Après ce mandat gâché et prématurément abrégé, il m’a paru intéressant de revenir sur le populisme en Polynésie. Existe-t-il ? Comment s'est-il exprimé lors des dernières campagnes électorales et cette mandature ? Quels partis utilisent ce ressort dans leurs discours et leurs actes ? Quelles formes prend-il dans les discours des uns et des autres ? Quelles conséquences produit-il sur les comportements de la population de notre pays ?

Le populisme joue éternellement sur les mêmes ressorts : l’appel aux masses, l’affirmation que le peuple porte en lui la vérité révélée, la conviction que les corps intermédiaires et les institutions ne font qu’occulter cette vérité immanente, le recours à un homme charismatique susceptible d’incarner les aspirations populaires, le culte affectif du chef.

Dans son univers fantasmatique, le populisme rêve d’abolir deux frontières : l’une entre la décision et l’action, l’autre entre le haut et le bas. Dans le premier cas, il s’agit de nier l’épaisseur de la réalité, la puissance des contraintes, la complexité de la société : le peuple veut, le chef fait, le monde se métamorphose ; un chef qui plus est, honnête, efficace, compétent, bienfaisant, légitime. Dans le second, ressurgit la vieille idée des « petits contre les gros ».

Il détourne à son profit les émotions populaires plutôt que de se livrer à une pédagogie sur le modèle de société que l’on veut. Il refuse le compromis. Les institutions ont failli : c’est donc la faute de ceux qui les incarnent. Le système économique ne produit pas le paradis sur terre : c’est la faute des hommes politiques en place, des « chefs d’entreprise qui s’en mettent plein les poches », de « l’affairisme ». Car les élites sont incompétentes, corrompues, illégitimes.

Le populisme s’inscrit aux antipodes des vieux principes de la démocratie représentative qui multiplie les intercesseurs, les médiateurs, les détenteurs de légitimités partielles.

Dans les comportements, il se caractérise par une haine sournoise, une agressivité à peine contenue et une hostilité verbale.

Nous avons pu voir à l'oeuvre tous les responsables politiques, notamment ceux qui n'avaient jamais exercé le pouvoir. Entre discours populiste et efficacité opératoire, le fossé est béant. Un paramètre à méditer pour janvier 2008...