Du rêve aux réalités

Par lebop • 10 July 2007

La mission du Président TONG SANG et de sa trop nombreuse délégation fait l’objet d’une communication intense et positive. “Mission réussie”, “Estrosi, Alliot-Marie et Sarkozy à Tahiti dans quelques mois”, ” faire de la Polynésie française un centre d’excellence” ou “un véritable laboratoire du développement durable”, “considérer la Polynésie française comme un terrain d’envol du savoir-faire français, de la technologie exportable dans le Pacifique”…. Voilà des expressions généreuses qui incitent à l’optimisme et qui peuvent faire rêver les Polynésiens, notamment nos étudiants engagés dans des études poussées. Mais après les formules-chocs et les impératifs de la communication-marketing pour impressionner favorablement l’opinion, attention aux désillusions !

Car la réalité est moins brillante. Les énergies renouvelables ? Rappelons-nous l’Institut des Energies renouvelables du Pacifique Sud, créé sous l’impulsion du CEA et des autorités territoriales de l’époque. Les voitures nourries à l’huile de coprah, les gazogènes à la bourre de coco, les cellules photovoltaïques comme source d’énergie à des équipements ménagers… Des expériences de laboratoire qui ne sont jamais passées dans la réalité quotidienne ou, si elles l’ont été, se sont soldées par un fiasco pour cause d’absence de maintenance. Résultat : fermeture de l’Institut pour cause de fonctionnement budgétivore.

Idem pour le GIE Soler, en charge, entre autres, de la commercialisation de chauffe-eau solaires “made in fenua”. Revendu à Total qui s’est chargé de noyer ce GIE au sein d’une filiale spécialisée pour mieux le faire disparaître.

La Polynésie, centre d’excellence de la recherche ? Rappelons-nous la belle époque du COP-CNEXO, devenu l’IFREMER, de l’élevage expérimental des crevettes, de l’aquaculture tous azimuths. Qu’en reste-t-il ? Rien ou presque. La technologie d’élevage des crevettes a été exportée avec succès par l’IFREMER dans le monde, en Nouvelle-Calédonie notamment, et avec force royalties. Elle s’est développée partout, sauf dans son lieu d’expérimentation, la Polynésie française. Résultat :notre aquaculture est moribonde et le centre de Vairao vivote à un point tel que l’IFREMER cherche à s’en débarrasser en le “refilant” au Pays.

Rappelons-nous l’école des sciences humaines de l’ORSTOM. Plus rien. L’IRD est devenu un prestataire de services qui monnaye à prix fort son expertise, recherche de “contrats rentables”, ordonnée par le siège métropolitain, oblige.

Où en est la recherche au sein de l’Université de la Polynésie française ? A l’état embryonnaire. Quelques labos bricolent dans leur coin, sans que nous sachions très bien les retombées économiques et sociales pour la Polynésie française.

Quid de la recherche du Pays, à l’Intitut Mallardé, notamment ? Une recherche fonctionnarisée, déconnectée des réseaux nationaux et internationaux (l’épisode de la rupture avec l’Insitut Pasteur est encore dans les mémoires), budgétivore, dont on ne voit pas là aussi les retombées utiles pour la collectivité.

D’ailleurs, les activités économiques actuelles ont-elles été nourries par la recherche ? J’en doute fortement lorsque je constate que nous exportons essentiellement des matières premières ou des produits relativement peu transformés. La plupart du temps, ces activités ont été le fait d’initiatives privées et de quelques entrepreneurs pionniers. Dernier exemple en date : la climatisation par l’eau profonde a été initiée par un responsable hôtelier sans une aide quelconque des pouvoirs publics. Et nos dirigeants politiques, jusqu’à Jean-Louis BORLOO, se gargarisent de cette expérience pour laquelle ils n’y sont pour rien !

La réalité est là : l’Etat s’est désengagé de la recherche en Polynésie française et le Pays n’a pas su bâtir au jour d’aujourd’hui une recherche propre au Pays digne de ce nom. Les initiatives sont parcellaires, morcelées, confidentielles et malgré tout assez dépensières. Pour quels résultats tangibles ? Là est la vraie question.

Alors, toutes ces déclarations sont intéressantes. Elle peuvent être le signe d’un nouveau départ. Effectuons donc au préalable un vrai bilan, un vrai diagnostic. Clarifions les compétences statutaires des uns et des autres en matière de recherche. Bâtissons un partenariat équilibré Etat-Pays pour une recherche-développement efficace et qui nourrisse effectivement notre développement économique. Ne laissons pas nos quelques chercheurs épars s’enfermer dans leur tour d’ivoire avec le saupoudrage de quelques centaines de millions de francs de budget, et ce, sans système d’évaluation.

Oui, tout est à construire en matière de recherche. Gageons que le rêve amorcé par ces diverses déclarations tonitruantes devienne réalité. Il en va, là aussi, de l’avenir de notre Pays dans l’économie d’innovation du 21 è siècle.

 

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