Halte au monopole des maires sur l’Assemblée !

Par lebop • 6 October 2007

Depuis quelques décennies, un dérapage de nos Institutions s’est accentué et produit dorénavant des effets indésirables dans une société moderne et complexe comme la nôtre : c’est la tendance à la monopolisation de la fonction de Représentant à l’Assembée par les maires des principales communes de la Polynésie française.En effet, les partis politiques territoriaux les ont de plus en plus considéré dans la pratique comme leurs principaux “apporteurs de voix” à l’occasion des élections territoriales et les placent donc, en tant que principales locomotives des listes, en position éligible.

Résultat des courses : en plus d’être maires, ces personnalités cumulent aussi une fonction de représentant à l’Assemblée. En raison de ce cumul, l’essentiel de leur activité consiste ensuite à aller “à la pêche” aux financements divers et variés qui se présentent à eux pour le “bien” de leurs communes et de leurs administrés : outre les financements “minimaux” de l’Etat et du FIP, ils ont ainsi accès à de multiples guichets dont le plus connu est celui de la délégation au développement des communes, cette fameuse DDC “cogérée” par Messieurs Gaston TONG SANG et Temauri FOSTER et à la supervision de laquelle ils ont dépensé plus de six milliards de francs en quelques mois !

Monsieur Gaston TONG SANG, en ses qualités de Président du Pays et de Président du Syndicat pour la promotion des communes, avait tellement conscience du poids électoral de ces maires pour les territoriales qu’il a littéralement “arrosé” quelques maires bien choisis dans le but de s’assurer leur soutien. C’est ainsi que Monsieur Tony GEROS, Vice-Président du Pays, a pu constater que - comme par hasard - la carte des financements octroyés par la DDC recoupait quasi-parfaitement la carte des soutiens politiques de Monsieur TONG SANG, le “ponpon” revenant sans contestation possible aux communes de Mahina, de Huahine et de certaines communes dirigées par nos “très chers” élus, maires et girouettes des Tuamotus et des Marquises.

Cet “arrosage” était tellement stratégique pour Monsieur Gaston TONG SANG que, même pendant la période dite de gestion des affaires courantes suite à la motion de censure, ce dernier a voulu continuer son “arrosage” par des arrêtés de subvention qui ont fait l’objet d’un recours en annulation par Madame le Haut-Commissaire de la République. En effet, ces arrêtés n’entraient pas dans le cadre de la gestion des affaires courantes et Monsieur TONG SANG a sciemment outre-passé ses compétences pour faire plaisir jusqu’au bout à certains grands “féodaux” avec, bien sûr, l’espoir qu’ils lui renvoient l’ascenseur sous forme de soutien politique à son nouveau parti.

C’est dire si ces maires ont pris un poids exorbitant dans notre vie publique qui n’est pas exempt d’effets pervers, le plus important étant qu’ils empêchent l’émergence d’une élite politique plus technicienne et plus spécialisée dans l’activité parlementaire. En effet, la complexité de notre société requiert de plus en plus de la part de nos représentants une expertise qu’un bon maire, malgré toutes ses qualités de gestionnaire d’une commune, n’a pas et/ou ne peut exercer en même temps que son mandat de représentant.

Je dirais même que ce cumul stérilise notre vie politique et empêche l’expression des talents de la jeune génération formée dans les meilleures universités françaises et étangères ou de techniciens, cadres, responsables qui auraient démontré leurs performances dans d’autres sphères economiques, sociales ou culturelles et qui apporteraient toute leur expertise au sein de notre Assemblée.

A défaut de cette “oxygénation” de notre vie politique, il ne faut pas s’étonner que les débats, le rendement et les “productions” de notre Assemblée soient d’une qualité médiocre,outre la monopolisation des financements publics en faveur de communes au détriment de projets d’intérêt spécifiquement territorial.

Les voies de sortie de ce système ne sont pas simples. Il fut un temps question de créer un “Sénat“, sorte de chambre haute où seraient “casés” nos notables communaux. Mais, outre son coût exorbitant pour les contribuables, l’utilité d’une telle chambre serait proche de zéro. Une autre option serait de créer un collège spécifique au sein du CESC qui serait la voix des maires. D’autres personnalités envisagent des conseils d’archipels, mais je ne vois pas très bien quelle serait l’architecture de tels conseils, qui pour moi, seraient à nouveau de nouvelles usines à gaz coûteuses pour la collectivité, puisque ces structures seraient l’occasion d’un cumul supplémentaire pour nos heureux maires cumulards.

Alors quoi d’autre ? Il reste le jugement des électeurs et de nos responsables de partis politiques. Pourquoi ces derniers ne s’entendraient-ils pas pour limiter la présence des maires sur leurs listes aux prochaines élections territoriales ? Pourquoi ne pas émettre certaines restrictions au sein du projet de loi organique ? Vision irréaliste me diriez-vous, car ce serait demander à certains de nos leaders politiques de se faire hara kiri ! Et pourtant, il s’agit là d’une oeuvre de salubrité publique majeure pour un renouvellement et un élargissement de notre élite politique. Qui sera l’homme politique audacieux qui aura le courage de réaliser une telle réforme indispensable pour le bon fonctionnement de notre démocratie ?

Commentaires

Par LE TROLL le 7 October 2007 at 12:48

"Il reste le jugement des électeurs"
…Tout simplement!
Ce serait merveilleux si les électeurs avaient tout à coup l’intelligence de choisir des maires compétents, responsables et intègres.
"Vision irréaliste me diriez-vous"

Par LE TROLL le 7 October 2007 at 12:48

"Il reste le jugement des électeurs"
…Tout simplement!
Ce serait merveilleux si les électeurs avaient tout à coup l’intelligence de choisir des maires compétents, responsables et intègres.
"Vision irréaliste me diriez-vous"

Par petronille le 7 October 2007 at 16:18

Il me semble que la question du poids et de la representativité des maires est bien posée par votre article, il et difficile de concevoir qu’un maire est élu non pas pour faire de la politique de proximité mais pour siéger à l’assemblée . Il est donc urgent de réféchir à leur poids politique en dehors de l’assemblée, et de leur donner la place qu’ils méritent sans pour cela les laisser nous pourrir la vie

Par vainako le 8 October 2007 at 10:59

etant donné la faible indemnité du Maire, la seule issue pour financer plusieurs bonne campagne et les déplacements, hebergement et autres sur PPT afin de soutenir les projets communaux auprès de l’administration centrale il faut énormement de moyen financier. il ne faut pas esperer compter sur sa propre commune et son parti politique dont les adhérents ne paient meme pas leur cotisation.
Bref, le système actuel favorise le cumul des mandats pour beneficier d’un maximum de moyen financier.
(indemnité maire+représentant assemblé+salaire de fonctionnaire ) faite le calcul on y trouve son compte et on gagne en proximité avec sa population.
koutau nui, a pae

Par pompée le 8 October 2007 at 19:37

Tout à fait d’accord. Pas de maire et aucun conseiller municipal à l’Assemblée. Si le maire ne peut pas être élu, il enverra son 1er adjoint ou tout autre élu municipal.

Ceci ne devrait déjà pas exister puisqu’il est en principe défendu de traiter avec le pouvoir pour obtenir des avantages comme le système américain le permet.

Donc pas de maire à l’Assemblée et au gouvernement. Le pendant sera aussi d’interdire à un individu seul d’octroyer des subventions à ces maires. Il faudra un système transparent que les hommes au pouvoir se refusent à mettre en place. Vous comprenez, nos compétences…..

Sans contrôle de l’attribution des subventions, les maires continueront d’être achetés - je sais, quand c’est GTS ou Foster qui le font c’est un crime, quand c’est Temaru et Flosse c’est très bien .

pompée

Par Daniel le 8 October 2007 at 23:17

Pompée : à mon avis, les système fonctionne dans les deux sens : les maires font aussi en sorte qu’ils soient incontournables vis à vis d’une majorité en place, puisqu’ils sont partie intégrante de cette majorité ! C’est ce cordon ombilical qu’il faut couper, car, sinon, c’est “je te tiens, tu me tiens par la barbichette” !

Par Stiletto le 8 October 2007 at 23:23

Moi, j’ai remarqué que les hommes politiques les plus en vue sur le plan des dossiers ne sont pas effectivement les maries. Marius RAAPOTO n’est pas maire, Armelle MERCERON n’est pas mairesse, Gaston FLOSSE n’es pas (plus) maire, Teva ROHFRITCH n’est pas maire, Jean-Christophe BOUISSOU n’est pas maire, Jacqui DROLLET, Tony GEROS et Nicole BOUTEAU non plus…. C’est bien la preuve qu’il ne faut pas que l’Assemblée soit peuplée quasi uniquement de maires. Ces derniers ont peut être des qualités, mais il ne peuvent pas être bons partout. Bons gestionnaires et bons spécialistes ou experts du droit… Il faut effectivement de la variété dans notre classe politique. En fait, quelque part, c’est la question du cumul des mandats qui se pose. Il faut donc légiférer sur ce plan et tenir compte de notre spécificité statutaire.

Par Stiletto le 8 October 2007 at 23:23

Moi, j’ai remarqué que les hommes politiques les plus en vue sur le plan des dossiers ne sont pas effectivement les maries. Marius RAAPOTO n’est pas maire, Armelle MERCERON n’est pas mairesse, Gaston FLOSSE n’es pas (plus) maire, Teva ROHFRITCH n’est pas maire, Jean-Christophe BOUISSOU n’est pas maire, Jacqui DROLLET, Tony GEROS et Nicole BOUTEAU non plus…. C’est bien la preuve qu’il ne faut pas que l’Assemblée soit peuplée quasi uniquement de maires. Ces derniers ont peut être des qualités, mais il ne peuvent pas être bons partout. Bons gestionnaires et bons spécialistes ou experts du droit… Il faut effectivement de la variété dans notre classe politique. En fait, quelque part, c’est la question du cumul des mandats qui se pose. Il faut donc légiférer sur ce plan et tenir compte de notre spécificité statutaire.

Par Hinatea le 9 October 2007 at 20:42

Vainoko, une petite correction : il est interdit de cumuler un traitement de fonctionnaire et l’indemnité de représentant ; c’est déjà ça n’est ce pas !
Quant à la question du cumul des fonctions de maire et de représentant, c’est une vraie question. Les pratiques sociales restent encore ancrées : le tavana on lui confie le soin de veiller aux intérêts de la population locale, à lui de se débrouiller il puise dans toutes les cagnottes : qu’il s’agisse de la commune (il va chercher ses moyens au FIP), de la circonscription (il va chercher des subsides au budget de la PF ou dans les établissements publics FDA ex FEI, OPH, EGT, …). Les techniciens, eux ils connaissent peut être les dossiers, ils réflêchissent, mais ils ne sont pas connus des électeurs … ils ont fait des études, mais ils sont parfois loin sociologiquement et mentalement des électeurs de base. Je crois que seule la loi pourrait faire évoluer les pratiques en interdisant les cumuls mais est-ce ce que veulent les électeurs ?
Au fait, les maires revendiquent d’être sur les listes aux territoriales parce qu’ils sont sensés apporter des voix. Or que pèsent aujourd’hui les maires qui sont élus depuis plus de cinq ans ? ont-ils des chances d’être réélus ? Voilà pourquoi il aurait été judicieux de faire les communales avant les territoriales. Le tri aurait déjà été fait !

Par Hinatea le 9 October 2007 at 20:42

Vainoko, une petite correction : il est interdit de cumuler un traitement de fonctionnaire et l’indemnité de représentant ; c’est déjà ça n’est ce pas !
Quant à la question du cumul des fonctions de maire et de représentant, c’est une vraie question. Les pratiques sociales restent encore ancrées : le tavana on lui confie le soin de veiller aux intérêts de la population locale, à lui de se débrouiller il puise dans toutes les cagnottes : qu’il s’agisse de la commune (il va chercher ses moyens au FIP), de la circonscription (il va chercher des subsides au budget de la PF ou dans les établissements publics FDA ex FEI, OPH, EGT, …). Les techniciens, eux ils connaissent peut être les dossiers, ils réflêchissent, mais ils ne sont pas connus des électeurs … ils ont fait des études, mais ils sont parfois loin sociologiquement et mentalement des électeurs de base. Je crois que seule la loi pourrait faire évoluer les pratiques en interdisant les cumuls mais est-ce ce que veulent les électeurs ?
Au fait, les maires revendiquent d’être sur les listes aux territoriales parce qu’ils sont sensés apporter des voix. Or que pèsent aujourd’hui les maires qui sont élus depuis plus de cinq ans ? ont-ils des chances d’être réélus ? Voilà pourquoi il aurait été judicieux de faire les communales avant les territoriales. Le tri aurait déjà été fait !

 

Qu'en pensez-vous ?

Ami lecteur, amie lectrice, un petite information à votre intention pour vous faciliter la rédaction de votre réaction. Politita modère a posteriori les commentaires. Un nouveau filtre permet de mettre en ligne immédiatement les commentaires qui ne semblent pas injurieux.

Ce filtre n'est en aucun cas parfait et certains commentaires déplacés seront rectifiés après coup ou, plus embêtant, certains commentaires très corrects peuvent ne pas passer de suite. Nous les validerons peu de temps après.

Votre participation à cette discussion implique vous soyez poli envers tous, même ceux que vous n'aimez pas ;) Nous vous remercions pour votre compréhension et vous souhaitons un agréable commentaire.

« Besoin de recul | Home | Stagnation économique de la Polynésie française depuis 2004 »

+ commentés

Instrumentalisation et gain de temps

125 commentaire(s)

"Scandaleux !"

110 commentaire(s)

VIVE LA DEMOCRATIE POLYNESIENNE !

108 commentaire(s)

Pétition de J.C. BOUISSOU, l'Espoir ?

104 commentaire(s)

Ouvrons les yeux .

103 commentaire(s)