Enfin ! Un ministre qui n’a pas peur d’afficher sa volonté de réforme. Je dis bravo. Pas de langue de bois, pas de circonvolutions, pas de souci du “qu’en diront les pseudos professionnels”.

Le diagnostic est clair et limpide : notre secteur touristique est sinistré par l’amateurisme, par le ronronnement des habitudes, par le manque d’imagination et d’innovation, par un rapport qualité-prix très médiocre, par des professionnels autosatisfaits et pourtant dépassés, par une bureaucratie budgétivore et à faible productivité…

Le constat est sans complaisance, mais lucide. La comparaison avec les pays concurrents, les dizaines d’iles ayant développé, comme nous, ” le tourisme tropical balnéaire” est sans appel. Pourquoi leur croissance est à deux chiffres et que nous, nous stagnons ? Pourquoi Fidji explose ? pourquoi l’île Maurice marque des points ? Pourquoi les Maldives et les Seychelles ont la côte auprès de la jet set internationale ? Qu’ont-ils et que font-ils de plus ?

La réponse est simple : ils font, comme nous, du haut de gamme, mais à un prix au moins deux fois moindre. La recette par touriste est deux à trois fois supérieure en Polynésie par rapport à Fidji, non pas parce qu’ils “en ont” pour deux ou trois fois plus en qualité de service en Polynésie, mais parce qu’ils n’ont pas le choix. En effet, quand on voit les complexes de Denarau à Fidji avec golf et loisirs intégrés, qu’est ce qui pourrait inciter les touristes australiens, néo zélandais, coréens ou japonais à venir en Polynésie ?

Le problème, c’est que nous ne produisons pas de la valeur ajoutée supplémentaire par une réelle différence, mais du coût ajouté obligatoire. Des packages hors de prix. Des “pièges à honeymooners”, qui, une fois qu’il ont payé 1.500.000 francs ou 2 millions le voyage de leur vie, se disent, après l’ivresse du 7 è ciel, qu’on ne les y reprendra pas deux fois … Et on fait mine de s’étonner depuis 30 ans que le “tourisme répétitif” se traine à 5 ou 10 % de la clientèle qui vient nous voir !

Et pourtant : nous avons été inondés de défiscalisation à la sauce Pons, Paul et Girardin. En attendant la “sauce” Estrosi… Nos bungalows sur pilotis ( à 20,30,40,50 millions pièce, malgré la double défiscalisation nationale et locale !!!), “must” de notre destination, sont devenus hors de prix et complètement banalisés.

Et pourtant, le GIE Tahiti tourisme dispose de plus de 2 milliards de F CFP de budget par an ( en augmentation exponentielle ces dernières années, comme les effectifs). C’est bien pratique, d’ailleurs, pour tous les pseudo-professionnels : celà les dispense de faire des efforts promotionnels de leur côté. Le GIE paye tout, fait tout, et si celà ne marche pas, c’est de la faute du GIE. Et chacun de se défausser sur l’autre dans des discussions à n’en plus finir et sans voir la réalité en face.

Cette féodalité bureaucratisée qu’est devenue le GIE Tahiti tourisme, structure qui vit à 99 % des fonds publics ( avec donc une contribution marginale des soit disants professionnels), ne veut pas rendre des comptes, selon les dires mêmes du Ministre Marc COLLINS. On ne veut pas lui donner les bilans de ces 15 dernières années, l’évolution des effectifs, des budgets des représentations extérieures, des frais de consultants divers… Incroyable ! Un Etat dans l’Etat !

Les Ministres passent, mais le GIE reste… Et, au vu du vent réformateur qui souffle et qui est prêt à renverser les rentes de situation, les positions acquises, le copinage et les habitudes entre initiés, je suppose que tout ce beau monde n’a qu’une hâte. Vivement un nouveau gouvernement et qu’on change de Ministre !

Car de quoi se mêle-t-il ? Pourquoi veut-il savoir comment l’argent public est employé ? Pourquoi parle-t-il d’efficacité ? Pourquoi nous compare-t-il avec Fidji ou Maurice ? Pourquoi démontre-t-il que notre ratio budget de promotion/ touriste est le plus élevé du monde ? Quelle mouche l’a piqué ?

Son crime ? Il dit qu’il faut qu’on retrousse nos manches, qu’on innove, qu’on soit plus imaginatif, qu’on développe de nouvelles niches de marché, qu’on optimise les diverses aides publiques, qu’on maitrise nos coûts, qu’on améliore notre rapport qualité-prix, qu’on diversifie notre base de loisirs….Un vrai crime de lèse-majestés bien assises dans leurs fauteuils de cuir …

J’espère, en ce qui me concerne, qu’il restera longtemps à son poste. Car voilà un Ministre “nouvelle génération”, un vrai professionnel, qui plus est, et qui a fait ses preuves dans le privé, qui a le courage de taper dans la fourmilière pour que notre tourisme, fer de lance de notre développement, redécolle à nouveau.

A faa itoito. And you are the right man at the right place !