Si vis pacem para bellum
La perle de Tahiti, notre principale ressource à l’exportation, traverse depuis quelques années une crise dont la raison principale se situe dans le déséquilibre d’une offre, qui a crû longtemps de plus de 10 % par an, alors que la demande internationale, pourtant dynamique, ne croissait que de 5% par an.Ce déséquilibre a, bien sûr, provoqué une baisse continue des prix et la disparition massive des exploitations perlicoles les moins performantes. On en est arrivé à la situation paradoxale suivante : plus de travail, plus de productivité, plus de production pour chaque ferme, et ce, pour une rémunération de moins en moins importante. Malgré le léger accroissement des prix constaté depuis moins de deux ans, il est impératif de sortir de ce cercle vicieux et la solution ne sera que collective.
L’individualisme des producteurs qui a prévalu et qui prévaut toujours dans la filière a conduit à un résultat collectif contraire aux objectifs et aux attentes de chacun :une production de perles, certes, en forte croissance, mais une rémunération beaucoup plus faible de chaque unité produite. A la base, une règle fondamentale dans l’ECONOMIE DU LUXE avait été oubliée : maintenir la rareté pour maintenir et accroitre la valeur. Dans ce but, il convenait de contrôler colllectivement et réguler les quantités produites de perles ainsi que leur qualité.
Or, un rythme de production longtemps supérieur à la croissance de la demande ne pouvait qu’aboutir au résultat constaté, à savoir une dégradation inexorable de la valeur de notre joyau sur le marché international. Car la somme des intérêts individuels n’a pas conduit à l’intérêt général.En 1999, la Polynésie française vendait 12 fois plus de perles que l’Australie, mais à un prix 8 fois moindre, pour des recettes totales supérieures de seulement 11%. Numéro Un mondial, certes, mais au prix d’une débauche d’énergie et d’efforts de la part de nos producteurs qui s’estimaient, à juste titre, peu payés en retour.Ces derniers vivaient une situation paradoxale et un cercle vicieux : plus de travail, plus de production, moins de rémunération. Et l’année suivante : encore plus de travail pour compenser la baisse de valeur par une production accrue…. Logique infernale à laquelle de nombreux producteurs n’ont pas résisté.
En effet, s’il est un domaine où la liberté d’entreprise s’est exprimée, c’est bien la perliculture : plusieurs centaines d’exploitations perlières ont vu le jour et se sont développées dans un contexte relativement anarchique ( concessions maritimes exagérées,surexploitation des lagons, densité d’exploitation, difficultés de contrôle…). Et la difficulté se situe justement dans le très grand nombre d’acteurs à convaincre de dépasser le chacun pour soi, à encadrer et à organiser.Ceci pour recréer le cercle vertueux : limitation de la production, amélioration de la qualité, ajustement à une demande toujours importante par des stratégies commerciales appropriées, avec, au bout du compte, un prix de la perle nettement réévalué pour un moindre effort sur le terrain.
Plusieurs options ont été envisagées : intauration d’un organisme de commercialisation unique centralisant l’offre, capable de maintenir les cours de la perle en sélectionnant et en appariant les perles vendues ;une autre option avait, à un moment donné, le vent en poupe : la création de 2 ou 3 centrales d’achat visant à prendre en compte la diversité existante des groupements de producteurs ( représentatifs des “gros”, des “moyens” et des “petits” producteurs); création d’un label de qualité et d’un bureau d’expertise officiel, de manière à mieux valoriser sur le marché mondial les perles de bonne qualité ;système de quota par ferme; création d’une maison de la perle…Les solutions avancées par les experts existent. Restent la volonté et le courage d’enclencher cette discipline collective face aux groupes de pression et aux intérêts corporatistes contradictoires.
L’enjeu : conserver une image de luxe pour la Perle de Tahiti sur le marché mondial en étant intransigeant sur la qualité et modifier le rapport de forces actuel qui est trop à l’avantage des négociants et des gros clients internationaux. Car ces derniers captent l’essentiel de la valeur en profitant du morcellement de la production et de la division de nos producteurs qui, eux mêmes, s’engluent dans des rivalités de clocher complètement dépassées dans le contexte actuel.
Le défi : surmonter l’individualisme et l’égoïsme viscéral de la profession.Compter cyniquement et uniquement sur la loi de la concurrence et la disparition des plus faibles n’est pas la solution, bien que celà soit l’arrière pensée de nombreux responsables et acteurs.
Car il est indispensable que les pouvoirs publics fassent prévaloir l’intérêt collectif face aux intérêts particuliers de chacun.
Alors, à quand un vrai “Taui” pour notre secteur phare à l’exportation par la mise en oeuvre d’une ou de plusieurs options citées ci-dessus ?
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Petero 22 novembre 2007 à 20:38
Après la mode des ventes aux enchères à Hong Kong, voilà maintenant que l’on veut faire plus de ventes en Polynésie, berceau de la perle. Quelle constance et quelle cohérence dans la ligne de conduite. Mais c’est pas sûr que les négociants internationaux qui trouvent tout ce qu’ils veulent à Hong Kong vont suivre le mouvement. Entre la volonté d’un ministre polynésien et les règles du négoce international, il n’y aura pas photo. D’ailleurs Robert WAN fait mine d’y croire, mais, lui, continuera à vendre ses perles à Hong Kong…