Le programme de l’UPLD est à des années-lumière de celui de 2004 : pas de mesure sociale démagogique du style “SMIG à 200.000 F CFP à la fin de la mandature”, “allocation de la femme au foyer de 120.000 F CFP par mois”, “gratuité des loyers des logements sociaux” ou “restitution des terres à leurs vrais propriétaires”….”L’expérience” du pouvoir serait-elle passée par là ? Si c’est le cas, la démocratie polynésienne y aura gagné. Mais c’est vrai aussi que du fait du non-respect des engagements de 2004, il allait de la crédibilité de l’UPLD-Tavini de ne pas décevoir une deuxième fois ceux qui placent encore leurs espoirs dans ce parti du changement, si on peut encore le qualifier ainsi.

Sur la forme, ce programme est surprenant. Une matrice qui fait très tableau de bord avec trois intitulés : “domaines”, “objectifs” et “moyens”. Illustration, je suppose, d’une recherche d’une cohérence programmatique. Sur la forme, c’est plutôt réussi. La “patte” du Vice-Président, Ministre des Finances, a été gage de nouveauté.

Les “domaines” sont au nombre de 5 :

  1. Renforcer notre identité culturelle ;
  2. Renforcer nos capacités d’action;
  3. Dynamiser et rationaliser l’utilisation de nos ressources ;
  4. Améliorer la vie quotidienne ;
  5. Développer notre projet politique :la pleine “autonomie” (sic) économique et politique.

Première innovation : l’UPLD-Tavini est devenue, à l’écrit, autonomiste (lol) ! Mais, à l’oral, surtout en reo maohi, il est toujours indépendantiste. Grand écart sémantique assez surprenant. Pourquoi ne pas appeler un chat un chat, et dire indépendance quand on veut l’indépendance ? Le français est une langue suffisamment riche pour dire ce qu’on veut vraiment dire. Je trouve donc vraiment surprenante cette nouvelle modestie dans les termes ! Peut être ne faut-il pas brusquer un certain électorat modéré qu’il faut absolument capter pour avoir la majorité absolue ?

Deuxième innovation : l’accent mis sur l’identité culturelle. On comprend mieux, à postériori, les discours insistants du Président Temaru durant ce mandat raccourci. On prône, la aussi par écrit, une “diversité culturelle” (sic), pour mieux affirmer dans les discours entendus et ressassés ces dernières années, la primauté du peuple originel, le peuple maohi. Pourquoi pas, après tout ? Mais pourquoi ne pas l’assumer clairement dans ce programme, maintenant que c’est de notoriété publique ? Peur, là aussi, de brusquer un électorat modéré ?

Sur le fond, dans l’ensemble, ce programme est formulé en des termes généraux et quelquefois un peu trop vagues. Il semble être réalisable sur une mandature, à l’exception notable des dépenses d’équipement bien trop lourdes par rapport aux capacités de financement des investissements du Pays. C’est là un grand point positif par rapport à celui de 2004. On est même un peu étonné d’une certaine modestie dans l’ambition. Mais mieux vaut plus de réalisme que plus de démagogie.

Cependant, certains termes génériques demanderaient à être précisés. Il en est ainsi du “moyen” “établir l’équité fiscale” ( qui aurait tout aussi bien être un objectif au vu de sa généralité). Qu’est ce que celà veut dire concrètement ? Instauration de l’impôt sur le revenu ? L’UPLD-Tavini s’avance un peu masquée sur cette question…

Autres “moyens” sur le plan fiscal : “simplifier et réduire la TVA”, réduire les taxes à l’importation…. Réduire les recettes publiques, certes. Mais, quand à côté, de nombreuses actions nécessitent un accroissement des dépenses publiques ( construction et fonctionnement d’un IUT, “grands chantiers” ( lesquels ?), convention center, route de dégagement entre Papeete et Taiarapu, aéroport international des Marquises, aménagement du front de mer, réseau de transport public terrestre, équipements structurants dans les archipels (lesquels précisément ?), projet d’hydrogène des mers, cable sous-marin, haut débit dans les archipels, filières de traitement des déchets, maisons des jeunes, institut du développement durable, hopitaux dans les archipels, réseau informatique santé, allocation de solidarité…), comment on joint les deux bouts ? Décidément, réduire les recettes (donc les impôts…) et accroitre les dépenses : c’est la pierre philosophale de certains partis politiques pour nous caresser dans le sens du poil !

Point commun avec le programme de to tatou ai’a : pas ou très peu de chiffrage, pas d’échéancier de réalisation des projets, pas d’estimation des capacités de financement du Pays ( qui plus est, après proposition de suppression de nombreuses recettes fiscales…)

Sur le plan institutionnel, l’UPLD y réaffirme ses lignes directrices : accord-cadre avec l’Etat, réinscription sur la liste des pays à décoloniser…

Par contre, en matière de “pleine autonomie économique”, on reste un peu sur sa faim. Rien de plus vague, en effet, que le “moyen” : “Mettre fin au « modèle de dépendance de la métropole en termes économiques qui a causé les difficultés que nous rencontrons aujourd’hui » (F. Fillon, le 4/01/08 aux Antilles) et “Fonder le développement sur les ressources économiques propres au Pays”. Posée en des termes aussi généraux, ce Moyen ressemble plutôt à un Objectif. On en déduit fâcheusement que l’UPLD-Tavini n’a rien à nous dire de précis sur le plan économique. Doubement rien à dire, puisqu’elle s’inspire d’une phrase de Monsieur François FILLON, premier ministre de la puissance coloniale tellement honnie….On n’est pas à un paradoxe près !

Globalement donc, je dirais qu’il y a un réel effort de construction d’un programme politique crédible. Mais la faiblesse du raisonnement économique, le volume trop important des dépenses d’investissement annoncées et l’incohérence du raisonnement fiscal sont des faiblesses majeures de ce programme.

L’analyse détaillée de ce programme fera l’objet d’autres billets.