Crise oblige, les acteurs de la société montent au front. Il n’y a rien d’étonnant dans l’action de Gilles YAU et dans les “funérailles économiques” qu’il célèbre. Rien non plus d’étonnant dans l’action de la sphère syndicale visant à réveiller un pouvoir passif. La véritable crise n’est pas les blocages des routes, encore moins des appels à la grève générale. Ces actions ne sont que la résultante. Tout cela vous étonne ? Cette crise qui jubile et qui nous dépasse est bien plus perverse. À vrai dire, personne n’en dénude le sens. Où est “cette foutue crise bon dieu?” Du tourisme qui stagne, de l’économie qui coule, ou des relations Etat-territoire qui se dégradent ? Non aucunement, ce ne sont que des conséquences de cette dérive. Le pouvoir politique collabore avec cette crise. Les Polynésiens eux, il faut se l’avouer, n’ont pas fait l’effort pour se dépasser eux-mêmes et apporter des réponses à des questions qu’ils ne se posent même pas. Qu’ils soient sous la houlette orange ou bleue, ils n’ont pas respecté leur devoir. Et aujourd’hui, c’est toute une culture de l’espoir qui prend le contre-pied de cette passivité populaire. On est là à attendre que les routes se dégagent, que les grèves se suspendent, et la crise se résout. Et quoi encore ?

Nous avons légitimé l’incompétence du pouvoir. Nous avons réclamé le progrès, tout en cultivant le rejet. Rien de plus invraisemblable ! Mais voilà où nous en sommes. Osez dire que ma pensée s’enlise dans un délire pas possible, c’est faire acte de mauvaise foi. Vous retrouvez-vous dans cette société en surabondance, alors même que nous vivons sur 20% de fonds propre ? Où le politique a construit son microcosme, impose son clientélisme ou son racisme et s’isole des valeurs de notre société ? Dites merci aux bloqueurs, les révélateurs de notre plus grande crise identitaire. Que voyez-vous dans cette action ? Un acte illégal, de gêne, d’entrave à nos actions. Eh oui, c’est à ce moment précis que vous vous rendez compte que la liberté est finalement un luxe. Alors défendez-là !

De quelle crise parle t-on donc ? L’abstention aux élections récite ce poème du déclin. C’est une désaffection populaire encore plus grandissante qui se meut en chacun de nous. Et pire depuis quelques mois, les polynésiens ont divorcé avec la politique, un peu comme en France, d’où le désir de Nicolas Sarkozy “de réconcilier les français avec la politique”. Les Polynésiens ont en marre des promesses sans suite, des aveux sans causes, ou des mensonges par omission. La France le vit, le divorce entre politique et peuple, c’est l’aveu de faiblesse d’une démocratie accablée par des valeurs en recul. Nous ne devons pas en arriver là, car contrairement à la France, nous ne sommes pas entraîné par la machine de la mondialisation et des valeurs qu’elle impose, et donc si le politique divorce avec le peuple, c’est l’anomie, et la mort certaine de notre pacte social qui peut à tout moment se transformer en cancer social. Ce sera le début du rejet, de l’individualisme, et un repli légitime sur toutes les formes de gouvernances qui ont mis en faillite l’histoire. Je cultive l’espoir que nous n’en arrivions pas là.


Rien de difficile aujourd’hui pour mettre fin à tout ce conflit de pensée pour rétablir le dialogue. C’est ici que je remercie les bloqueurs, ils tentent de réconcilier la société avec le pouvoir qui s’isole en dépit même des moyens utilisés. Oui Ronald, vous avez fait le premier pas. D’ici là, il nous faut mener les consciences vers une pensée en acte, et construire une société en devenir, en valorisant le patrimoine de nos valeurs.