Une page se tourne. De nombreux observateurs estiment que la période de facilité est révolue.Les temps sont durs, y compris pour des pays développés comme la France. “L’adaptation à la mondialisation” est le crédo de nombreux gouvernements. Et la Polynésie française ne pourra éternellement repousser cette question à l’ombre d’un Etat que l’on croit prodigue pour l’éternité et échapper, ainsi, à une remise en cause fondamentale qui exigera de tout le monde courage et audace.

Après les faux-débats nombrilistes qui ont pollué les discussions entre les forces vives du Pays et qui ont détourné inutilement l’énergie de nos hommes politiques, le temps de la réflexion stratégique est venu. Quels objectifs à 10 ans nous fixons-nous ? Quelle place de la Polynésie dans le monde ? Quelle stratégie mettre en oeuvre pour valoriser nos quelques atouts ? Quelles actions prioritaires mener au plan économique et social ?

Cette réflexion est d’autant plus nécessaire que, partout dans notre pays, de nombreux indicateurs d’alerte s’allument : la gestion des communes polynésiennes laisse à désirer, de nombreuses sociétés d’économie mixte voient leurs déficits s’aggraver dangereusement, des établissements publics ne peuvent plus correctement remplir leurs missions, l’administration du Pays ne raisonne pas en objectifs, en programmes et accepte encore moins l’évaluation de son action. Même l’office des postes se porte mal. Au-delà de l’alternance politique et du comportement de nos notables, la question de notre performance globale se pose. Car nous sommes tous concernés.

De plus en plus, dans toutes nos administrations, dans toutes nos entreprises, quelles que soient leur forme, l’heure d’un bon “management” est venu. Dans le secteur public, le “spoil system” à l’oeuvre a vu la succession rapide, en l’espace de deux ans, d’équipes dirigeantes différentes. A la tête de nos établissements publics, Y a succédé à X et Z vient de succéder à Y . Mais, X,Y et Z ont-ils été de bon “managers” ? Ont-ils été conscients de leurs responsabilités ou n’étaient-ils intéressés que par la sinécure ? Au vu des résultats qui tombent jour après jour, la réponse n’est, à priori, pas positive. Des dizaines de milliards de francs sont en jeu.Et le nouveau gouvernement aura fort à faire pour redresser la barre.

L’élite économique et technico-administrative est, par définition, restreinte dans une petite communauté comme la nôtre. Et c’est là que la nouvelle génération polynésienne peut apporter sa contribution. A condition qu’on lui donne sa chance et qu’on ne “parachute” pas toujours les mêmes aux postes de responsabilités, quelles que soient leurs performances passées, au prétexte qu’ils sont de la bonne couleur ou qu’ils sont malléables aux caprices de nos élus.

En conséquence, je propose qu’au moins dans le secteur public du Pays, des communes et dans tous leurs organismes satellites, on recrute une nouvelle génération de “managers” qui puissent travailler en binôme avec les responsables actuels. Le défi à relever est de moderniser toutes ces structures publiques et de les rendre performantes. Car il en va de l’efficacité de la dépense publique. De notre argent.