Jamais n’a t-on vu autant de révulsions, de protestations, de rédemptions. Celles d’une jeunesse d’abord en majorité dépassée par ses propres émotions, quémandant “un je-ne-sais-quoi” d’idéalisme politique, où la démocratie est reine d’un monde qu’elle contrôle et qu’elle passionne. La Polynésie flotte au dessus de cette paranoïa des idéaux. La jeunesse est perdue, parce qu’elle s’indigne d’une violation “de principes moraux idéalistes”, qui rendrait obligatoire l’application de principes huilés qui mènent nos démocraties à la ferraille. Je crois en la démocratie, mais j’ai aussi foi dans sa flexibilité. M. Crozier croyait en la flexibilité des hiérarchies. C’est à son sens une condition sine qua non de sa survie. Dans toute chose existent une organisation officielle et une organisation réelle. Je crois à ces deux principes. L’élection du Président se faisant au suffrage universel indirect, je conçois l’élection de G. Flosse comme une flexibilité de notre démocratie. Nos élus ont parlé, pour moi la démocratie fonctionne et il en a jamais été autrement.

“Je suis pour le peuple, contre tout ce qui le divise”, disait Paul Guth. Notre jeunesse (pour ceux qui se manifestent) a tout à fait raison de manifester son incompréhension. Mais elle a tort de manifester une colère passionnelle, car son débat sera faussé par une volonté de choisir l’un plutôt que l’autre. Et d’ailleurs, je ne souhaite pas que cette révolte silencieuse se soit faite sur une soudaine envie de contradiction plus que d’une envie de conviction. Celle que J. Cocteau formulait ainsi : “La jeunesse sait ce qu’elle ne veut pas avant de savoir ce qu’elle veut”. Je m’obstine à croire le contraire.

Je constate que moi-même, jeune naïf de 21 ans, passionné par la politique polynésienne, j’ai du mal à proposer une alternative à cette curiosité qui nous habite. Celle d’une volonté de voir le pays se redresser de son coma économique que seuls des docteurs chevronnés peuvent relever, et de l’autre de l’envie de voir cette “lourdeur générationelle de politiques” quitter la sphère du pouvoir pour rajeunir une démocratie marquée par les ravages de conquêtes. Je suis partagé aujourd’hui dans cette logique de la défiance, et cette défiance au risque. Je veux le beurre et l’argent du beurre.

En l’espace de quelques mois (très peu certes), G. Tong Sang a eu du mal à me convaincre de sa redoutable force tranquille. Progressiste, neuf, constructif, j’ai cru jusqu’à hier qu’il était le choix de la raison. C’est sa volonté de démolir le toit qui l’a hébergé plutôt que de construire le sien qui m’a dégoûté. N’aurait-il pas pu démissionner du Tahoeraa lorsqu’il avait découvert sa passion pour construire la cité plutôt que de vouloir la place du chef ? Il aurait, du coup, pu renouveler son stock d’idées plutôt que de créer des produits dérivés du Tahoeraa. Je crois qu’il voulait la place d’un homme plus qu’autre chose. C’est en ce sens que je ne crois pas qu’il soit différent.

Pour le reste, je laisse la démocratie à ses écrits. Elle fera, je le sais bien, une bouchée bien facile de cette comédie politique. Je n’espère qu’une chose : que la jeunesse ne devienne pas un objet politique, et que nous ne nous amuserons pas à diviser les jeunes les uns contre les autres.