Prospective, patrimoine et aménagement du territoire : le hangar à pirogues de Mahina
La polémique qui a éclaté cette dernière semaine à propos de l’implantation d’un “hangar à pirogues” en plein site classé de la pointe Vénus est révélatrice de l’absence de sens des responsabilités de certains élus, en l’occurence de l’ex Ministre des sports du gouvernement TONG SANG, Monsieur Clarentz Vernaudon, et du conseil municipal de Mahina, face au patrimoine de notre Pays et aux générations futures.
Car sans être au fait des détails de ce dossier, je me rappelle qu’il y a un peu plus d’un an et demi, Monsieur Jacqui Drollet, en sa qualité de ministre du tourisme, nous avait présenté un concept d’aménagement intégré de la pointe Vénus avec l’accord explicite de Monsieur Emile Vernaudon et de son conseil municipal. Ce concept, réalisé après études qui ont dû couter quelques dizaines de millions de F CFP, semblait cohérent sur le papier et visait à rénover un site historique qui s’était bien dégradé depuis quelques années. Il avait une dimension de valorisation du patrimoine et de valorisation touristique qui allait redonner du lustre et de la densité à l’un de nos rares sites historiques.
Patatras ! Suite à l’arrivée du gouvernement TONG SANG, non content de l’abondance des subventions reçues par le maire de Mahina, on découvre que Monsieur Clarentz Vernaudon, en accord avec le maire, a donné des directives au Directeur de l’Institut de le jeunesse et des sports, placé à cette fonction par ses soins, en vue de construire sans autorisation formelle et dans des conditions “abracadabrantesques”, un “hangar à pirogues” complètement inesthétique et incongru sur ce site historique.
Il est vrai que le Maire et son adjoint politique du Ai’a Api se devait de contenter une clientèle qui pèse lourd aux élections - les piroguiers de Mahina - en construisant ce hangar métallique (à quel coût ? Y a -t-il eu appel d’offres ou appel à concurrence ?) à quelques mois d’un scrutin municipal particulièrement fatidique pour Monsieur Emile VERNAUDON et son équipe. Il convient d’ailleurs de remarquer au passage que l’abondance des subventions - plus de 3 milliards de F CFP - distribuées généreusement par Messieurs TONG SANG et FOSTER à Monsieur Emile VERNAUDON, faisait partie de cette stratégie de “bétonnage” d’une municipalité particulièrement convoitée par d’autres appareils politiques.
Mais au-delà de cette “cuisine” particulièrement peu appétissante, cet exemple est révélateur de l’absence totale de sens de la prospective dans l’aménagement du territoire de certains de nos élus. Aucun schéma directeur n’est suivi. Ou lorsqu’il y en a un, le décideur du moment “détricote” ce que le décideur précédent avait arrêté. De nouvelles études succèdent aux précédentes études qui encombrent les armoires. Et des projets voient le jour par simple lubie ou par simple tactique d’opportunité politicienne.
On fait des “coups” en comptabilisant le nombre d’électeurs potentiels gagnés grâce à la réalisation de tel ou tel projet en s’affranchissant de tout schéma directeur ou de toute réflexion sur une valorisation “intelligente” de notre patrimoine. Quitte à avoir pour des décennies une verrue sur un site historique. A cette allure, pourquoi pas une énième salle omnisports à côté du hangar à pirogue, projet toujours très prisé de nos édiles municipaux, car ce sont des réalisations “massives” qui se voient… quitte, à ce, qu’ensuite, la maintenance de ces infrastructures laissent à désirer. Peu importe, on construira ces mêmes infrastructures dans dix ans. Il faut bien faire vivre les entreprises du BTP, avec, au passage “quelque chose” pour le commanditaire du projet !
Il serait peut être temps de faire de la prospective,de respecter les schémas, plans généraux d’aménagement et plans d’assainissement qui coûtent des centaines de millions en études diverses, d’avoir un minimum de continuité malgré les changements d’équipes gouvernementales ou municipales et d’avoir conscience de la rareté de notre patrimoine historique. C’est vrai que la constance et la cohérence sont moins “payantes” électoralement, mais on aura au moins la fierté d’avoir contribué à un développement harmonieux du Pays.
On voit là la nécessité de porter à la décision du Pays une nouvelle génération de femmes et d’hommes politiques.
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