Que ne feraient pas certains candidats aux législatives pour faire plaisir aux habitants des archipels, surtout ceux de leur circonscription électorale ! Après la création d'un parti des "iliens" au localisme, pour ne pas dire à l'égoïsme, exacerbé, voilà que des personnalités politiques de Papeete les caressent dans le sens du poil pour obtenir leurs suffrages.

Il en est ainsi du "Conseil des Archipels", nouvelle institution préconisée, car, "seuls les habitants des archipels peuvent dire ce qui est bien pour eux et ce qui ne l'est pas", "il faut que ces habitants et leurs élus réfléchissent eux-mêmes à leur projets et décident de les mettre en oeuvre".... Voilà un étalage de bons sentiments, à peine démagogique, qui ne mange pas de pain, surtout en période électorale.

Créer une cinquième institution, donc, après : le Président du Pays, le Gouvernement, l'Assemblée du Pays, le Conseil Economique, Social et culturel. Sans compter les communes, les syndicats de communes, les Tavana hau, les tavana hau fenua, le fonds de développement des archipels... Tout çà pour un Pays de 250.000 habitants...

C'est une fausse bonne idée car :

  • le coût de nos institutions est déjà exorbitant : plus de 3 milliards de francs CFP par an,et ce, pour une "productivité" ou un rendement discutable. Quand on voit le niveau des débats à l'Assemblée et le contenu des rapports du CESC, il y a de quoi se poser des questions...Alors rajouter une nouvelle "institution", dont les "proposeurs" se gardent bien, d'ailleurs, d'évaluer son coût, est-ce bien une priorité de nouvelle dépense pour les citoyens-contribuables que nous sommes ?
  • l'Assemblée de Polynésie française est déjà "monopolisée" par les "représentants-maires", dont de nombreux maires des îles, qui, déjà, font un lobbying intense pour leurs îles. Ce n'est pas pour rien que le parti dit des "iliens" a vu le jour, si ce n'est pour avoir une "part de gateau" plus importante en faveur de leurs archipels. Quand le "localisme" est l'antithèse de "l'intérêt général"...
  • C'est postuler que le Président du Pays, le Gouvernement, l'Assemblée de Polynésie française... ne sont pas réceptifs aux besoins des îles ou, pire, n'ont pas l'intelligence de les comprendre. C'est là un raisonnement particulièrement pernicieux, alors que ces institutions, garantes qui plus est, de l'Unité du Pays, sont justement là pour arbitrer entre les besoins des uns et des autres en fonction de leur conception de l'intérêt général et des priorités de développement du Pays tout entier.D'ailleurs, faire croire que, dans le passé, les besoins des îles ont été "oubliés", c'est faire preuve d'une grande mauvaise foi quand on voit les infrastructures mises en place et qui se chiffrent en plusieurs dizaines de milliards de francs ( pistes, ports, darses, aéroports, bureaux de postes, salles omnisports, routes, ponts, projet de développement...), ainsi que les mesures sociales ( subvention au fret des PPN, subvention au coprah, mesures d'emplois aidés, aides à l'habitat dispersé, programmes du fonds de développement des archipels...) dont bénéficient les habitants des archipels.
  • C'est faire un pas de plus vers la "balkanisation" de la Polynésie française, après le coup de canif porté par ces élus des îles qui créent un parti des îliens et qui sont prêts à se vendre au plus offrant pour obtenir "le maximum" pour les habitants dont ils sont les élus.Et tant pis pour les autres...
  • C'est faire croire que les problèmes des îles sont tellement "complexes" que les gens de Papeete n'y comprennent rien. C'est grotesque tout en étant faux, car les problèmes des îles sont vite cernés et il n'est pas nécessaire de se réunir, de délibérer...et de rémunérer en permanence des élus pour enfoncer des portes ouvertes dans les domaines de la gestion de l'environnement, de la programmation des infrastructures prioritaires ou de l'accompagnement des projets économiques. On a, en effet, vite fait le tour des problèmes et des possibilités d'un écosystème insulaire. Le vrai problème est plutôt de gérer les priorités en ayant une haute conception de l'intérêt de l'ensemble du Pays.

Rien n'interdit aux élus des archipels de réunir autour d'eux les forces vives constructives de leurs iles et de provoquer séminaires ou tables rondes régulières dans chaque archipel, sous l'égide, par exemple du Fonds de développement des archipels.... ou aux maires des îles de prôner et de mettre en oeuvre un développement participatif par des initiatives appropriées qui sont de leur ressort. Par exemple, rien n'interdit au Maire de Rangiroa d'associer sa population à la mise en oeuvre d'une politique de gestion de l'environnement : collecte et rapatriement des canettes, système de tri des déchets opérationnel, suppression de la décharge sauvage... Les solutions sont connues, mais toute la difficulté est dans la mise en musique.

Une autre possibilité d'associer les forces vives des archipels serait de leur faire une place au sein d'un Conseil Economique, Social et Culturel réformé intégrant une représentation minimale de personnalités civiles reconnues comme représentatives de chaque archipel.Des "sages" en quelque sorte.

Bref, il y a d'autres options plus réalistes et moins coûteuses que celle de créer un nouveau "machin" où des notables en mal de notoriété se feraient plaisir à bavarder entre eux tout en étant rémunérés par nous. Aussi, je suggère de remiser cette fausse bonne idée au placard.