Le Dollar chute... et alors ?
Par Noindep, dimanche 30 mars 2008 à 22:09 :: General
L'économie est un jeu à sommes positives, écrivait Paul Krugman. Il défiait Lester Thurow, un autre économiste américain qui démontrait que l'économie se résumait à des gains pour les uns et des pertes pour d'autres. Un jeu à somme nulle. Dans le désordre actuel des devises, lorsque le dollar baisse, l'Euro explose. Affichant un record historique sur le marché des devises, l'Euro rend onéreux l'exportation des produits de l’Union Européenne vers la zone dollar, et inversement, ses importations sont bon marché. L'Euro fort permet donc à l'Europe de diminuer sa facture pétrolière, même si dans le même temps, Airbus perd 1 milliard d'euros à chaque fois que l'Euro s'apprécie de 10 centimes.
Pour la Polynésie l'équation est un peu plus compliquée. En parité avec l'Euro pour 1€=119XPF, la Polynésie française devrait bénéficier de la faiblesse du dollar pour réduire le coût de ses importations et ainsi éviter une continuelle détérioration de sa balance commerciale. En réalité, nous importons une bonne partie de nos produits de l'Europe. Prenez l'exemple des grandes surfaces implantées sur le territoire. Elles sont toutes franchisées : HYPERU, CARREFOUR, CHAMPION.... Elles achètent donc les produits de la franchise dans les centrales d'achat françaises. Le gain de l'échange est nul, puisque ces produits ne profitent pas de la faiblesse du dollar. Pour le reste des produits, importés en majorité d'Australie, de Nouvelle Zélande, nous devrions en effet profiter du gain de l'échange. Le marché mondial des fruits et légumes se faisant en dollar US, la Polynésie française devrait améliorer son solde commercial ne serait-ce qu'en profitant de l'envolée de l'Euro. Et pourtant, l'inflation continue de croître au rythme insolent de 2,1%, sans aucun rattrapage provenant du désiquilibre des devises.
Il reste donc à nous demander pourquoi les prix ne baissent pas, et que se passerait-il si l'on passait à l'Euro ?
Les prix ne baissent pas pour deux raisons en Polynésie :
- La première est simple : le marché de l'alimentaire est monopolistique. Il est donc plus facile de s'accorder entre deux ou trois distributeurs sur un prix de référence qui leur permet d'accroître leur marge arrière. Le consommateur ne le constate même pas. Cette entente économique informelle est interdite par la loi. SFR, Bouygues Telecom et Orange ont en fait les frais sur le marché des téléphones mobiles en France.
- La deuxième est plus économique : c'est que malgré que nos unités de comptes sont pour la plus part en Euro, nous ne facturons pas en Euro lorsque nous achetons à l'étranger. La plupart des commerçants achètent en dollar et ne profitent donc pas de la guerre des devises. Que le dollar soit haut ou bas, nous sommes obligé d'acheter nos provisions sur les marchés étrangers (autres que Zone euro), quel que soit le coût du dollar US. En ce qui concerne les produits pétroliers, le prix à la pompe est régulé par un fond territorial qui permet de lisser la courbe du coût de l'or noir. Lorsqu'il augmente, le fond compense. Lorsque le cours du baril baisse, le fond provisionne.
Si la Polynésie venait à adopter l'Euro, les choses seraient différentes. La Polynésie achèterait alors ses pommes, ses kiwis avec la monnaie européenne. Elle profiterait donc de la faiblesse du dollar et du fort pouvoir d'achat de l'Euro. Cependant, nos exportations deviendraient onéreuses, quoiqu’elles ne soient pas nombreuses. De plus, l'impact psychologique sur les touristes étrangers serait plus fort, et on risque d'être la cible d'une "inflation importée".
La situation de la Polynésie est donc très neutre. Elle ne profite pas des opportunités de la guerre des devises, mais elle n'en subie également pas les conséquences. C'est une position "win-win", puisqu'elle profite à la fois des avantages du dollar, et en même temps de celle de l'Euro. Une situation qui nous permet d’être isoler, sans être handicaper.