Mon billet précédent était effectivement prémonitoire. Quel déferlement, quel déchainement ! Tout ce que notre Pays compte de politologues amateurs, d'auto-promus experts de la chose publique, de commentateurs de cafés de commerce, d'intellectuels en chambre et de journalistes partisans ont commencé à déverser leurs analyses, commentaires, ultimatums, démissions. Tout y passe : du rationnel au passionnel, du réaliste au fantasme, de l'analyse lucide des faits à l'interprétation, du respect aux attaques personnelles... Le débat est lancé et il ne s'arrêtera pas là, bien sûr.

Le microcosme Papeetien, celui qui sait tout, celui qui est "intelligent" parle. Et c'est forcément en connaissance de cause. Et c'est forcément parole d'évangile. Sauf que...

Ces cris d'orfraie ne dépasseront jamais le quadrilatère du centre politico-administratif de Papeete. Ce "bruit" n'atteindra pas les vallées de Papeete, les districts et les îles de ce qui constitue la Polynésie profonde. Le peuple est loin de ces raisonnements urbains. Il réfléchit avec ses tripes et son cerveau. Il n'a pas de rentes de situation à défendre, des intérêts à préserver, des affaires à faire fructifier. Bref, si c'était ce microcosme qui faisait gagner les élections, celà se saurait. Mais les vrais politiques savent qu'il n'en est rien. Les échos de ces voix ne dépassent pas les limites de la maison de ceux qui s'offusquent.

Le peuple, lui, pense simplement. Il connait les ferments de la division, il le vit à l'échelle de sa commune de résidence, de son île, entre fetii... Il a ses préférences. Il a ses leaders. Il entend ses leaders lui dire qu'il faut écrire une nouvelle page et il les croit sur parole. Il n'est pas réceptif aux stratégies et tactiques subtiles. Il a écouté et prend le nouveau discours de ses Metua au premier degré et au pied de la lettre. A ces metua de prendre leurs responsabilités. S'ils ont semé le vent du faux espoir, ils récolteront le vent de la colère. Wait and See... car le processus n'en est qu'à ses débuts.

Au sein du microcosme, tout est affaire de pression, de chantage, d'ultimatum, de tactique. L'enjeu à court terme est simple : "dramatiser" la réunion du grand conseil du Tahoeraa en vue d'influer sur le rapport de forces. Le microcosme est clairement en faveur de "Gaston iti" contre "Gaston Nui", tant il veut mettre le "vieux" au rencart.

Et pourtant, les jeux sont déjà faits à l'Assemblée : Gaston iti ne dispose plus de majorité, et ce, quelle que soit l'issue des divergences internes au Tahoeraa. En effet, Les voix de Gaston FLOSSE et d'Edouard FRITCH suffisent pour la bascule. Et il y en aura bien plus de deux...

Mais, tout à leur ardent désir de mettre Gaston Nui hors du jeu politique quitte à contredire leurs propos de la veille, les soitdisants esprits cartésiens oublient au passage quelques questions élémentaires :

  • Qu'ont voulu les polynésiens en 2004 ?
  • Qu'ont fait leurs représentants élus à l'Assemblée depuis cette date ?
  • Comment Gaston TONG SANG est-il arrivé à la fonction de Président du Pays ?
  • A-t-il la légitimité populaire pour être là où il est, ici et maintenant ?
  • Par qui est-il soutenu ?
  • A-t-il une majorité pour continuer sa tâche à cette fonction de Président , Première Institution du Pays et pivôt central de notre vie démocratique ?
  • Et surtout, que pense la moitié de la population qui n'avait pas du tout en tête cette perspective d'avoir Gaston TONG SANG comme Président un jour ?

Il n'est pas là question de compétences, de mode de gouvernance et de sagesse, mais de Légitimité. En quoi est-il plus légitime qu'une autre personnalité éminente de la société civile ? Pourquoi ne ferait-on pas, en poussant le raisonnement à l'extrême, un tirage au sort ? La folie s'est emparée de quelques représentants de l'Assemblée. Alors, à fou, fou et demi...

Non, la Légimité à cette fonction de Président procède de la volonté du Peuple. En Polynésie française, de par nos Institutions, le choix du Président du Pays est indirect. Le peuple sait pertinemment que c'est le leader de la liste qui gagne aux élections territoriales qui devient Président du Pays. Les représentants à l'Assemblée ne font qu'entériner ce choix "implicite". Ils savent qu'lls n'ont pas de marge de manoeuvre. En 2004, il n'y avait que deux possibilités : ou c'était oscar TEMARU ou c'était Gaston FLOSSE. Ce fut Oscar TEMARU par les voix de Nicole BOUTEAU et Philip SCHYLLE. Aujourd'hui, par diverses combinaisons qui ne sont pas à l'honneur de notre classe politique, on a Gaston TONG SANG à cette fonction ! Cherchez l'erreur !

Cette question de la légitimité est LA question centrale, car c'est la seule façon de respecter les électeurs polynésiens Et c'est aussi la seule façon de faire respecter les Institutions par ces mêmes électeurs. C'est en ce sens que la situation actuelle n'est pas saine. C'est en ce sens qu'il y a instabilité, voire explosion potentielle en germe.

Alors, la voie de la sagesse, c'est de ne pas trainer dans le retour aux urnes. Gaston Flosse envisage un nouveau positionnement et un virage stratégique, c'est de sa responsabilité. Le Tavini va se positionner : c'est de sa responsabilité. Que tous les autres partis politiques se positionnent clairement pour que les électeurs soient parfaitement éclairés. Mais seules de nouvelles élections apporteront une CLARIFICATION maintenant urgente. Ceux qui retardent ce processus prennent une lourde responsabilité devant l'Histoire et devant les Polynésiens.