Méconnaissance de la réalité économique de la Polynésie française ( réédition réaménagée)
Un récent débat entre Monsieur Jacqui DROLLET et Jean-Christophe BOUISSOU, sur RFO, à propos de la dette et des transferts financiers de l’Etat et des déclarations passées de ce même Jacqui DROLLET ( “Ces transferts sont de 150 milliards de F CFP, mais il faut savoir qu’ils servent à payer Madame le Haut Commissaire, la justice, l’armée, la gendarmerie…”) traduisent une grave méconnaissance de la réalité économique de la Polynésie française.
En effet, comme nous vous l’avons détaillé dans des billets précédents ( “Autonomie économique de la Polynésie : nous avons des marges de manoeuvre” et “transferts publics de l’Etat : 148,6 milliards de F CFP en 2005″) , Monsieur Jacqui DROLLET ne sait pas que plus la moitié des transferts financiers de l’Etat servent à financer des domaines qui sont de la compétence propre du Pays :
1) l’éducation, l’enseignement supérieur, la recherche et la culture qui ont bénéficié en 2005 de 52,5 milliards Fcfp (environ 437 millions d’euros), soit 35,3% du montant total des dépenses réalisées ;
2) les sommes allouées à la dotation globale de développement économique (DGDE) et au fonds d’investissement au développement économique et social (FIDES), dont l’objectif est “le renforcement de l’autonomie économique de la Polynésie française”, ont quant à elles atteint 23,2 milliards Fcfp (environ 193 millions d’euros);
3) un montant de 5,4 milliards Fcfp (environ 45 millions d’euros) a été consacré à “la cohésion sociale” et à la santé.
En outre, un montant de 26,5 milliards Fcfp (environ 221 millions d’euros) “d’investissement en Polynésie française ont fait l’objet (…) d’une demande de défiscalisation”, disposition qu’offre la “Loi Girardin”.
Sans prendre en considération la défiscalisation nationale ( Loi Girardin), c’est pourtant un montant de de 81,1 milliards de F CFP que l’Etat finance à la place du pays dans des domaines de compétence du Pays. En d’autres termes, même dans un régime politique d’autonomie, nous devrions normalement financer nous- mêmes ce montant de plus de 80 milliards de F CFP (pour l’éducation de nos enfants, notre protection sociale, notre santé…), ce qui représente - rappelons-le - presque deux fois ce que nous rapporte le tourisme, notre première source de devises.
Plus grave : il ne sait pas que, par l’effet du multiplicateur dit keynésien, ce montant de 148,6 milliards de F CFP injecté dans l’économie polynésienne a des retombées économiques très importantes, puisqu’il contribue à former au moins 3/ 5 è de notre PIB ( la richesse que nous produisons dans l’année) !
Ce principe du multiplicateur est facile à comprendre. Supposons que vous dépensez 100.000 F CFP au magasin de votre quartier. Le commerçant dépensera une grande partie de ces 100.000 F CFP auprès d’autres commerçants ou particuliers, qui eux-mêmes dépenseront une grande partie de ce qu’ils ont reçu auprès d’autres personnes qui…etc…etc. Les économistes appellent cet effet en chaine ( facile à comprendre puisque nous expérimentons celà concrètement chaque jour), le “multiplicateur keynésien”.
Les spécialistes de l’économie polynésienne ( ISPF, IEOM…) évaluent cet effet multiplicateur pour la Polynésie à 2,5. Récemment, des experts ont même estimé que ce multiplicateur des transferts métropolitains est de 2,7.Autrement dit, 148,6 milliards de F CFP ( un peu moins en fait, car certaines sommes sont versées en France métropolitaine) injectés chaque année dans l’économie polynésienne font des “petits” à hauteur, toujours dans l’année, de plus de 400 milliards de F CFP. Ce qui est, vous en conviendrez, considérable !
Monsieur Jacqui DROLLET ignore cette réalité que chacun d’entre nous vit pourtant : les loyers des gendarmes, les dépenses des retraités, les emplois de fonctionnaires d’Etat, souvent de plus en plus occupés, qui plus est, par des polynésiens, les dépenses diverses de la gendarmerie,de l’armée, des organismes de recherche, les dépenses des professeurs…. font vivre des dizaines de milliers de personnes en Polynésie. Cette réalité, le Ministre de l’Economie et des Finances semble ne pas la connaitre.
Cette méconnaissance n’explique-t-elle pas en partie, l’option pour l’indépendance, du gouvernement ? Ce dernier ne sous-estime-t-il pas l’importance considérable de ces transferts sur notre niveau de vie ? Ne sous-estime t-il pas les efforts très importants qu’il faudrait faire, ne serait-ce que pour maintenir ce niveau de vie sans ces transferts ? A moins que ce gouvernement soit aveuglé par l’idéologie de son Président. Mais le problème, c’est qu’entre l’idéologie et la réalité, c’est toujours la réalité qui gagne.
Nous aurons, bien sûr,l’occasion de revenir régulièrement sur cette question stratégique pour la survie économique, sociale et culturelle de la Polynésie. Mais je voulais juste faire ce point d’étape, tellement j’étais et je reste sidéré de constater une telle méconnaissance de notre réalité par Monsieur Jacqui DROLLET.
Je pèse mes mots : c’est grave.
« La croissance avant tout ( réédition) | Home | Dilemme de l’équité »
Commentaires
Je partage tout à fait ton analyse, lebop. c’est bien que tu rétablisse la vérité.
En revanche, là où monsieur Drollet n’a pas tort . c’est que l’Etat à travers Monsieur Estrosi , qui n’arrête de nous dire qu’il peut donner plus , se doit de régler ses dettes et de respecter sa signature car s’il est vrai que l’Etat doit 12 milliards au pays. ce n’est pas gérable.
Et cela met en difficulté le pays. Et contrairement à ceux qui disent comme vernaudon ou Bouissou que le pays n’a qu’à aller chercher les autres milliards auprès du vanuatu ou autres est une plaisanterie grave car un partenariat fort entre l’Etat et le pays doit se baser sur une confiance absolue qui commence par le respect des signatures des uns et des autres , c’est le b.a ba.
Cen’est pas parce-que la métropole effectue des transferts financiers importants en PF qu’elle peut se permettre de déstabiliser le budget du pays en matière de logements , d’éducation ou autres.
Au contraire, l’Etat se doit de donner l’exemple et être irréprochable s’il veut donner des leçons à la PF. Et là dessus Drollet a raison bien que je ne le porte pas dans mon coeur.
Imaginez que vous accordiez un budget mensuel à vos enfants et que vous ne respectiez pas régulièrement le plafond alors que les dépenses existent et sont bien réelles . Vous ne faites que creuser les dettes de votre enfant qui ne pourra q’emprunter pour s’en sortir mais à quel prix!
le surcoût est évident et le principe est exactement le même pour notre fenua. Et il va falloir un jour que vous payez les arriérés e vos enfants car vous les mettez dans une panade réelle et irresponsable de votre part. Dans ce cas précis, la responsabilité de l’Etat est engagée.
Et avant de vouloir donner plus, ce qui n’est pourtant exigé par aucun de nos dirigeants politiques, il vaut mieux régler ses dettes, ce sera beaucoup plus sain et crédible!!!!
excellente analyse le BOP.
Concernant la comparaison de Hinanui avec les enfants qui ont un budget mensuel, personnellement, j’ai pas imprimé.
Il est vrai, que mes parents n’avait que de l’amour à offrir et je ne leur en veux pas, tant il est vrai que cela m’a permis de me battre seul.J’irai même plus loin en les remerciant de m’avoir inculqué de telle valeurs.
Dettes,dettes, dettes,c’est vrai que beaucoup de gens qui payent de lourds impôts en ont…eux aussi…
excellente analyse le BOP.
Concernant la comparaison de Hinanui avec les enfants qui ont un budget mensuel, personnellement, j’ai pas imprimé.
Il est vrai, que mes parents n’avait que de l’amour à offrir et je ne leur en veux pas, tant il est vrai que cela m’a permis de me battre seul.J’irai même plus loin en les remerciant de m’avoir inculqué de telle valeurs.
Dettes,dettes, dettes,c’est vrai que beaucoup de gens qui payent de lourds impôts en ont…eux aussi…
excellente analyse le BOP.
Concernant la comparaison de Hinanui avec les enfants qui ont un budget mensuel, personnellement, j’ai pas imprimé.
Il est vrai, que mes parents n’avait que de l’amour à offrir et je ne leur en veux pas, tant il est vrai que cela m’a permis de me battre seul.J’irai même plus loin en les remerciant de m’avoir inculqué de telle valeurs.
Dettes,dettes, dettes,c’est vrai que beaucoup de gens qui payent de lourds impôts en ont…eux aussi…
peu importe, melting pote.l’amour n’a rien à voir dans cet exemple terre àterre.
Dans ton cas, si tu as eu une bourse, imagine que pendant quelques mois, tu ne reçoives plus rien du territoire . Et que celui-ci a des arriérés à ton égard. Pense-tu que cela soit normal. ton budget se trouve déséquilibré et ta situation financière sera loin d’être saine. c’est tout ce que j’ai voulu démontrer par rapport à l’exemple de l’Etat.
L’Etat doit être exemplaire en la matière et le discours des hommes politiques qui veulent donner des leçons aux autres doit être cohérent sinon ce n’est pas crédible, c’est tout ce que j’ai voulu dire.
« A moins que ce gouvernement soit aveuglé par l’idéologie de son Président. Mais le problème, c’est qu’entre l’idéologie et la réalité, c’est toujours la réalité qui gagne. »
Entretenir l’illusion que l’on peut se passer de la métropole est la raison de vivre du Tavini est des indépendantistes, ils ne vont donc pas avouer ne pas pouvoir s’en passer, quant à la réalité elle finit toujours par s’imposer et parfois les lendemains de fête ont des parfums de « gueule de bois »
On se passerait bien des " gueules de bois orchestrées".
et des réalités entretenues dans une situation malsaine.
Et le seul responsable n’est , pas , à ce stade , l’indépendance , mais bien une volonté délibérée de pourir la situation de la Polynésie Française et cela n’est pas tolérable.
Bien que je sois anti- indépendantiste, j’estime que l’Etat se doit de donner l’exemple en matière de franchise et de transparence;
Brigitte Girardin, Jean -Jacques queryanne et Jean-Jacques de Peretti ont toujours donné l’exemple et sarkozy l’aurait fait s’il s’implique davantage dans le dossier polynésien ;Peut-être en Avril 2008.
On se passerait bien des " gueules de bois orchestrées".
et des réalités entretenues dans une situation malsaine.
Et le seul responsable n’est , pas , à ce stade , l’indépendance , mais bien une volonté délibérée de pourir la situation de la Polynésie Française et cela n’est pas tolérable.
Bien que je sois anti- indépendantiste, j’estime que l’Etat se doit de donner l’exemple en matière de franchise et de transparence;
Brigitte Girardin, Jean -Jacques queryanne et Jean-Jacques de Peretti ont toujours donné l’exemple et sarkozy l’aurait fait s’il s’implique davantage dans le dossier polynésien ;Peut-être en Avril 2008.
Qu'en pensez-vous ?
Ami lecteur, amie lectrice, un petite information à votre intention pour vous faciliter la rédaction de votre réaction. Politita modère a posteriori les commentaires. Un nouveau filtre permet de mettre en ligne immédiatement les commentaires qui ne semblent pas injurieux.
Ce filtre n'est en aucun cas parfait et certains commentaires déplacés seront rectifiés après coup ou, plus embêtant, certains commentaires très corrects peuvent ne pas passer de suite. Nous les validerons peu de temps après.
Votre participation à cette discussion implique vous soyez poli envers tous, même ceux que vous n'aimez pas ;) Nous vous remercions pour votre compréhension et vous souhaitons un agréable commentaire.