Plus rien ne retient les comportements vicieux, les comportements mafieux, tous ceux qui empêchent toute avancée des mentalités. Parce que oui, la Polynésie souffre de l'exagération pathétique de ses élites, exagération à l'abus, à l'égoïsme, à la réussite de soi. Rien pour le peuple, sinon rompu à subir ce théâtre de la honte.
Il semble que nous souffrions des mêmes maux d'une France qui a trop longtemps réclamé le changement, et qui, faute de l'avoir eu, attaque la mondialisation dans une frayeur du progrès, baptisée "l'exception française", qui, colonisation oblige, a dépassé les frontières. N'allez pas croire que cette exception est neuve, c'est tout un processus historique que d'obtenir à l'époque de la Révolution, par le feu et le sang, la victoire des "subis" sur les "nantis". Cette mentalité d'ancien régime patauge dans une mare idéologique, et sait que respecter des coûtumes anciennes n'est pas au prix de l'avenir : celle de voir que plus de 65% des Français ressentent la mondialisation comme une menace. On peut remercier les socialo-démagogiques du "tous libéraux" d'avoir participé à cette faillite des mentalités et qui aura sans doute privé la France d'une réussite encore plus florissante.
En Polynésie, c'est cette "société de défiance", que je n'espère pas, qui s'installe. Celle où la population perd foi en ses politiques, et finit par prendre pour bras droits, syndicats et démagogues, aux idées faciles et fallacieuses, qui continuent d'user "de la naïveté de la base des travailleurs pauvres". Cette même base que l'on met en guerre face à l'exubérance de la richesse Polynésienne irrationnelle, et qui, au final, conduit à réclamer, chaque année, 3% d'augmentation salariale. Et l'année suivante, on nous dit que l'on table ces revalorisations sur l'inflation, alors que ce sont ces augmentations de salaires qui conduisent à alimenter un processus inflationniste. Un cercle vicieux dont personne n'ose prendre la responsabilité.
Si nous continuons d'augmenter les salaires sans parvenir à faire correspondre les compétences, nous voguons vers l'augmentation d'une précarité sociale mature en réduisant chaque jour l'accessibilité, aux plus démunis, des bagages culturels et universitaires.
Ces myhes, il y en a encore trop en Polynésie. Et le plus célèbre d'entre eux est bien l'augmentation du SMIG, ce fabuleux outil de croissance sociale que certains politiciens usent pour flatter leurs minorités. Quand est ce que les Polynésiens vont comprendre qu'aujourd'hui, toute augmentation du SMIG conduit à l'augmentation du chômage ? J'attend avec impatience que l'on comprenne qu'augmenter le SMIG, c'est élever encore le niveau d'accessibilité au marché du travail. Parce qu'à chaque niveau de salaire correspond une compétence, et même si le niveau le plus bas demande le moins de compétence, lorsque le salaire imposé augmente, la compétence demandée suit automatiquement.
Les Polynésiens qui sont à quelques jours d'un choix crucial et encore temporaire sans doute, doivent apprendre à séparer promesses et mensonges, et éviter d'être conquis par des flatteries électorales. Si augmenter le SMIG était si efficace, pourquoi est-il à chaque fois augmenté en période électorale ?
A l'heure où j'écris tout cela, j'entend presque "la politique de civilisation" au coin de mon oreille. Mais je me dis qu'il serait bien dommage de se résoudre à réduire les Polynésiens à un groupe "d'opposants à la croissance", et d'avouer que nous nous rendons faibles devant certaines idées d'un ancien temps.
Je pense que la Polynésie s'incruste dans "une dispute du progrès". Le progrès de parvenir à réussir. Se disputer sur l'autonomie / l'indépendance, la cherté de la vie / le tourisme, le niveau de vie / la pauvreté. Voici des sujets paradoxaux propres à la Polynésie, parce que les fondements de sa croissance sont extérieurs à elle même, et font que cette croissance exogène sait importer la richesse, mais ne sait pas la produire localement. Et l'importation est la même chaque année. Pour augmenter les salaires, il faut donc importer plus. Sauf que la générosité budgétaire est finie, on est à l'heure du rationnement. Et c'est cette réalité que "les agents de la croissance sociale" (appelons les comme ça) ne comprennent pas. Car eux réclament des richesses, mais ne participent jamais à la produire ! Car en bloquant les leviers stratégiques, ces syndicats détruisent plus de richesse globale qu'ils n'en produisent. C'est intéressant de constater que les gens qui réclament de la croissance sociale participent à en tarir les ressources.
Le véritable problème c'est que ce concept de richesse globale n'existe pas en Polynésie. Pour faire court, penser global, penser pour tous, penser ensemble n'existe pas. On ne vit pas pour la Polynésie et son avenir, elle vit malheureusement pour nous...