Mondialisation, Autonomie et Indépendance ( réédition)

Par lebop • 17 November 2007

Le Président du Pays, Monsieur Oscar TEMARU, à plusieurs reprises, a invoqué la nécessité de l’indépendance pour faire face à la mondialisation ou à la globalisation. Mais en quoi l’indépendance nous donnerait de meilleures armes pour faire face à la mondialisation ? Le Président du Pays s’est bien gardé de nous éclairer à ce sujet ou de nous expliquer les bénéfices concrets que nous allions en retirer. En fait, je pense qu’ il serait bien en peine de nous convaincre….

La mondialisation n’est pas aisée à définir. Elle recoupe en effet une réalité aussi diffuse que complexe. Les thèmes qui se rattachent à la mondialisation se caractérisent ainsi par leur hétérogénéité :libre-échange des marchandises, libre circulation des capitaux, inégalités entre pays, délocalisations d’entreprises, essor des nouvelles technologies de l’information et de la communication, dégradation de l’environnement,menaces sur la santé publique, terrorisme, remise en cause de la diversité culturelle sont autant de facettes de ce phénomène. La mondialisation se réfère ainsi à l’ensemble des phénomènes caractérisés par l’existence d’interdépendances et d’interactions entre des acteurs répartis sur l’ensemble du globe. Cette acception explique d’ailleurs le recours croissant au néologisme globalisation, transposition du mot anglais « globalization » dans la langue française.

La Polynésie française est immergée dans la mondialisation de diverses manières : par l’importation de marchandises très diversifiées dont nous avons besoin, par les capitaux métropolitains ou extérieurs que l’on reçoit pour réaliser nos investissements, par les transferts financiers de l’Etat, par l’usage des TIC, aux multiples informations que l’on reçoit et à la circulation des idées qui est démultipliée…. Dans notre vie quotidienne, nous en percevons les bienfaits multiples : accès à des biens matériels de moins en moins couteux, choix et diversité des produits, facilités de communication, facilités de transport extérieur, possibilités d’exploiter nos atouts en matière d’exportation grâce aux moyens de transport maritime ou aériens relativement peu couteux…

La Polynésie bénéficie largement de la libéralisation des échanges de par son niveau de richesses, de par sa capacité d’achat au meilleur prix des meilleures marchandises offertes sur le marché mondial. Cette CAPACITE n’est rendue possible que par notre ancrage à un ensemble plus vaste, la France et l’Europe. Je ne reviendrai pas sur mon billet relatif aux transferts financiers de l’Etat, qui, je pense, était suffisamment explicite sur ce point.

Cette mondialisation n’appporte pas, bien sûr, toujours des bienfaits et elle comporte quelques menaces pour notre petite communauté : concurrence très forte en matière agricole, agroalimentaire et industrielle qui fragilise notre tissu économique local, atteinte à l’identité culturelle, emprise trop forte de certaines firmes multinationales dans notre développement…. De même, nous ne sommes pas à l’abri des délocalisations qui seraient décidées par nos entrepreneurs, de la fuite des capitaux locaux ou de la raréfaction de l’entrée de capitaux dans notre pays, du mouvement de standardisation culturelle…

Notre régime d’autonomie nous permet-il de maitriser les effets négatifs de la mondialisation ? Oui, en ce qui concerne le mouvement des marchandises et de capitaux. Oui, en ce qui concerne la défense de l’identité culturelle, car il suffit qu’on le veuille collectivement. Il nous apporte même plus de moyens en ce qui concerne les moyens de transport (création d’ATN) et les TIC ( capacités d’investissement de l’OPT et de ses filiales).

Notre appartenance à un ensemble plus vaste, à savoir la France, et notre association à l’Europe, nous permettent aussi de mieux maitriser certains effets néfastes de la mondialisation : emprise des mafias, “influence” de certains pays étrangers donneurs d’aides (Chine, Taiwan, Australie…) terrorisme, mouvement de blanchiment de capitaux…

Cette solidarité française et européenne nous permet au contraire de renforcer - paradoxe apparent- notre identité culturelle grâce à des moyens financiers accrus : TNTV, Musée,Académie,Village culturel, promotion du reo maohi dans l’enseignement..etc…etc…. De même, elle permet notre appartenance à la zone Euro jusqu’à l’adoption de cette monnaie, l’accès à l’innovation, la présence d’un encadrement qualifié et de compétences rares ou non disponibles localement… Je résume, car celà a été démontré abondamment sur ce blog.

Qu’apporterait donc de plus l’indépendance ?

J’avoue que j’ai du mal à trouver des arguments dans ce sens, car celle-ci réduirait, au contraire, nos marges de manoeuvre dans de nombreux domaines : économique, commercial, financier, sanitaire, social, culturel

Edicter nos propres lois ? Pour interdire les importations et réduire ainsi les choix des citoyens-consommateurs ? Refuser la concurrence ? Mettre notre agriculture sous cocon ? Garantir notre autosuffisance alimentaire à tout prix ( et surtout à quel prix, pour nous consommateurs ?) ? Aligner notre protection sociale vers le bas ? Restreindre la circulation des idées ? Supprimer les influences culturelles considérées comme néfastes ? Imposer des normes culturelles plus “authentiques”, avec ou sans l’assentiment de nos populations ? S’abstraire du droit international ? Inventer notre propre droit interne tout en respectant les libertés ? Qu’apporterait de plus, comme par magie, la République populaire, fédérale et démocratique Te A’o Maohi ?

Bien au contraire, je crois bien que l’indépendance nous mettrait progressivement à l’écart des bienfaits de la mondialisation. C’est ce que j’observe dans les pays insulaires du pacifique : qui s’intéresse véritablement à ces pays ? Les multinationales ? A part quelques sociétés asiatiques qui viennent piller leurs ressources naturelles (pêche, forêts, mines…), je ne vois pas beaucoup d’investissements. Sauf, peut être, dans l’hôtellerie : certaines chaines hôtelières internationales profitent effectivement des bas salaires pour développer des resorts tropicaux pour touristes australiens ou autres. A priori, en cas d’indépendance, nous ne voudrions pas attirer des investisseurs extérieurs en diminuant nos salaires, n’est ce pas ? Et, justement, en cas d’indépendance, en quoi intéresserions –nous encore les investisseurs ? Quels seraient nos atouts dans la mondialisation ?

Bref, ces pays souffrent plus d’une « insuffisance » de mondialisation que d’un « excès » de mondialisation. Les exemples actuels sont nombreux : Papouasie, Salomon, Vanuatu, Tonga, Cook islands… Ces sociétés retournent progressivement à un statut de sociétés “peu évolutives” et à l’écart du mouvement du monde. Je suppose que ce n’est pas là l’avenir que l’on souhaite à nos jeunes…

Aussi, Monsieur le Président, expliquez-nous votre projet de société et son articulation à la mondialisation, car il ne s’agit pas, dans votre esprit, d’une discussion de café de commerce, n’est ce pas ? Vous nous rendrez grandement service…

Commentaires

Par gerald le 18 November 2007 at 6:04

Mondialisation mode d’emploi ou mondialisation avantages et inconvénients.

Débattre en détail des avantages et des inconvénients serait trop long, en résumé je dirai que la mondialisation est une vague qui avance inexorablement, certains peuvent la surfer, d’autres s’y noient, d’autres encore en ont peur.

La mondialisation a toujours existé, elle a commencé dés que les hommes se sont déplacés et ont commencé à faire du commerce ou des conquêtes territoriales, ce que l’on constate aujourd’hui n’est qu’une accélération du phénomène avec le développement du transport et de la communication.

La mondialisation accélérée a entraîné partout dans le monde une remontée du nationalisme, en Europe éclate les régionalismes catalan, basque, corse, breton. En Hollande, en Autriche, en Suisse, les partis d’extrême droite arrivent au pouvoir ou deviennent incontournables pour former des coalitions gouvernementales. La Belgique est au bord de la partition sous la poussée du nationalisme flamand. En France, pour s’assurer la victoire, l’UMP a récupéré une partie des thèses sur le contrôle de l’immigration du FN.

Pour le local, à peu près partout dans le monde, l’étranger qui vient s’installer est souvent considéré comme un concurrent pour les ressources et l’emploi, voire comme un facteur de trouble et de perte d’identité.

Ces comportements masquent toujours la même chose : le malaise social et la crainte, ce malaise social et cette crainte ne sont pas forcément lié a la paupérisation des populations, en Europe nous avons l’exemple de l’Autriche, de la Hollande ou de la Suisse ou les nationalistes et les populistes font une poussée malgré une excellente situation économique.

Mais l’étranger est un bouc émissaire idéal pour le populiste, le populiste est un poisson d’eau trouble et il n’a de cesse de troubler le jeu à son avantage.

Temaru est un expert à ce jeu et il a trouvé son bouc émissaire, ingrédient indispensable à ses diatribes. Pas besoin de programme, il lui suffit de faire miroiter l’indépendance, la chasse aux « aiha » ou toute autres diversions du même genre, pour masquer son absence de programme et de vision constructive pour le pays.

Pour le reste, que signifie encore aujourd’hui l’indépendance d’un pays et particulièrement d’un petit pays, quand l’économie et la finance sont mondialisées et aux mains d’un nombre de plus en plus restreint de mega-compagnies multinationales, la Corée du Nord est le dernier pays « hors circuit » et il ne parvient plus à nourrir sa population.

Le principal danger pour les petits pays qui optent pour l’indépendance, c’est l’endettement. On voit les ravages de cet endettement en Afrique, en Amérique Latine ou les pays n’arrivent pas à sortir la tête de l’eau, certains ont réussi à s’en sortir, notamment en Asie mais au prix de sacrifices et d’un effort énorme consentie par les populations (et aussi avec beaucoup de laissés pour compte), les polynésiens se sentent-ils prêts à faire les mêmes efforts, à avoir la même discipline ?

La polynésie sur la route de l’indépendance…

jerometahiti.blogs.com/po…

Par Tifrère le 19 November 2007 at 20:06

C’est dommage que Jérôme relaie cette intox que mêmes les journaux locaux ne trouvent pas crédible. C’est tout dire… Il faut croire, si Jérôme le reprend in extenso,qu’il en est l’auteur…. Ne pas donc confondre info et intox.

Par gerald le 21 November 2007 at 6:43

Info ou intox qui sait, gardons cependant en mémoire que l’intérêt pour la métropole des "territoires français du pacifique" a évolué.

Néanmoins, a la lecture du texte, je pense plutôt pour de l’intox, mais gardons en mémoire que Sarkozy n’est pas Chirac.

 

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