Nous ne créons plus de richesses supplémentaires !

Par lebop • 12 November 2007

Une communication de Pierre FREBAULT, ministre de l’économie, est passée relativement inaperçue : c’est l’estimation du produit intérieur brut, en d’autres termes, de notre création de richesses, en 2006.

Notre création de richesses en 2006 a atteint, en valeur, 536 milliards de F CFP. Le taux de croissance en valeur est de 2,4 %, par rapport à 2 % en 2004 et 3,2 % en 2005.

Derrière l’aridité de ces chiffres d’économistes, il faut lire, qu’en fait, déduction faite des taux d’inflation, c’est à dire de la hausse des prix en 2004, 2005 et 2006, notre croissance en termes réels a été nulle.

En effet, la hausse des prix a évolué comme suit :

  • 2004 : 0,8 %
  • 2005 : 2,3 %
  • 2006 : 2,4 %

En 2005 et en 2006, on constate que les taux d’inflation sont quasiment similaires aux taux de croissance du PIB en valeur. Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que le produit intérieur brut par habitant régresse depuis quelques années. Selon l’institut de la statistique, celui-ci avait déjà stagné à 2 millions de F CFP en 2003 et en 2004. Sur la base d’une estimation de population de 252.900 habitants et de 256.300 habitants en 2005 et 2006 ( source ISPF), on peut considérer que le revenu par habitant a régressé ces trois dernières années. En effet, qui dit stagnation du PIB en termes réels et augmentation de la population dit, mécaniquement, baisse du revenu réel par habitant.

Cette situation de stagnation économique devrait interpeller sérieusement notre classe politique, car il en va de l’avenir de notre modèle économique et social. Sans croissance économique, il n’y aura pas d’augmentation des ressources publiques, aussi bien pour financer le budget du Pays que le budget de la protection sociale (sans hausse des côtisations). Autrement dit, pas de croissance, pas de création d’emplois et de redistribution supplémentaires.

Nous avons, au fil de nos billets depuis plusieurs mois, esquissé de nombreuses pistes en vue de dynamiser notre économie et réformer notre secteur public. Nous allons d’ailleurs, publier à nouveau quelques-uns de nos billets les plus démonstratifs dans ce sens au cours des prochains jours et prochaines semaines.

Il sera donc particulièrement intéressant d’analyser les programmes électoraux de nos partis politiques au regard de cette donnée de base qu’est notre situation de stagnation économique. Il faudra bien, notamment, se poser la question des raisons de cette situation. L’une de celles-ci, pour ne pas dire la principale, est à rechercher dans le défaut de gouvernance observé depuis 2004, caractérisé par un “pilotage à vue” dans le plus parfait amateurisme. Celà ne fait aucun doute. Reste à en tirer les enseignements si notre classe politique veut donner de l’espoir aux polynésiens.

Commentaires

Il faudrait demander à l’ISPF la confirmation, mais je crois en effet que le PIB indiqué ne prend pas en compte l’inflation (on l’appelle aussi "PIB nominal").

Je récapitule donc l’évolution du PIB réel:
2004: 1.2%
2005: 0.9%
2006: 0%

Ca sent la récession pour 2007, avec une perte de richesse (un appauvrissement) qui en plus va s’accélerer! Je vais expliquer plus bas pourquoi cela va s’accélérer.

En attendant, j’aimerais ouvrir les paris: je prévois un joli PIB réel de -1.2% en 2007!
Quelles décisions politiques vont être prises en conséquence? Pas besoin de lire les programmes, je peux déjà vous annoncer ce qu’il va se passer:
* le mot "déficit" va être de plus en plus prononcé;
* le SMIG va être augmenté, encore et encore;
* augmentation de taxes (allez, comme les politiques n’aiment pas se fouler, ils vont juste augmenter la TVA: un petit décret avec un nouveau pourcentage tapé à l’ordinateur et c’est bouclé! Je tiens à signaler que les cotisations CPS vont augmenter, ça y est c’est annoncé:
http://www.tahitipresse.pf/index... );
* je soupoudre le tout d’une augmentation des emprunts du Territoire (il va y en avoir des nouveaux!!), couplé avec une augmentation de la dette (intérêts d’emprunts) parce que les taux d’intérêts vont augmenter en 2008 (suivre la BCE).

Maintenant je vais expliquer pourquoi la chute va s’accélerer. On peut déjà le voir sur les 3 années données:
2004 à 2005: variation de -0.3%
2005 à 2006: variation de -0.9% (ça a plus que doublé par rapport à l’année d’avant, ça a triplé!!).
On peut l’expliquer de manière monétaire très rapidement: "production constante + masse monétaire croissante = inflation".
Mais je préfère cette image beaucoup plus facile à comprendre: imaginez que vous avez un kilo d’or (ça représente la production). Sur ce kilo d’or, vous émettez des billets: par exemple, en 2006 vous émettez 100 billets, donc chaque billet va être équivalent à 10g d’or. En 2007 vous n’avez pas produit plus d’or: vous avez toujours 1 kilo, mais vous émettez 100 billets supplémentaires, vous avez donc 200 billets en circulation. Question: combien de gramme représente maintenant un seul billet?…
Réponse: 5g.
Dans la tête du politique (et parfois du citoyen) il se passe ceci: la valeur du billet ayant baissé de moitié… c’est certainement parce qu’il en manque: "si on augmente l’argent, on augmente la richesse" disent les idiots. Donc pour 2008, tout ce petit monde votera à l’unanimité pour une création de 200 billets supplémentaires.
Je vous laisse faire les calculs: combien de gramme d’or représente 400 billets en circulation pour 1 kg d’or.

Courage.

Par moanaura walker le 13 November 2007 at 7:50

chouette,
je suis le premier(peut-être le seul aussi) à être content!!

vive la décroissance soutenable !!

Par moanaura walker le 13 November 2007 at 7:50

chouette,
je suis le premier(peut-être le seul aussi) à être content!!

vive la décroissance soutenable !!

Par hinanui le 13 November 2007 at 13:13

certaines personnes ont beau critiqué gaston Flosse. lui, au moins faisait attention à cet indicateur car il avait des économistes dans son entourage même s’ils ne sont pas en nombre suffisant.

contrairement à d’autres qui n’ont que de pseudo-conseillers pas économistes pour un sou, extrêmement faibles dans ce domaine crucial pour notre développement.

idem du temps de gts.

il faut absolument que nos jeunes économistes dotés d’une maturité d’esprit et nos moins jeunes mais de vrais économistes participent à la réflexion du développement de notre fenua .

certains présidents s’entourent encore trop de courtisans , de beaux parleurs fainéants et incompétents au lieu de s’entourer d’experts dignes de ce nom et indispensables à la construction efficace de notre modèle de développement.

c’est ce qui marque la différence avec les pays sous développés et les pays développés. attention de ne pas emprunter la voie de nos voisins du pacifique style vanuatu, cook , marshall et autres. On aura du mal à se relever intellectuellement , économiquement et donc socialement.

sur le plan culturel, on s’en sortira toujours , les compétences si elles sont utilisées à bon escient existent.

Il faut absolument que chaque président dispose d’un tableau de bord des agrégats économiques et sociaux importants avec des signaux d’alarme pour leur permettre d’anticiper et rectifier le tir en cas de besoin par la mise en oeuvre de mesures adéquates .

l’analyse de lebopp est pertinente. Il faut le remercier d’avoir pointé du doigt un indicateur majeur de la mauvaise santé de notre économie.

Les secteurs principaux se portent mal. la perle, la pêche, le tourisme n’en parlons pas . ce secteur fait moins bien qu’en 2000 alors que nous sommes en 2007. Et on se targue de la progression d’années en années ridicule du nombre de touristes alors que les moyens sont collossaux que cela soit dans le domaine de la formation, promotion, défiscalisation et j’en passe. certains budgets ont été multipliés par 2 pour un résultat lamentable .

Le rapport qualité-prix et le manque de professionnalisme dans l’hôtellerie, dans la formation, dans la promotion et autres de la plupart des personnes oeuvrant dans ce secteur est flagrant et c’est ce qui va tuer ce secteur crucial de notre économie.

Nous ne sommes pas compétitifs et si nous sommes mauvais , on n’ira pas très loin. On nous dit que la faute incombe aux pays en matière d’infrastructures , qu’il n’y a rien à faire à tahiti. tout cela n’est que prétexte, tous les pays qui sont meilleurs que nous n’ont pas forcément des équipements extraordinaires. certains sont très pauvres dans ce domaine .

vous n’avez qu’à voir les iles fidji , les maldives , la république dominicaine , et j’en passe .Et pourtant ils recoivent beaucoup de touristes . fidji plus de 400000 touristes par an. ce raisonnement ne tient pas la route .

c’est bien plus profond, cela tient aux comportements et aux mentalités ! tout est à revoir! nous ne ramons pas dans le même sens . les professions se jalousent entre elles, se glissent des peaux de banane. Le travail est trop individualiste et pas suffisamment collectif.

certains opèrent comme de vrais fonctionnaires dans ce secteur. certains font, en revanche, excellemment bien leur travail pour l’intérêt du pays mais il reste trop peu nombreux!

Il n’y a pas que les politiques qui doivent se remettre en question mais également la société civile qui oeuvre dans ce secteur si nous voulons faire progresser notre produit intérieur brut.

la pêche et la perle, c’est totalement différent. notre savoir -faire doit certes, être amélioré, mais quand il n’y a pas assez de ressources marines cad du poisson , on ne peut rien faire . ce n’est donc pas lié à une volonté de bien faire ou pas dans l’immédiat.
pour la perle, certaines mesures drastiques ont été prises pour améliorer la qualité de la perle et maitrîser la production, on ne peut que s’en féliciter mais la concurrence est intense et nous sommes extrêmement tributaires du marché mondial . Il y a des facteurs exogénes que nous ne maitrîsons pas.

Par LE TROLL le 14 November 2007 at 20:28

Finalement je me suis décidé à le dire: j’admire la naïveté de Hinanui.
…et aussi sa capacité à produire du texte pour ne rien dire.

Vive le collectivisme, et quand la culture va, tout va!
J’en passe, et des meilleures.

Par gerald le 15 November 2007 at 5:03

Comment créer des richesses supplémentaires si les sources traditionnelles de production de richesses stagnent ou diminuent et qu’aucune production nouvelle ne vient compléter l’offre.

Le coprah polynésien ne peut pas entrer en compétition réelle avec les productions africaines et asiatiques.

La Polynésie reste le premier exportateur mondial de noni, néanmoins la part de marché est en régression concurrencé par d’autres pays tropicaux, le noni (morinda citrifolia) est du reste originaire d’Amérique tropicale et peu s’implanter un peu partout autour de l’équateur.

L’industrie perlière reste le meilleur secteur, mais là aussi la concurrence voit le jour un peu partout et l’espèce principale utilisée (Pinctada Margaritifera) peut s’adapter à bien d’autres eaux tropicales.

Le tourisme stagne, pour des questions de distances, de prix et d’accueil, l’image de paradis s’estompe et d’autres pays offrent des prestations du même ordre voire meilleure à un coût moindre (Seychelles, Maldives, Caraïbes, Hawaii, Kiribati, Cook, etc…)

Mon propos n’est pas de tomber dans le pessimisme, simplement il faut que les polynésiens comprennent que rien n’est acquis d’avance, que le monde est dur et concurrentiel et que les mentalités doivent évoluer. La principal difficulté pour moi réside dans ce changement dans les mentalités.

Maintenant, est-ce que la croissance et la maintenance du niveau de vie est la première préoccupation des polynésiens ? Je n’en suis pas sûr au vue du succès du Tavini qui promet le retour « aux sources », autrement dit, on peut vivre d’amour et d’eau fraîche (agrémenté de quelques poissons (devenus rares) et d’un peu de lait de coco.

Par gerald le 15 November 2007 at 5:03

Comment créer des richesses supplémentaires si les sources traditionnelles de production de richesses stagnent ou diminuent et qu’aucune production nouvelle ne vient compléter l’offre.

Le coprah polynésien ne peut pas entrer en compétition réelle avec les productions africaines et asiatiques.

La Polynésie reste le premier exportateur mondial de noni, néanmoins la part de marché est en régression concurrencé par d’autres pays tropicaux, le noni (morinda citrifolia) est du reste originaire d’Amérique tropicale et peu s’implanter un peu partout autour de l’équateur.

L’industrie perlière reste le meilleur secteur, mais là aussi la concurrence voit le jour un peu partout et l’espèce principale utilisée (Pinctada Margaritifera) peut s’adapter à bien d’autres eaux tropicales.

Le tourisme stagne, pour des questions de distances, de prix et d’accueil, l’image de paradis s’estompe et d’autres pays offrent des prestations du même ordre voire meilleure à un coût moindre (Seychelles, Maldives, Caraïbes, Hawaii, Kiribati, Cook, etc…)

Mon propos n’est pas de tomber dans le pessimisme, simplement il faut que les polynésiens comprennent que rien n’est acquis d’avance, que le monde est dur et concurrentiel et que les mentalités doivent évoluer. La principal difficulté pour moi réside dans ce changement dans les mentalités.

Maintenant, est-ce que la croissance et la maintenance du niveau de vie est la première préoccupation des polynésiens ? Je n’en suis pas sûr au vue du succès du Tavini qui promet le retour « aux sources », autrement dit, on peut vivre d’amour et d’eau fraîche (agrémenté de quelques poissons (devenus rares) et d’un peu de lait de coco.

Je suis peu être un peu mois alarmiste que toi sur ces chiffres Le Bop. Lorsqu’on regarde l’évolution du PIB nominal, non déflaté, on peut observer une croissance réelle sur le long terme. Malgré une inflation forte (mais tout de même contrôlée) on arrive à un PIB qui croit en moyenne sur le long terme.

Le fait d’avoir une croissance réel nul dû à l’inflation est finalement pas si terrible si elle est ponctuelle. De toute façon, une croissance nominale comme celle-ci rapporte tout de même des fonds pour les établissements publics, il ne faut pas oublier que les taxes prélevées sont basées sur des prix nominaux et non pas réels, et que l’IPC comme son nom l’indique, n’est qu’un indice de prix à la consommation des ménages et non pas de la consommation des administrations.

On peut dire que l’effet à court terme de tel chiffre est négligeable et surtout n’est pas irrévocable. Si la situation persiste, il faudra s’inquiéter….

Par hinanui le 15 November 2007 at 14:57

mana, je n’anticipe pas ce que lebop va répondre mais saches que le PIB ne doit pas étre déconnecté de certains indicateurs clés et notamment de l’inflation grandissante ces dernières années.

Tout chiffre n’est pas irrévocable heureusement , c’est pour cela qu’il y a des périodes de récession, de stagnation, d’euphorie etc.

Mais lebop a raison de s’en inquiéter car à tahiti, on ne prend jamais le temps d’anticiper, c’est notre grand défaut et je suis sûre que tu partages ce sentiment avec moi.

La réalité des faits économiques n’est pas brillante et on se situerait plutôt à l’heure actuelle dans la stagnation voire la récession que dans la période faste qui a été celle des années de gaston Flosse malgré un début très difficile en 1991 lorsque son prédecesseur a plombé les finances du pays.

 

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