La question du pouvoir d’achat est la préoccupation principale des ménages polynésiens. Nos partis politiques y ont jusqu’à présent répondu par des mesures en faveur des familles défavorisées, notamment par un ajustement des minimas sociaux et par une augmentation du SMIG. Mais on voit bien que l’augmentation du SMIG, par exemple, n’est plus une solution praticable, car elle ne fait qu’augmenter le coût de la vie et dégrader notre compétitivité.

Une option à approfondir est de gagner du pouvoir d’achat par une réduction des coûts et des prix. L’élargissement de la liste des PPN a été une action privilégiée, mais celle-ci a aussi vite atteint ses limites, car il n’est pas bon de revenir à une économie administrée.

A ce titre, une priorité se dégage : elle vise à instaurer une concurrence effective entre enseignes d’hypermarchés. Il est notoire que l’enseigne Carrefour abuse de sa position dominante et régente le commerce de détail alimentaire et non alimentaire polynésien, ceci en écrasant toute autre forme de commerce spécialisé tout en dégageant des marges plantureuses. Aussi, il est inadmissible et complètement anormal que cette enseigne bénéficie de toute la “mansuétude” du Pays et de sa commune d’implantation, alors qu’elle dispose déjà de deux hypermarchés, et que, à contrario, une nouvelle enseigne, Géant Casino, a toutes les peines du monde à s’implanter. Il faut donc que la société civile fasse pression auprès de nos gouvernants et de nos maires pour que leur soutien trop flagrant à Carrefour cesse. En ce sens, je rejoins la position de l’association de protection des consommateurs ” te tia ara” sur ce dossier.

Qu’on ne nous parle pas de protection du petit commerce qui n’a pour conséquence pratique que de renforcer la rente de situation de Carrefour et de créer une collusion entre la Fédération Générale du Commerce et l’enseigne Carrefour. Car interdire la venue d’une nouvelle enseigne vise pratiquement à avantager l’enseigne Carrefour déjà présente sur les côtes ouest et est de Tahiti.

Le petit commerce peut bénéficier d’un fonds d’aide en vue de son adaptation et de son évolution vers d’autres formes d’activité commerciale en réponse à la demande des consommateurs : services de proximité, dépôt-vente, traiteur, logistique, commerce hyperspécialisé ( ultra-frais, produits bio…).

De même, une petite communauté comme la nôtre ne peut plus se permettre d’avoir des centaines d’importateurs spécialisés, détenteurs de représentation exclusive de telle ou telle marque, car ce morcellement et cette absence de concurrence est une source de surcoût énorme au détriment des consommateurs polynésiens.

Tous ces freins à une réelle concurrence nous empêchent de bénéficier à plein des bienfaits de la mondialisation, car les marges prélevées par tous ces intermédaires réduisent d’autant les répercussions sur les prix au consommateur de la baisse du dollar américain, de la baisse des coûts de transport ou de la vive concurrence des pays émergents comme la Chine, le Brésil ou l’Inde vis à vis des pays développés.

En outre, cette réduction des coûts et des prix est favorable à la compétitivité des activités locales qui subissent la concurrence internationale, car les salariés et leurs syndicats ne les enfermeront plus dans une course infernale “hausse des salaires – hausse des prix” .

Il y a donc là un cercle vertueux que nos gouvernants doivent absolument exploiter, car nous serons gagnants sur deux tableaux : les consommateurs et les producteurs locaux. L’essentiel pour nos gouvernants est d’avoir le courage de s’émanciper de l’influence des lobbys d’importateurs qui ont, comme on le sait, un pouvoir exorbitant dans ce Pays.