Protection de l'emploi local : un contre-sens historique
Par lebop, vendredi 14 septembre 2007 à 18:32 :: General
Le projet de texte du gouvernement sortant sur la protection de l'emploi local, présenté à l'avis du CESC, a pour objectif de protéger les actifs de Polynésie, "le marché du travail devenant de plus en plus étroit". ( sic)Le texte du gouvernement prévoit donc d'instaurer une notion de résidence dont pourront se prévaloir les personnes vivant depuis au moins cinq ans en Polynésie. "Les personnes qui justifient d'une durée de mariage, de concubinage ou de pacte civil de solidarité de plus d'un an" avec un "résident" pourront également obtenir la "preuve de la résidence".
Les syndicats de salariés ont durci "drastiquement" les conditions initiales, tandis que les représentants du patronat, eux, s'opposent au texte dans sa forme initiale. La notion de "résident" sème la confusion dans les esprits et, par ailleurs, exclut du bénéfice de la préférence locale les descendants de personnes nées en Polynésie française, établies hors du territoire", indique entre autres le CEPF. Celui-ci "regrette" également que le rôle et la composition du "Conseil supérieur de l'emploi et de la formation professionnelle (...) n'aient pas pu être précisés" de même que la liste des activités professionnelles et des secteurs à protéger.Tout en rappelant son "attachement au principe de la protection de l'emploi local", le syndicat patronal estime néanmoins que le texte doit être "réécrit" avant d'être à nouveau soumis aux conseillers du CESC.
Belle foire d'empoigne que voilà ...
Mais, au-delà des effets de manche où chacun s'attache à défendre sa clientèle, s'est-on interrogé sur le décalage entre les intentions affichées et les risque d'effets pervers d'un tel texte ?
Je prétend qu'un tel texte est un contre-sens historique en ces temps de mobilité de capitaux, des personnes et des biens. Un peu de lucidité de la part de notre classe politique et de nos représentants syndicaux aurait été le bienvenu. A-t-on remarqué que notre personnel médical qui soigne nos compatriotes polynésiens, médecins et infirmières notamment, sont métropolitains ? Pourquoi ? Y a t-il trop d'infirmières popaa ou pas assez d'infirmières polynésiennes ? En d'autres termes, est-ce que ce texte ne va pas plutôt aggraver la pénurie de personnels qualifiés dans certains secteurs ?
Aurait-on eu le tissu d'entrepreneurs et d'entreprises, le tissu commercial, l'encadrement de qualité au sein de la haute fonction publique, des cabinets ministériels, dans les PME, dans toutes les activités de services, dans l'ingénierie, dans nos grands étabilissements publics, au sein de nos compagnies aériennes, nos hotels, la restauration de qualité, les "bons petits gateaux" que l'on a... si on avait édicté un tel texte il y a quelques décennies ? Avec une telle règlementation, une partie des 5 airbus d'Air Tahiti Nui n'aurait jamais décollé !
De même, une bonne partie de notre flotte de pêche pourrit sur place parce que les syndicats professionnels refusent des investisseurs et des capitaines de pêche extérieurs... Est ce le résultat que l'on recherche pour notre développement ?
Qui étaient la plupart des cadres qui ont péri dans le terrible crash aérien d'air Moorea ? N'étaient-ils pas nos frères et nos compatriotes ?
On fait le même contre-sens qu'avec les 35 heures en France. Le travail n'est pas un stock figé que l'on se partage. Au contraire, l'activité crée l'activité, le travail crée le travail. Croyez-vous que la Silicon Valley se serait développé sans les étudiants chinois, les ingénieurs indiens, les professeurs originaires du monde entier, des entrepreneurs coréens, japonais ..ou français ?
Nous croyons avoir la fausse bonne idée pour nos jeunes, alors que nous allons à rebours de l'histoire. Le développement c'est le mélange des idées, des capitaux, des partenariats humains entre hommes et femmes de bonne volonté et de tous horizons. Ce n'est pas le repli sur soi et la sclérose à terme. Nous voyons les dégats de la protection économique dans notre Pays. Pour la protection de l'emploi local, ce sera pareil. Les mêmes causes produisent les mêmes effets.
Du même constat énoncé sans hypocrisie, à savoir qu'au sein de notre société pluriethnique, l'ethnie "maohi" est très nettement sous-représentée dans l'encadrement public et privé, j'en tire des solutions opposées à celle, "politiquement et syndicalement correcte" en cours.
Non, je suis partisan de la discrimination positive en faveur des polynésiens. Nous n'avons pas assez de conseillers techniques, de cadres, d'ingénieurs, de médecins, d'infirmières,de professeurs polynésiens ? Mettons en oeuvre des programmes volontaristes et amplifions grandement les dispositifs de formation tels que les bourses majorées dans des filières prioritaires, la constitution de pools au sein de nos entreprises et nos administrations ( un cadre sénior métropolitain formant un cadre "junior" polynésien, par exemple dans l'hotellerie), encourageons les employeurs du privé par des "incitations" ( dispositifs d'emplois aidés de techniciens ou de cadres polynésiens du SEFI)...
Je préconise plutôt un grand programme d'océanisation des cadres qui dépasse le simple discours répété depuis des décennies. Pourquoi pas lancer en Polynésie française un programme similaire au programme " 400 cadres" en faveur des kanaks lancés en Nouvelle-Calédonie ?
De l'affirmative action plutôt que l'exclusion. Du positif plutôt que du négatif. Telle est ma conviction.