts titanesques pour continuer à nous approvisionner en touriste. Et je ne tolère surtout pas que l'on isole nos îles les plus reculées de nourriture, de matériaux, et de leurs ressources vitales, parce qu'à Rome, notre César syndical a décidé d'annexer la base salariale.

Dans ce vice de la guerre, les patrons ne sont pas des victimes. Étant donné les bénéfices dégagés, il apparaît en effet abracadabrantesque que les salariés en soient exclus. Mais il n’est pas question que ces entreprises, stratégiques de toute parts, deviennent des « rentes syndicales » annuelles.

J’en appel au gouvernement, et particulièrement au président pour stopper cette hémorragie économique. Ne pas donner quelques millions ce soir, c’est en sortir dix fois plus demain. Et inutile de faire appel à la Sainte mère République, alors qu’on l’accuse tous les jours d’ingérence dans les affaires du pays. Pensons à chasser nos vieux démons !