Les ripostes construites sur les aveux ou les non dits d’un secrétaire d’Etat à l’outre-mer, déterminé à restaurer la “bonne présence française”, celle si longtemps dissipée dans la cacophonie du chiraquisme qui hésitait alors entre plus ou encore plus d’autonomie en Polynésie française, sont de plus en plus visibles.

Le Tahoeraa, qui promet d’embellir son statut d’opposition d’une “vigilance éclairée” joue au coup par coup. On régule les gourmandises budgétaires du gouvernement, sans pour autant immobiliser la Polynésie dans un coma des partis. On fait des concessions pour mieux tarir la source du malaise idéologique qui existe entre l’autonomie de G. Flosse et l’indépendance d’O. Temaru.

Quelqu’un me disait récemment, l’indépendance c’est ne plus continuer à vouloir se rattacher à quelque chose, mais plutôt à une autre. L’autonomie c’est vouloir se créer ses propres lois. N’a t-il pas clarifié en une phrase la rime idéologique qui fait que notre poésie politique n’est jamais comprise ?

Celle des indépendantistes, rancunier de l’eldorado nucléaire que la France a construit dans nos îles, et qui désormais réclame l’indépendance par rapport à la France pour se rattacher à un autre pays : à la Nouvelle Zélande ? Même sur cette question, l’indépendantiste de base reste sur sa faim.

Ou celle des autonomistes intraitables face à “l’ingérence Française” en Polynésie, mais qui sans renier les financements de la France, veulent “adapter la France à la Polynésie”, au lieu de l’inverse. “Think Global, Act local“.

Pourtant ils arrivent à se retrouver sur la solidarité des terres territoriales, celle du statut des Marquises, aucunement disposée à proclamer son “indépendance” pour la France seule ? La guerre face au secrétaire d’Etat, c’est parfois ensemble qu’ils la mènent.

Pour ne pas arranger les choses, N. Sarkozy joue la surenchère de la rigueur, en intégrant un bon retour en force de l’Etat. Il avait promis : il ne laissera personne sur le bord de la route, et surtout pas sur celle des réformes. C’est sur ce “chantier des mentalités”, que la Polynésie se retrouve à “re-rouler” sur les autoroutes nationales, où les lois républicaines sont les mêmes pour tous. La vitesse des dépenses est abaissée, et des radars seront placés pour sanctionner les déviants.

Pour la route PPT-Paris, le gendarme Estrosi n’hésite pas à faire le trajet, non pas deux, trois mais quatre fois par an pour “éduquer la Polynésie à l’autorité Elyséenne”. Il réussirait où tous ses prédecesseurs ont échoué depuis tant d’années? Faire plier les vieux “metua” polynésiens aux souhaits de l’Etat?

Impossible me dit-on. Oui, tant que l’on arrêtera de vouloir normaliser et dresser la Polynésie à un idéal Parisien, celui qui consiste à vouloir ramener la Polynésie dans le berceau des régions. “Il s’agit là M. Estrosi, du meilleur moyen de promouvoir l’indépendance, en offrant aux indépendantistes l’image d’un Etat colonisateur des libertés et des pouvoirs de ces collectivités”, me dit-on.

Sans prendre le pas sur l’avenir, je dirais que sans la construction de cette “capacité et cette volonté à réconcilier”, je n’imagine pas la guerre Territoire-Etat se terminer sur une si douce plaidoierie. Il faudra à mon avis s’attendre à une riposte sereine de l’Elysée qui consistera à trancher le coeur des polynésiens en deux, encore aujourd’hui partagés entre leur liberté et leur souveraineté. Deux choses encore bien différentes…