Jean-Christophe BOUISSOU que l’on croyait faire partie des rénovateurs pragmatiques de la vie politique s’engage dans une logique “ultra-droitière” surprenante. Toutes proportions gardées, il donne l’impression de se positionner pour l’avenir comme le Front National en Nouvelle-Calédonie. Son mot d’ordre est : pas de compromission avec les “indépendantistes racistes et xénophobes”. Rompre ainsi le dialogue avec les représentants d’une bonne moitié de la population n’est pas de bon augure pour une réconciliation entre polynésiens. Certes, les insultes xénophobes sont inadmissibles et nous l’avons systématiquement dénoncé par divers billets.

Mais il faut savoir raison garder. Nous n’avons pas eu de morts d’hommes en Polynésie française, contrairement à la Nouvelle-Calédonie. Un refus de dialogue, une telle opposition frontale est surprenante. Faudra-t-il attendre que les tensions s’exacerbent pour envisager de prendre en considération les voeux, les souhaits et les espoirs de nombre de nos compatriotes ? Trouver un terrain d’entente avec les indépendantistes sur un processus de cheminement en commun a pourtant l’assentiment de la quasi-totalité des partis “républicains” et indépendantistes de la Nouvelle-Calédonie, à l’exception notable, justement, du Front National calédonien. Vérité ici, hérésie là-bas ?

Utiliser l’expression de “traitre”, très dure en soi, en déformant la proposition du Président du Tahoeraa qui a réaffirmé ses convictions autonomistes, relève d’une mauvaise foi évidente.

Accepter l’ingérence du secrétaire d’Etat dans les affaires du Pays relève d’une conception surannée du “temps des gouverneurs”. L’autonomie, c’est le respect par l’Etat des compétences du Pays dans le cadre d’un partenariat bien compris au sein de l’ensemble français. On comprend mieux la préférence de Jean-Christophe BOUISSOU du terme “républicain” au terme “autonomiste”.Aurait-il donc une autre préférence statutaire que celle de l’Autonomie ? Départementalisation ? Rejoindre le lot commun des régions métropolitaines aux pouvoirs limités ?

Le doute m’effleure encore plus, Monsieur BOUISSOU, lorsque vous vous déclarez contre l’idée même d’un référendum d’auto-détermination, alors que cette possibilité est inscrite au sein même de la Constitution Française.

Décréter que le projet de contrat de projets est la panacée avant même d’en délibérer à l’Assemblée de Polynésie française relève d’une bien curieuse conception du rôle de cette Institution et du débat démocratique. Notre Assemblée ne serait-elle qu’une simple chambre d’enregistrement sans pouvoir d’amendement ? On comprend mieux la défiance du Tahoeraa face à une telle mise devant le fait accompli.

Faire croire que Gaston FLOSSE a changé de camp relève d’une manoeuvre opportuniste visant à capter les sympathies d’éventuels déçus. Il est logique et normal qu’un nouveau parti veuille élargir son audience. Mais de là à travestir les idées et les propos du principal parti de feue la plate-forme autonomiste, c’est pousser le bouchon un peu loin. La caricature au service d’une ambition politicienne trouvera vite ses limites.

La conquête ou la reconquête du pouvoir est l’affaire même d’un parti politique. Vous même, en votre qualité de Président de Rautahi n’avez-vous pas la même ambition que le Président du Tahoeraa ? La légère différence, quand même, c’est que le Tahoeraa a eu au moins 6 fois plus de voix que Rautahi aux récentes élections. Permettez-moi de vous dire que son ambition est peut être plus réaliste que la vôtre.Ou il est question de crédibilité…

Permettez-moi aussi de vous dire que l’exercice “d’excommunication” sans nuance auquel vous venez de vous livrer me déçoit beaucoup. Je vous croyais plus nuancé, plus attentif aux rapports de forces et ouvert au dialogue. Vraiment, cette intransigeance laissera des traces et vous fermera des portes, alors que vous auriez pu être l’un des “passeurs” vers cet “autre chose” qu’il faut bâtir avec tous les partis politiques, et ce, sans exclusion. Je vous classais parmi les rénovateurs et je vous découvre ” nationaliste français” dans le plus mauvais sens du terme. Dommage…