SORTIR DU NOMBRILISME POLYNESIEN ( Réédition remaniée)

Par lebop • 23 November 2007

Le Monde est en train de basculer. Le centre de gravité de la production de richesses se déplace à vive allure vers l’est et l’Orient. Les anciens pays communistes se développent, et la Russie redevient un grand mondial grâce au prix du pétrole. Aux portes de l’Europe, le poids économique de la Turquie s’impose année après année. Non loin de là, Israël est désormais l’un des leaders mondiaux des hautes technologies. Le moyen-orient reste une zone ambivalente, où la pauvreté des uns côtoie les pays qui bénéficient de manne pétrolière (dont l’Iran !), et en conséquence de masses de liquidités à réinvestir.

Encore plus à l’est, la Chine et I’Inde constituent désormais avec les dragons d’Asie et le Japon le nouvel épicentre industriel mondial. En Amérique Latine, le Brésil a retrouvé un dynamisme qui confirme son futur rôle de grande nation économique et de grenier du monde. La bascule du monde est non seulement géographique, elle est aussi cinétique, avec l’entrée dans l’ère de la cybervitesse. Les avions et les navires qui véhiculent les hommes et les marchandises ne vont guère plus vite qu’il y a vingt ans,mais les technologies électroniques et Internet ont, en dix ans, aboli les distances pour l’information et la connaissance, reliant instantanément les savoir-faire sophistiqués occidentaux au pouvoir-faire à bon marché des usines des pays émergents; de même, les excédents d’épargne des uns sont immédiatement recyclés là où les perspectives de rentabilité sont les plus attractives.

La France, notre “mère-patrie”, ne se porte pas au mieux. L’ère des réformes nécessaires s’est ouverte. N’en déplaise aux corporatismes de tous poils.

Il n’y a pas d’autre choix que de s’adapter pour mieux tirer parti du grand saut dans cette révolution technologique et industrielle globale ou le temps et l’espace se contractent. Tout va de plus en plus vite, et les entreprises doivent s’adapter quasi instantanément aux changements de l’environnement, de la concurrence et des attentes des ménages. Des consommateurs qui ont pris l’habitude de payer de moins en moins cher tous ces produits dont la fabrication a été délocalisée. Des consommateurs qui entendent bénéficier des bienfaits de la mondialisation. Mais des consommateurs qui sont aussi citoyens-électeurs et des travailleurs, et qui ont du mal à comprendre que pour tirer parti de la globalisation, il faut d’abord l’accepter et s’y adapter.

Pendant que nous avions les yeux tournés vers notre “pito” et nos énergies concentrées sur nos querelles internes, le monde ne nous a pas attendu et a continué d’évoluer. A nos femmes et hommes politiques de faire la pédagogie de ce grand chambardement, d’exprimer que, face au basculement du monde, les combats d’arrière-garde sont du temps, des efforts, des emplois et des richesses perdus.

Il y a des signes inquiétants : notre tourisme stagne; notre perliculture est encore en convalescence; le noni sombre; la pêche est, aux dires des professionnels, sinistrée; notre commerce est en plein marasme. Un commerçant me disait aujourd’hui qu’il croyait être au creux de la vague il y a trois ans, mais il constate que ce creux s’approfondit. Un sursaut collectif est absolument nécessaire.

Dans ce contexte, il est particulièrement scandaleux que certains continuent à avoir des revendications abusives que nous allons tous payer tôt ou tard.

Je ne veux pas tomber dans un pessimisme excessif. Car notre pays dispose d’atouts pour capter à son profit les opportunités de cette mutation. Mais il faut expliquer et se convaincre que les règles du jeu ont changé, et qu’il faut bien en tirer les conséquences pour préserver un niveau de vie et des relations sociales équitables. Sinon, on risque de se lever un matin avec une grosse “gueule de bois” et un sentiment d’être “largué”…

Nous devons donc, nous aussi, nous remettre en question et nous réformer. A tous les niveaux et à tous les étages du “va’a” polynésien.

Nous n’avons pas de pétrole, mais nous avons des cerveaux,de la créativité et de l’énergie à revendre. A nos politiques de montrer le chemin. En tous les cas, une chose est certaine :ce n’est pas à parler à longueur de journée d’indépendance, de projet de loi organique, à faire de la politique politicienne ou en ronronnant dans la gestion quotidienne que l’on fera face aux énormes défis qui nous attendent. Il est plus que temps de se retrousser les manches !

 

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