Le "centre" polynésien : un objet volant non identifié
Par lebop, vendredi 8 juin 2007 à 20:20 :: General
Le 2 juin 2007, le verdict des urnes a été sans appel. Il a confirmé la bipolarisation : le Tahoeraa et l’UPLD obtiennent à eux seuls 75,10% des suffrages exprimés. Les prétendants à la troisième voie, dits aussi du "Centre", tous partis ou mouvements confondus,ont obtenu presque 25 % des suffrages exprimés, soit un électeur polynésien sur quatre.
Les forces dudit Centre polynésien se composent comme suit :
- Béatrice Vernaudon, qui n’avait aucun représentant à l’Ouest, obtient 9,57% des suffrages exprimés dans l’ensemble du pays;
- Jean-Christophe Bouissou et Emma Algan obtiennent 5,74% des suffrages exprimés dans l’ensemble du pays;
- Nicole Bouteau et Tamatoa Doom n’arrivent qu’à 4,99%;
- Les deux candidats du Fetia Api totalisent à peine 1,1% des suffrages exprimés;
- Aucun des autres candidats n’arrive à 1%.
Relevons la particularité de la candidature de Madame Béatrice VERNAUDON, qui était véritablement, dans une situation de candidate "au-dessus des partis", puisqu'elle était soutenue par un vrai parti constitué, le Ai'a Api et par une grande partie du parti des iliens.Le caractère composite de ce mouvement crée lui-même une difficulté, car chaque parti, maintenant que les législatives sont passées, va "reprendre ses billes", ne serait-ce que pour préparer les municipales et les territoriales.Le Ai'a Api a déjà annoncé la couleur en soutenant clairement Michel BUILLARD et Bruno SANDRAS pour le second tour, contrariant la consigne de "liberté de vôte ", c'est à dire de "Ni-Ni", de Béatrice VERNAUDON...
- Première question : peut-on placer tous ces partis dans la troisième voie, alors que, par exemple, le Ai'a Api, dont on ne mesure plus tellement le poids électoral, est bien ancré dans le paysage politique polynésien avec son leader Emile VERNAUDON ?
- Deuxième question : quel est le dénominateur commun de ces partis ou mouvements en ce qui concerne leur programme politique ?
- Troisième question : quid du leadership au sein de ce Centre ? Le premier tour de ces législatives a eu l'intérêt de fixer le poids relatif de certains de ces leaders au sein de l'électorat polynésien, à l'exception notable d'Emile VERNAUDON et du parti des iliens. Cependant, comment départager Béatrice VERNAUDON, Jean-Christophe BOUISSOU et Nicole BOUTEAU ?
Question subsidaire : à supposer que ces personnalités s'accordent sur une ligne politique, un programme commun et une stratégie d'alliance à l'égard de la force autonomiste principale qu'est le Tahoeraa, ce qui est loin d'être évident au jour d'aujourd'hui, s'accorderont-elles, ces personnalités, sur le leadership ? Une tierce personne, comme Gaston TONG SANG, en cas de rupture de ban du Tahoeraa, pourrait-elle faire consensus ?
Voilà déjà quelques questions redoutables.Au regard du deuxième tour des législatives, la question la plus redoutable, immédiatement, est la stratégie d'alliance à adopter entre les deux forces "bipolaires" et structurées. Si, comme l'indique Béatrice VERNAUDON, dans son entretien aux Nouvelles aujourd'hui, le Centre est un "rassemblement d'autonomistes modérés", pourquoi une telle différence d'appréciation entre le duo Béatrice VERNAUDON- Nicole BOUTEAU, qui se situent dans une posture "Ni-Ni",et les autres "autonomistes modérés" qui se positionnent dans un soutien aux candidats autonomistes investis par le Tahoeraa et l'UMP ?
Se reconstitue, en fait, la même ligne de clivage qu'aux dernières territoriales qui avaient vu des autonomistes, d'un côté, et des candidats "Ni-Ni" du Fetia Api et du No Oe Te Nunaa, de l'autre ( un positionnement qui, entre parenthèses, n'a pas réussi au Fetia Api, puisque ce parti est complètement laminé). Le résultat en a été l'arrivée des indépendantistes au pouvoir...
Est ce à dire que la clarification recherchée n'est pas au rendez-vous et qu'on en est toujours au même point ? J'ai tendance à le croire, à la nuance près que le problème s'est déplacé au sein du centre. L'absence de logique républicaine ou de solidarité autonomiste de Béatrice VERNAUDON et de Nicole BOUTEAU risque de laisser des traces après les législatives, surtout, si, par malheur, l'un des candidats indépendantistes bat l'un des candidats autonomistes au second tour. L'enjeu est, certes moins important qu'aux territoriales, mais sa signification symbolique sera très importante.
Pourquoi un rassemblement républicain, semblable, toutes proportions gardées, à celui qui a rassemblé, en Métropole, tous les partis républicains face au Front National aux élections présidentielles en 2002, n'a -t-il pas lieu pour ce second tour des Législatives ? La balle est dans le camp de Béatrice VERNAUDON et Nicole BOUTEAU...