Avant même sa mandature à l’UMP, il donnait déjà l’illusion du changement. Au sein de ses pairs notamment et mieux encore face à ses adversaires. La politique de droite, séculaire et prisonnière de l’histoire, ouvre cet été les chantiers d’un nouvel ordre. On isole les fortunés, mais, désormais, on les retient avec 50% du bouclier fiscal, on cautionne un système où les étudiants travaillent, mais sont désormais exclus de l’assiette imposable, on vit dans des institutions archaïques en passe d’être modernisées, on construit une Europe anorexique désormais guérie. Bref, on assiste à l’ère d’un nouveau modèle économico-social, la naissance d’une société décomplexée de son passé et qui désormais peut prétendre à éveiller la croissance.

Certes, d’autres projets suscitent moins d’euphorie : la condamnation des mineurs dès 16 ans, une auto-défense nucléarisée, un ministère de l’immigration et de l’identité nationale, l’ingérence faite par Cécilia Sarkozy en Libye. C’est la maxime préférée du président : “c’est du donnant, donnant !”. Bien entendu ces dossiers catastrophent la Gauche qui ne parvient pas à stopper l’hémorragie de son parti, les éléphants quittant le zoo de la comédie pour celui de la patrie. Le reproche fait à Jack Lang, à Dominique Strauss-Khan, à Hubert Védrine, à Bernard Kouchner nous laisse antipathiques. On comprend tous, à l’exception du PS, que les talents sont à Gauche et à Droite. La nomenclature qui partitionne la politique en bloc étanche est un attentat à la démocratie moderne. Les intellectuels de gauche le savent pertinemment et ceux qui décident d’en défendre la cause restent fidèles à leurs propres valeurs. Nicolas Sarkozy réussi avec brio à réunir la classe politique sur des dossiers, qui, depuis 30 ans, donnent du somnifère à notre croissance. Le courage politique qu’il opère donne de l’élan au moral des Européens convaincus qu’ils ont trouvé le Tony Blair qui ne les a jamais rejoint.

Si la politique reste son plus fidèle compagnon, l’économie par tutelle européenne lui donne des migraines. L’envolée continue de l’Euro face au dollar désormais à 1,38$ déprécie encore le solde extérieur, désavantageux pour toutes les multinationales exportatrices comme Airbus qui venait tout juste de se payer une gâterie historique au salon du Bourget. Devançant le géant de Seattle (de Chicago désormais), la firme toulousaine venait de signer son grand retour, peut-être médiatisé trop tôt.

Le dérapage de la TVA sociale n’a pas été favorable au président, puisque son gouvernement préconisait une augmentation de près de 5 points de la TVA, l’arsenal idéal pour tuer le pouvoir d’achat. Le manque de rigueur sur le terrain économique pourrait décridibiliser sa côte populaire forte de 68% d’opinions favorables, fragile, en somme, et articiellement construite par la dynamique de sa présence engagée au sein des affaires. N’oublions pas les secousses du déficit promis à être réduit d’ici 2010, désormais majoré de deux ans. Peut-être que l’ère de la campagne donnait du sens à son euphorie, et sans doute a t-il pris conscience que malgré son dynamisme singulier et sa volonté de combattre les fléaux bâtisseurs de notre exception, une certaine réalité “révolutionnaire” existe toujours dans les consciences de certains milieux comme l’éducation et le service public et que c’est ici que l’on attend tous son talent d’orateur et de rassembleur qu’il a tant voulu titrer en tête de ses affiches.

Reste donc au président de la République de convaincre ses partisans que le virage sec qu’il opère ne les emmènera pas dans la falaise financière, morale et populaire. Viendra la fin de l’été où étudiants, salariés et électeurs poseront les promesses de campagne sur le calque des réformes engagées. L’heure du verdict sur son exception aura sonné.