Aujourd’hui, on apprend que, dans un communiqué, le conseil des professionnels de l’hôtellerie dresse un constat “alarmant ” quant au taux de remplissage actuel de ses établissements, notamment dans les îles de Moorea et Bora Bora.Combien même, les chiffres de fréquentation seraient supérieurs à ceux de l’année dernière pour la même période.

Et de pleurer. “Le nombre de touristes accueillis en Polynésie française ne progresse pas suffisamment d’une année sur l’autre et reste encore très variable d’une année à l’autre”, déplore en premier lieu l’organisation patronale. Et de rappeler au passage que dans la “Perle du Pacifique”, Bora Bora, “le nombre de chambre disponibles (ouverture et ré-ouverture) a fortement augmenté de l’ordre de 34%”.

Et de se lamenter. Pour le mois de mars 2007, sur l’ensemble de la Polynésie française, “le taux moyen d’occupation s’élève à 53,9% contre 60,7% l’année dernière”, révèle le CPH. En cumul, à la fin du premier trimestre, l’écart est moins important: 52,3% contre 56,7%, soit – 7,7%. La situation est particulièrement préoccupante à Bora Bora où seulement 45,1% des chambres et bungalows ont été vendus durant la période observée contre 60,1% l’année dernière à même époque. Moorea, quant à elle, s’en titre plutôt bien avec 62,2% d’occupation contre 77,2% il y a un an.

Aussi, l’organisation patronale estime que ” c’est dans ces moments difficiles que les choix et les décisions politiques, de considérer le secteur du tourisme comme prioritaire en Polynésie, doivent être actées“.

Des questions surgissent aussitôt dans mon esprit : ces mêmes hôteliers ont-ils demandé au gouvernement l’autorisation d’ouvrir de nouveaux hôtels à Bora Bora ? Ont-ils demandé à ce même gouvernement de peser les risques de leur investissement à leur place ? Pensent-ils que ce même gouvernement va remplir les avions à leur place ? Faire de la promotion et du marketing à leur place ? Sont-ils devenus, pour faire court, des fonctionnaires de l’hotellerie ?

Car je suppose quand même que, forts d’études de marché, les groupes hoteliers investisseurs ont bien appréhendé leur segment de marché et qu’ils ont estimé, à ce moment là, qu’ils allaient pouvoir remplir correctement leurs hôtels à l’issue de trois bonnes années d’exploitation (comme c’est la norme habituelle) et obtenir, à terme, un retour sur investissement normal. Je suppose, de même, que le segment de l’hotellerie tropicale balnéaire classique, sans golf ou casinos à Bora Bora, a été choisi en connaissance de cause par ces mêmes investisseurs. C’est, du moins, le strict calcul économique privé habituel en régime libéral.

D’autre part, je suppose que pour optimiser leur taux d’occupation à court terme, ces mêmes hôteliers ont anticipé l’ouverture de leurs hotels en allant en faire la promotion sur leurs propres deniers dans les salons professionnels internationaux de référence. C’est ce que font tous les groupes hoteliers de par le monde, notamment ceux de l’ile Maurice.

A moins qu’ils ne comptent sur le budget et le personnel bureaucratisé du GIE Tahiti Tourisme – budget imposant, il est vrai : plus de 2 milliards de francs CFP par an – pour faire le boulot à leur place…. Personnellement, en tous les cas, je n’ai pas vu, ne serait-ce que de la publicité sur ces hotels dans les magazines spécialisés nationaux ou internationaux. Des publicités des hotels de l’île Maurice, des Seychelles, des Maldives… oui, par contre, j’en ai vu…

Alors, faute au gouvernement ou à l’administration ou boulot incombant normalement aux professionnels non réalisé ? Car je ne pense pas que ces hoteliers soient devenus à ce point communistes qu’ils comptent exclusivement sur les pouvoirs publics pour faire le boulot à leur place. A moins qu’ils estiment qu’ils gèreraient plus efficacement le budget de promotion touristique à la place du GIE Tahiti Tourisme… Pourquoi pas, après tout ? On pourra au moins comparer et on verra s’ils font mieux qu’un organisme public dont on a du mal – c’est le moins que l’on puisse dire – à évaluer l’efficacité réelle.

Comme on l’a déjà dit dans nos précédents billets, chacun, là où il est, doit être un vrai “pro”. Il ne sert à rien de se défausser sur les autres ou de chercher des boucs émissaires à la fluctuation, depuis 30 ans, de nos chiffres de fréquentation, entre 100.000 et 200.000 touristes par an. Ce qui est effectivement une piètre performance. Comme on ne le dit pas en langage “marketing”, on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre et on ne dit pas : “c’est pas ma faute, c’est la faute à truc ou à machin”. Il y a du pain sur la planche !