Dans mon billet, "une page se tourne", j'annonçais une situation grave de nos finances publiques. Il se confirme effectivement que les clignotants virent de plus en plus au rouge. Après les déficits abyssaux d'Air Tahiti Nui ( on parle d'un chiffre proche de 6 milliards) et de TNTV (en quasi-cessation de paiement), la situation précaire de l'OPT qui n'a pas su prendre intelligemment en marche le train des nouveaux services de télécommunication, la revue des établissements publics et des services n'annonce pas des choses réjouissantes, bien au contraire.

Si les hommes politiques portent une responsabilité - Et Dieu sait si celle de l'UPLD est très lourde - on le découvrira au fur et à mesure que les cadavres sortiront du placard - ils sont quelquefois les boucs-émissaires ou les paravents faciles de toute une caste de médiocres, de piètres stratèges et de mauvais managers qui ont vécu discrètement sous leur protection. Et ces gens là, tous ces technocrates très bien rémunérés, s'en tireront, car, comme on dit, ils seront "responsables, mais pas coupables" d'avoir mis en péril les finances de la collectivité.

Car, qui est à l'origine des erreurs stratégiques d'Air Tahiti Nui, notamment l'acquisition du cinquième airbus pour desservir New York et Paris via New York ? Qui est responsable de la déconfiture de TNTV ? Qui est responsable de l'inertie de l'OPT face aux nouveaux enjeux de la communication ?

La question plus grave est que cette déficience de gestion dans le secteur public, cette absence inquiétante de critères de performance est contagieuse et touche de plus en plus de larges pans du secteur privé. Une pêche et une agriculture déficientes qui se traduisent par la multiplication d'armements en faillite et par une envolée de prix agricoles. L'agriculture est un domaine particulièrement parlant : voilà un secteur aux mains de quelques gros maraichers qui se cachent derrière des petits producteurs et qui pénalisent les consommateurs que nous sommes par des prix exorbitants. Ce comportement ne peut que nous mener dans l'impasse.

Mais on pourrait aussi citer le rapport qualité-prix déplorable de notre industrie touristique,les marges à l'importation plantureuses, les prix fous des prestations de services, les tarifs du transport aérien intérieur, les tarifs bancaires....Et toutes les professions se renvoient la balle pour se faire la courte échelle dans l'escalade sans fin des prix. Mais les prix, comme les arbres, ne montent pas jusqu'au ciel....Et le citoyen-travailleur-consommateur s'illusionne par des augmentations de salaires payées de plus en plus en monnaie de singe. Et le chômeur est désespéré....

Il est plus que temps que l'on revienne au principe de réalité. A force de s'abstraire du monde environnant par des comportements de fuite en avant, nous nous mettons hors jeu nous-mêmes.Et dans ce monde de compétition qui s'impose à nous, qui n'avance pas recule.

Non, je crois qu'il est plus qu'urgent de sortir de la logique du "toujours plus en en faisant de moins en moins". Il est impératif que chacun, à son niveau, se retrousse les manches pour plus de professionnalisme, plus de performance, plus de productivité, plus de rigueur de gestion là où il est. Ce ne sont pas des mots "jolis" à entendre, mais ils sont incontournables si l'on veut que la Polynésie française se redresse et revienne dans le concert des pays normaux qui marchent sur leurs deux jambes et non pas sur la tête.

Il est plus facile de se trouver des bouc émissaires que de faire preuve de lucidité.

Oui, je suis convaincu qu'il faut passer par une phase où il faudra verser du sang et des "larmes" pour rebâtir une Polynésie viable économiquement et socialement. Propos pessimistes ? L'avenir nous le dira.... Mais il ne tient qu'à nous de les démentir. Alors, commençons demain !