Instrumentalisation et gain de temps
Par lebop, lundi 13 août 2007 à 14:26 :: Petite analyse
Alors que tous les partis, sans exception, ont respecté une trêve et le deuil de deux jours décrété par le Pays pour marquer la solidarité et la compassion de tous les polynésiens face au drame des familles touchées par le crash aérien, RFO et le Président du Pays ont activé une bien inutile polémique relative aux conditions et demandes exprimées par le Tahoeraa en vue de réintégrer la coalition autonomiste et constituer à nouveau une majorité à l'Assemblée de Polynésie française.
En effet, alors que tous les observateurs ont remarqué que les courriers adressés par le Tahoeraa étaient antérieurs au crash aérien, le Président du Pays a sciemment créé une confusion en affirmant que ces courriers avaient été adressés le jour du crash, faisant croire implicitement à l'opinion que le Tahoeraa est peu respectueux du drame des familles et de la nécessaire solidarité du Pays. Cette malhonnêté intellectuelle calculée révèle une volonté délibérée d'instrumentalisation politique de cet accident terrible et vise aussi à gagner du temps.
Instrumentalisation dans le sens où il s'agit encore de faire croire que le Tahoeraa ne se préoccupe que de son intérêt égoïste. Pourtant, tout le monde a pu constater la présence des dirigeants du Tahoeraa aux cérémonies officielles et aux initiatives impulsées par l'Etat ou le Pays. Le Président du Tahoeraa a affirmé lui-même qu'il n'était pas question de parler politique avec Christian ESTROSI et que le temps était au recueuillement et à la compassion envers les familles des victimes de ce tragique accident.De plus, aucune déclaration politique n'est survenue ces derniers jours.
Mais la vie est ainsi faite que les polynésiens, le coeur lourd, sont obligés de reprendre leurs activités, car les contraintes de la vie moderne l'exigent. Salariés et employeurs vaquent donc à leurs occupations quotidiennes car il faut bien gagner sa vie. Et on peut, dès lors, se demander pourquoi le Président voudrait suspendre toute activité politique jusqu'à la fin de la semaine comme il l'a déclaré sur RFO. La vie doit continuer, le travail gouvernemental et la politique économique et sociale du Pays doivent donc aussi se poursuivre.
Par cette déclaration, on peut soupçonner le Président du Pays de vouloir, là aussi, instrumentaliser le drame pour gagner du temps dans une décision très importante - celle de recomposer une majorité et un gouvernement - qui est de sa seule responsabilité. Il ne faut pas se leurrer : l'action du gouvernement et de l'administration est ralentie par un effectif gouvernemental incomplet, les dossiers en cours dans les départements ministériels de l'économie, des finances, de la pêche, de l'agriculture... prennent du retard. Le travail normal d'une Assemblée parlementaire digne de ce nom est impossible, même si nous sommes dans une période dite hors session. Il serait, en effet, inadmissible que nos représentants soient actuellement en chomage technique pour cause d'absence de majorité, alors qu'ils sont payés par les deniers des contribuables.
Alors que tous les acteurs économiques et sociaux, salariés et employeurs, s'emploient à faire tourner la machine économique, il serait inconvenant que le pouvoir politique suspende toute activité toute cette semaine. De plus, au regard des effectifs de notre Administration, il est tout à fait possible de mener de front tous les chantiers nécessaires ou en cours, y compris en ce qui concerne les conséquences du crash aérien. Sur ce dernier sujet, on peut d'ailleurs constater que ce sont surtout les services de l'Etat qui sont mobilisés.
Faux prétextes et instrumentalisation d'un drame ne sont jamais de bonne politique, car elles se retournent toujours contre leurs auteurs.