Réhabiliter les mémoires
Chacun le sait, le président de la République n’hésite pas à mettre les pieds dans les plats volontairement mis de côté par ses prédecesseurs. La réforme de l’université, la réforme des régimes spéciaux, la fin de notre délire fiscal… Il a, en six mois, évacué le malaise politique que tout Président évitait avec soin. On lui a longtemps reproché d’avoir sectariser la France, de l’avoir rompu à une division sécuritaire, à l’avoir corrompu à une conscience immigratoire, il a réveillé les fondements d’une France qui ne s’accordait que peu d’espoirs pour l’avenir.
Et pourtant depuis quelques jours, l’histoire fait basculer le sens des vérités. Celle tout d’abord d’un colonialisme oppressif, “contraire aux trois mots fondateurs de la République : liberté, égalité, fraternité”, dixit le président. Sans un devoir de repentance, les anciens satellites qui ont fait la fierté de la République aux quatre coins du monde, se révoltent sur le dos d’une histoire écrite à deux vitesses, celle d’une France, patrie des droits de l’homme, et celle de colonies évacuées par la porte arrière de la République.
La Polynésie française ne peut se targuer d’un tel récital. Elle n’a pas manqué d’être “utilisée” pour bâtir le génie français, mais ne s’est pas retrouvée orpheline de ses mémoires du jour au lendemain. Dire que le colonialisme a trahi certaines valeurs de la République ne serait sans doute pas condamnable. Mais plutôt faudrait-il juger sur ce qu’a été le post-colonialisme de ces terres désertées par la France, que l’on pourrait comparer à “la renconversion Polynésienne”, qui a le devoir, non de blanchir, mais de “dédommager” les victimes de cette douleur coloniale.
Aussi devrions-nous nous demander si cette reconnaissance de dette morale de la République en Algérie, va changer les habitudes séculaires d’un pays rompu à dicter la poésie des droits de l’homme. La Polynésie française, en la personne de son Président osera t-elle saisir l’aubaine pour profiter d’une jurisprudence historique ? Et quelle nécessité ?
En tous les cas, l’opportunité d’un tel symbole ne manquera pas à la Nouvelle Calédonie, prochaine colonie sur le quai de départ, qui aura à faire valoir l’héritage, s’il est construit, d’une France désormais consciente de ses acquis, et résolument déterminée à réhabiliter les mémoires.
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