Conscience d'opinion
Par Noindep, vendredi 28 septembre 2007 à 22:50 :: General
Dans le nouveau gouvernement, certaines choses ont changé. Le harcèlement oppressif des élus indépendantistes à l'égard de l'autonomie a disparu, du moins l’énergie mise à son service a pris congé. Sans compter les querelles des deux blocs désintégrées dans l'euphorie de la réconciliation à laquelle "Polynésiens Ensemble" jubile à chaque médiatisation. Il est bien temps que l'on contourne ces passions et que l'on s'anime de dynamiques communes. Oui, mais pour combien de temps ?
La mise en scène de cette brave paix de dupes n'a l'allure que d'une empathie déguisée, et qui, à l'excès, déloge les repères politiques qui rythment les échéances. Masquer les vérités arrières par une association de bon enchanteur, jouera certainement son effet placebo et amenuisera à terme les mensonges de ses deux leaders, qui, à l'évidence, récitent un choix tactique pour plaire à un peuple lassé de cette guerre des partis.
Si tactique il y a, elle devra vaincre les "ingérences" de l'Etat, qui d'ores et déjà, annonce vouloir consentir aux souhaits des polynésiens, modélisés par les partis politiques, ceux d'un retour pressé et pressant aux urnes, juste question d'aggraver l'instabilité insolente qui creuse notre déficit démocratique. Rationner les présidents des SEM, sanctionner les élus non présents aux séances parlementaires, désinciter les mobilités inter-partis, devront être les nouvelles fondations du chantier statutaire. Christian Estrosi a le devoir de proposer et l'obligation de réformer ce statut obèse en compétences et maigre de responsabilités et ne pas prendre le retour anticipé aux urnes comme un prétexte pour invalider une élection démocratique en tout état de cause.
On pourra cependant regretter qu'il n'y figure pas dans ses propositions l'obligation de résultats si chère au nouveau président Sarkozy, qui aurait dû, chemin faisant, obliger la Polynésie française à s'atteler à l'efficience, en arrêtant, comme en France de blasphémer sur une croissance timide, relayé par les bons dictats de l'exception française, comme une conséquence du désordre mondial, appelé plus souvent la conjoncture. Ce principe de déresponsabilité qui dénigre notre compétence et notre puissance à produire des richesses nouvelles, doit laisser place à un optimisme qui en Polynésie est le premier gage pour promouvoir le tourisme.
"C'est cette réserve de bêtises qui vide la politique polynésienne de sa substance et fatigue les mentalités polynésiennes dans sa grande majorité."
Des chemins de croissance il y en a, sans parler des moyens surévalués à la vue des résultats inscrits au bilan. Atteindre 300 000 touristes, augmenter le nombre d'actifs, relancer l’offre publique, et assainir les finances des SEM seront les priorités de demain. Je ne parle même pas du reste, des infrastructures datées, de l'export qui stagne sur une donne nulle, ou le coût de la vie qui explose mériteront plus de temps. Mais le déni de la réalité que l'on exhibe pour cautionner le malaise économique que l'on ne sait assumer, est à la fois honteux et pathétique pour une collectivité qui se réclame de sa souveraineté future. L’inconscience et l’ignorance sont encore à tous les coins de rue, y compris à celui de l'avenue Pouvanaa Oopa.
La paresse des deux blocs à inculper l'Etat tutélaire d'ingérence dénote avec quel mépris, on crache dans la soupe. Pire pour ceux qui par le passé tétaient cette mamelle financière jusqu’à épuisement, et, qui aujourd'hui, assassinent l'Etat lorsque celui-ci se veut trop patriarcal. C'est cette réserve de bêtises qui vide la politique polynésienne de sa substance et fatigue les mentalités polynésiennes dans sa grande majorité.
À l’heure où les finances de l’Etat prennent l’eau de tout bord, il serait réfléchi de vanter un plan économe pour réduire le budget pondéreux et ainsi éviter de se faire débarquer au prochain port. L’idée de réduire le nombre d’élus serait sans doute un premier geste qui aurait bonne presse en métropole, suppléée à une réduction de la masse salariale comme le souhaite J. Drollet (200 000 FCFP pour le président de l’OPT). Quel changement !
Vous l’aurez compris les défis qui incombent aux élus de notre collectivité sont beaucoup trop nombreux pour être menés par un seul parti. Saluer l’alliance des deux blocs serait sans doute ridicule idéologiquement, mais si leur collaboration perdure dans un développement solidaire de l’avenir, sans doute que nous aurons à revoir notre conscience d'opinion. Et moi le premier.