Histoire de changer d’air, de prendre un bol d’air vis-à-vis de la politique, je vous propose une série d’interviews avec des étudiants polynésiens, poursuivant actuellement leur cursus en France. Sur Politita, sous prétexte d’être étudiant, on se prend à parler au nom des jeunes. Alors nous laissons la parole à nos amis et pour inaugurer cette série, je vous propose, sans prétention, les impressions de Yohann, un étudiant appelé à être au coeur de nos communes: un futur architecte.

Politita: Bonjour, voudrais-tu bien nous présenter rapidement ton cursus?
Yohann: Ia Orana. Alors, après le bac, j’ai fait un BTS en batiment au lycée technique de Taoone. A l’obtention de mon BTS, j’ai eu la chance d’être embauché à la présidence au service des études techniques dirigé par M. LAURENT où j’ai bossé un an et demi. Durant cette période j’ai rencontré deux architectes polynésiens dont un fraîchement diplomé qui m’ont permis d’essayer quelque chose de différent. L’architecture a alors commencé à me plaire et au bout d’un an et demi j’ai démissionné du SET et j’ai bossé en tant que prestataire de service auprès de cette agence et j’ai rencontré un promoteur qui m’a permis de me constituer un pécule afin de prendre réellement des études d’architecture. Je suis actuellement en 3eme année.

Tu es dans un cursus d’architecture. Qu’est-ce qui t’a poussé à faire ces études? As-tu ressenti un besoin ou un manque en Polynésie lié à ta future activité?
Un besoin, oui. Ce qui m’a poussé à faire de l’architecture, ce sont les deux jeunes archis qui m’ont mis le pied à l’étrier, donner goût à l’architecture. Quand j’ai commencé à bosser (un peu) dans ce milieu, il n’y avait pas une architecture propre à la Polynésie. Il faut retourner à nos sources pour trouver une essence de l’architecture polynésienne, une identité architecturale. Il n’y a rien de contemporain.

As-tu été inspiré par un évènement ou une personnalité de la Polynésie?
Rien de particulier. Seulement ces deux architectes qui m’ont ouvert de nouveaux horizons.

Aurais-tu préféré faire tes études en Polynésie? Pourquoi?
Non, parce que il y a besoin de sortir de notre cocon pour pouvoir apporter un plus à la Polynésie actuelle. Il faut forcément aller ailleurs, voir ailleurs des civilisations plus anciennes que les notres pour ne pas faire les mêmes erreurs, pour mieux apprendre, pour s’enrichir.

Penses-tu qu’il serait judicieux d’instaurer ton cursus ou au moins les premières années comme ce qui est fait avec les prépas HEC et médecine?
Non, je ne pense pas mais je n’aurais pas dit la même chose il y a 3 ans. L’architecte doit voir d’autres travaux pour s’enrichir, trouver son inspiration. il faut voir les travaux des autres archis. A ce niveau, Tahiti est trop éloignée et trop petite.

Penses-tu rentrer en Polynésie après tes études? Si oui, combien de temps après la fin de tes études? Sinon, pourquoi?
Oui mais je souhaite bosser un certain temps à l’étranger avant (moins de 5 ans) histoire de finaliser mon apprentissage. Ce n’est pas seulement la découverte d’autres travaux mais également le travail d’équipe, la façon d’aborder le projet qui diffèrent. Mes principales cibles sont la Nouvelle-Zélande et l’Australie, pour rester dans le Pacifique, pour voir comment les autres peuples du Pacifique aborde l’architecture.

Suis-tu régulièrement la politique de la Polynésie? Si oui, par quels moyens? Sinon, pourquoi?
Oui, principalement par internet et et la télévision.

Trouves-tu que tes amis s’intéressent à la politique?
Non, pas essentiellement.

Pour toi, quel est le problème le plus urgent que la Polynésie ait à régler?
La stabilité politique. il faut dégager une majorité stable et consensuelle pour permettre l’élaboration de projets sur le long terme. S’il n’y a pas ça, on ne peut rien faire.

Quel est le problème que tu aimerais régler en Polynésie et qui soit en rapport avec tes études?
La qualité architecturale qui génèrera des modes vies plus adaptés à notre style de vie. Notre style de vie se référe à nos ancètres: le fare pote’e (chaque) est un espace de vie (il peut être séjour, cuisine …) et tous ses modules sont ouverts dont on passe de l’un à l’autre par des chemins ouverts.
Les appartements qui deviennent les constructions majoritaires ne répondent souvent qu’aux impératifs financiers et aux critères occidentaux, sans tenir compte du mode de vie polynésien, qui est de vivre à l’air libre.Certains appartements n’ont de balcons que le nom et font perdre à nos villes le charme d’antan.

Penses-tu qu’il soit possible de ramener ce charme d’antan dans nos communes?
Oui, sans tenir compte de la composition intérieure, la façade est à remanier. Les balcons doivent faire office d’un second séjour ou l’on peut manger, profiter de l’air extérieur. Et le style des différentes constructions doit s’harmoniser.

Merci Yohann, bonne continuation.
Parahi ia nae