La campagne électorale de 2004 et de 2005 a été l’occasion, pour les partis politiques de faire assaut de surenchères d’engagements pour capter les voix de l’électorat polynésien. Cependant, les propositions énoncées dans les domaines politiques, économiques, sociaux et culturels ne peuvent se concrétiser que s’il y a croissance.

C’est d’autant plus criant aujourd’hui avec la « gouvernance tauiste » : le programme annoncé, que les observateurs considéraient comme particulièrement maximaliste, voire démagogique, ne peut se réaliser que s’il y a une croissance forte.

Car il y a une donnée fondamentale que devront intégrer nos gouvernants : tout procède de la croissance. On ne peut pas se soustraire à cette réalité. Définir une stratégie de croissance crédible est un impératif absolu pour pouvoir entrainer notre pays sur le chemin d’une ambition collective.

Sans croissance, pas d’insertion professionnelle des milliers de jeunes qui arrivent sur le marché du travail chaque année, car le chomage de masse continuera à obscurcir l’horizon de notre jeunesse. Sans croissance, la protection de l’emploi local sera vouée à sombrer encore plus dans la logique malthusienne.

De même, sans croissance, inutile d’espérer rompre avec la dépendance financière vis-à-vis des transferts publics de l’Etat ou renforcer notre autonomie économique. L’alternative est donc simple : soit la Polynésie française renoue avec une croissance forte, soit elle sombre dans le déclin rapide.

Pour être crédible, tout projet de développement durable de notre pays dans les prochaines années doit donc décrire une stratégie pour renouer avec une croissance vigoureuse. Pour atteindre l’objectif, il faut accepter de nous comparer aux autres. A l’instar de tout acteur engagé dans la compétition mondiale, l’analyse des meilleures expériences observables à l’étranger doit être placée au cœur de notre réflexion.

Notre problème, c’est que nos hommes politiques consacrent infiniment plus de temps à se demander comment dépenser la richesse du pays qu’à réfléchir aux façons de l’accroitre. En fait, la question de la redistribution passe avant celle de la croissance. Tous les débats sur l’augmentation du SMIC, les augmentations de salaires, la réforme autaeaeraa, la création de nouvelles taxes… procèdent de cette idée de redistribution. Or, raisonner comme cela, c’est mettre la charrue avant les bœufs.

Dans le débat politique polynésien, la notion de croissance économique fait figure d’objet mal identifié. Les raisons de la confusion qui règne autour de ce concept de base de l’analyse économique sont diverses. La plus évidente est que si les évocations de la croissance rythment la vie politique, elles sont rarement éclairantes.En période électorale, les candidats rivalisent de promesses de mesures nouvelles qui engendrent des dépenses importantes sans qu’ils précisent comment ils vont les financer. Or, les financements nécessaires ne peuvent venir que de la croissance. Il est donc essentiel d’en revenir aux fondamentaux.

Qu’est-ce que la croissance ? Quels en sont les déterminants ? Pourquoi est-il si important d’avoir une économie en croissance ?

La croissance économique, c’est l’augmentation de la production totale de biens et de services, c’est-à-dire de ce qu’on appelle le produit intérieur brut. Deux phénomènes s’additionnent pour expliquer la croissance du PIB : l’augmentation de l’emploi et l’amélioration de la productivité des travailleurs. Pour créer plus de richesse, il faut soit travailler plus, soit travailler mieux, c’est-à-dire être plus productif. Le facteur le plus immédiat pour expliquer l’amélioration de la productivité est l’augmentation du capital investi par travailleur pour mettre à leur disposition des outils plus efficaces. Mais cela ne suffit pas à expliquer la totalité de la croissance. La partie restante est attribuable à l’efficacité de l’économie dans l’utilisation de ces facteurs de production, c’est à dire à ce que les économistes appellent la productivité générale des facteurs ( PGF).

Bien entendu, dans l’économie réelle, les choses ne sont jamais si simples. La croissance n’est en général pas due à un des trois facteurs isolés des autres, mais à une combinaison des trois facteurs.

Nos gouvernants peuvent agir sur trois principaux facteurs de productivité que sont la qualité des infrastructures, le capital humain – en particulier la part de la population ayant reçu une éducation supérieure –et le niveau technologique général d’un pays.

Nous aurons l’occasion de revenir sur ces facteurs dans le cas particulier de la Polynésie française. Mais il serait plus que temps que nos gouvernants réfléchissent sérieusement à cette question prioritaire, car il en va de l’avenir à long terme de notre pays.