Sortir de notre bulle

Par Pépé Tama • 7 October 2006

Tous les débats, toutes les réflexions, toutes les polémiques au sein de la classe politique, entre la classe politique et les syndicats de salariés ou d’employeurs, entre syndicalistes et employeurs, souffrent d’une faiblesse chronique : il ne prennent pas assez en considération la dimension extérieure.

La mondialisation, encore une fois, n’est pas une donnée qui nous est externe. Ceux qui devraient être l’avant-garde du peuple, à savoir les membre de la classe politique et les « notables », sont très peu réceptifs au monde qui les entoure, même si certains d’entre eux se balladent beaucoup pour, soit disant, s’inspirer d’expériences étrangères ( ordures ménagères, agriculture, aquaculture, pêche…) dont on ne voit pas le début d’un commencement de réalisation dès leur retour au pays.

Ce monde change à une rapidité stupéfiante. Ces transformations du monde exigent de notre part réactivité et capacité d’adaptation. Pourtant, la sphère publique parait inerte, les débats trop nombrilistes, trop « polynésiano-polynésiens » et les solutions proposées souvent erronées. Il en est ainsi de la volonté d’augmenter de manière considérable, en un trop court laps de temps, le SMIG polynésien et ce, sans considération de productivité, de spirale inflationniste prix-salaires et donc de perte de compétitivité et de chômage accru, notamment des personnes peu qualifiées, à moyen terme.

Et, demain, la classe politique qui nous gouverne fera semblant de s’étonner que les produits locaux sont tous plus chers que les produits importés, que notre tourisme stagne, que nos exportations de biens n’arrivent pas à décoller, que les investisseurs extérieurs s’intéressent peu à la Polynésie française et que, finalement, notre économie ne crée pas d’emplois suffisants pour les jeunes générations qui se présentent sur le marché du travail.

On ne peut repousser la mondialisation. Elle est là et il faut faire avec. Elle apporte autant de problématiques nouvelles que de bienfaits. Parmi ceux-ci la circulation des idées, l’échange entre les cultures, la diffusion du progrès scientifique et des innovations et un effondrement spectaculaire du prix des biens de consommation, en particulier de haute technologie, dont nous profitons tous les jours.

On nous fait croire qu’on a le temps, qu’il est possible de différer les solutions pour lutter contre la cherté du coût de la vie, pour insuffler plus de concurrence dans une économie sclérosée par les rentes de situation , les monopoles divers et les règlementations obsolètes.

Quelquefois même, on nous fait croire que l’on peut faire l’inverse de ce qui se fait habituellement ailleurs. On veut se protéger encore plus derrière des barrières artificielles. Les gouvernements successifs, avec la complicité des syndicalistes et des patrons au sein des activités concernées, veulent ainsi protéger nos agriculteurs, nos pêcheurs, nos industriels, nos artisans de la concurrence extérieure, alors que les économistes savent depuis longtemps que cette voie est une impasse. La seule voie de sortie est par le haut : par plus de productivité, par plus de qualité, par plus de professionnalisme, par plus de compétence, par plus d’innovation et donc par plus de compétitivité. C’est,bien sûr, une voie exigeante, mais c’est la seule voie possible pour notre Pays.

Aussi, le recours à des boucs émissaires, comme le traduit la loi sur la protection de l’emploi local, les propos xénophobes, les solutions préconisant le repli sur soi… est en fait un refus de voir la réalité en face, et, par là même, une volonté de bercer le peuple d’illusions. A force de refuser un état des lieux franc et lucide, on se dissimule la réalité et on la dissimule aux polynésiens. Mais cette réalité finira toujours par se venger. Il vaut mieux donc la regarder en face. Et le plus tôt sera le mieux.

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Commentaires

Par 66 ans le 8 October 2006 at 16:56

magnifique constat du fonctionnement du monde moderne, mais qui aura le courage en Polynésie comme en Métropole d’ailleurs de regarder les choses en face :les populations devenues individualistes et corporatives ne sont toujours pas prêtent à entendre la réalité, même si certaines peuvent comprendre mais en refuse les remèdes

Par gerald le 9 October 2006 at 1:51

La Polynésie somnole, protégée des affres de la mondialisation par les perfusions métropolitaines, tous les secteurs de l’économie traditionnelle de Polynésie sont menacés par une concurrence de plus en plus acharnée, le tourisme, l’industrie perlière, les cultures comme le noni qui ont été implantées ailleurs (Thaïlande, Costa Rica). Mais cela n’inquiète pas les polynésiens, ils semblent heureux dans leur bulle, image de carte postale ou de « travel guide ».

Néanmoins la carte postale a un revers bien sombre, le paradis a son enfer.

1) Le gaspillage éhonté des fonds publics tels que pratiqué depuis 20 ans.

2) L’incurie persistante dans la maintenance et le développement des infrastructures, alors que les fonds pour y remédier sont présents sur le territoire.

3) Le saccage des récifs et de l’environnement marin et terrestre qui est le principal capital du pays.

4) La pollution et le rejet d’ordures tout azimut, qui transforment le paradis en cloaque.

5) La pauvreté et la marginalisation croissante dans un des pays les plus richement dotés au monde. Et son corollaire, l’augmentation de la délinquance et des agressions.

6) La relative faiblesse de l’investissement local.

7) La dépendance aux technologies extérieures, mais aussi aux savoirs et aux compétences extérieures.

Et sans doute d’autres points que l’on peut s’amuser à lister.

Peut-être, que la fin des aides métropolitaines et l’indépendance permettrait-elle de crever la bulle qui par certain côté est aussi un abcès et obligerait à un taui (ou mieux dit un tioi) radical cette fois, comme dit le dicton : « la nécessité fait loi ».

Une micro-économie (une économie qui n’a pas une taille critique) dans un monde globalisé, c’est à dire livré en pâture aux grandes puissances (dont la France a de plus en plus de mal à faire partie) ne peut survivre que grâce aux investissements immédiatement rentables venant de l’extérieur, mais la face cachée, c’est que ces investissements ne sont effectués que quand l’essentiel des profits repartent vers l’extérieur et ne laisse sur place que des miettes. Ceci n’est que mon expérience des petites nations parvenues récemment à l’indépendance, il suffit de regarder autour de vous dans le Pacifique, mais aussi aux Caraïbes, en Afrique, etc…

Il en va des nations comme des planètes, les plus petites se satellisent autour des plus grosses, dans le carrousel des nations, la Polynésie et ses 250000 habitants apparait comme un astéroïde dont monsieur Temaru semble souhaiter qu’elle change d’orbite pour se satelliser autour de la Nouvelle Zélande ou de l’Australe. Alors on trompe les gens, surtout les plus défavorisés en leur proposant une fausse indépendance à la place d’une vraie autonomie.

Par gerald le 9 October 2006 at 1:51

La Polynésie somnole, protégée des affres de la mondialisation par les perfusions métropolitaines, tous les secteurs de l’économie traditionnelle de Polynésie sont menacés par une concurrence de plus en plus acharnée, le tourisme, l’industrie perlière, les cultures comme le noni qui ont été implantées ailleurs (Thaïlande, Costa Rica). Mais cela n’inquiète pas les polynésiens, ils semblent heureux dans leur bulle, image de carte postale ou de « travel guide ».

Néanmoins la carte postale a un revers bien sombre, le paradis a son enfer.

1) Le gaspillage éhonté des fonds publics tels que pratiqué depuis 20 ans.

2) L’incurie persistante dans la maintenance et le développement des infrastructures, alors que les fonds pour y remédier sont présents sur le territoire.

3) Le saccage des récifs et de l’environnement marin et terrestre qui est le principal capital du pays.

4) La pollution et le rejet d’ordures tout azimut, qui transforment le paradis en cloaque.

5) La pauvreté et la marginalisation croissante dans un des pays les plus richement dotés au monde. Et son corollaire, l’augmentation de la délinquance et des agressions.

6) La relative faiblesse de l’investissement local.

7) La dépendance aux technologies extérieures, mais aussi aux savoirs et aux compétences extérieures.

Et sans doute d’autres points que l’on peut s’amuser à lister.

Peut-être, que la fin des aides métropolitaines et l’indépendance permettrait-elle de crever la bulle qui par certain côté est aussi un abcès et obligerait à un taui (ou mieux dit un tioi) radical cette fois, comme dit le dicton : « la nécessité fait loi ».

Une micro-économie (une économie qui n’a pas une taille critique) dans un monde globalisé, c’est à dire livré en pâture aux grandes puissances (dont la France a de plus en plus de mal à faire partie) ne peut survivre que grâce aux investissements immédiatement rentables venant de l’extérieur, mais la face cachée, c’est que ces investissements ne sont effectués que quand l’essentiel des profits repartent vers l’extérieur et ne laisse sur place que des miettes. Ceci n’est que mon expérience des petites nations parvenues récemment à l’indépendance, il suffit de regarder autour de vous dans le Pacifique, mais aussi aux Caraïbes, en Afrique, etc…

Il en va des nations comme des planètes, les plus petites se satellisent autour des plus grosses, dans le carrousel des nations, la Polynésie et ses 250000 habitants apparait comme un astéroïde dont monsieur Temaru semble souhaiter qu’elle change d’orbite pour se satelliser autour de la Nouvelle Zélande ou de l’Australe. Alors on trompe les gens, surtout les plus défavorisés en leur proposant une fausse indépendance à la place d’une vraie autonomie.

Bien vu,Gérald.
Ton dernier paragraphe traduit bien la réalité.
Ajoute à cela l’ aveuglement volontaire de ceux qui préfèrent collaborer avec le pouvoir en place, le conforter, au nom de leurs intérêts immédiats.
Eux ne sont pas des défavorisés.
Il semble donc que la voie soit dégagée pour ce pouvoir.
On voit mal quel changement pourrait s’ effectuer dans l’ immédiat, étant entendu que demain il sera trop tard.
La présence franççaise pouvait pourtant conduire à ce que appelles une " vraie autonomie "….

Bien vu,Gérald.
Ton dernier paragraphe traduit bien la réalité.
Ajoute à cela l’ aveuglement volontaire de ceux qui préfèrent collaborer avec le pouvoir en place, le conforter, au nom de leurs intérêts immédiats.
Eux ne sont pas des défavorisés.
Il semble donc que la voie soit dégagée pour ce pouvoir.
On voit mal quel changement pourrait s’ effectuer dans l’ immédiat, étant entendu que demain il sera trop tard.
La présence franççaise pouvait pourtant conduire à ce que appelles une " vraie autonomie "….

La loi relative à la protection de l’emploi local est un scandale.Voilà un pays autonome, partie intégrante de la République, qui reçoit 150 milliards de F francs de transferts métropolitains (argent payé par les contribuables français !), qui induisent une grande partie du produit intérieur brut polynésien et des dizaines de milliers d’emplois salariés qui limite l’accès des ressortissants métropolitains à l’emploi !

Pourquoi ne pas aussi interdire les dizaines de milliards de francs d’investissements permis grâce aux investisseurs métropolitains du fait des lois de défiscalisation ( Pons, Paul, Girardin…) ?

Pourquoi aussi ne pas interdire les centaines de créations d’entreprises créées par les métropolitains et qui ont induit des milliers d’emplois en faveur des polynésiens ?

Avez-vous vu, vous, l’arrivée de dizaines de milliers de métropolitains depuis 40 à 50 ans ? A-t-on été ou est-on envahi par les métropolitains qui viennent piquer nos emplois ?

Cette discrimination au sein de la République est intolérable. Les métropolitains sont une minorité, qui plus est non représentée à l’Assemblée de polynésie française et en plus on la brime.En général, on protège les minorités ou on les encourage par des incitations. C’est tout simplement incompréhensible.

C’est purement un effet d’affichage pour la base militante du Tavini, car cette loi n’est en rien efficace, bien au contraire.

Je trouve vraiment que l’Etat accepte d’aller très loin dans la distorsion de l’unité de la République. Trop loin.

Par François le 12 October 2006 at 17:21

Je suis 100 % d’accord avec Gérald. Les constats rejoignent ceux qui ont fait l’objet de billets depuis la création de Politita.

La question est maintenant est d’esquisser et d’approfondir des solutions réalistes et des démarches innovantes.

L’investissement extérieur a ses défauts. Mais le problème, ce n’est pas que nous en avons trop, mais que nous n’en avons pas suffisamment. Les Lois Pons, Paul et Girardin nous ont sauvé du marasme sur ce point là. Car sans défiscalisation, qui aurait investi dans notre hotellerie, dans nos thoniers, dans notre compagnie aérienne, dans le bâtiment…. ?

Vu notre économie très particulière, il est toujours nécessaire d’utiliser des mesures exceptionnelles pour nous maintenir hors de l’eau.

Le problème, c’est qu’au lieu de revenir vers le lot commun des nations "normales", on s’en éloigne comme si rien n’avait changé depuis le système CEP.

Il n’y a qu’à voir les surenchères auxquelles on assiste ces temps ci en matière salariale.

La question de notre compétivité doit être mise au centre de nos débats. C’est une question de survie dans un monde difficile.

Par François le 12 October 2006 at 17:21

Je suis 100 % d’accord avec Gérald. Les constats rejoignent ceux qui ont fait l’objet de billets depuis la création de Politita.

La question est maintenant est d’esquisser et d’approfondir des solutions réalistes et des démarches innovantes.

L’investissement extérieur a ses défauts. Mais le problème, ce n’est pas que nous en avons trop, mais que nous n’en avons pas suffisamment. Les Lois Pons, Paul et Girardin nous ont sauvé du marasme sur ce point là. Car sans défiscalisation, qui aurait investi dans notre hotellerie, dans nos thoniers, dans notre compagnie aérienne, dans le bâtiment…. ?

Vu notre économie très particulière, il est toujours nécessaire d’utiliser des mesures exceptionnelles pour nous maintenir hors de l’eau.

Le problème, c’est qu’au lieu de revenir vers le lot commun des nations "normales", on s’en éloigne comme si rien n’avait changé depuis le système CEP.

Il n’y a qu’à voir les surenchères auxquelles on assiste ces temps ci en matière salariale.

La question de notre compétivité doit être mise au centre de nos débats. C’est une question de survie dans un monde difficile.

Par Gilles le 12 October 2006 at 17:25

Le thème de l’investissement est un thème majeur. Quand on voit la faiblesse de l’investissement public et les capacités d’autofinancement ridicules du budget du Päys, il y a de quoi s’inquiéter.

S’il n’y avait pas eu la DGDE, l’investissement public aurait été réduit à la portion congrue. Alors, adieu aux nouvelles routes, aux nouveaux aéroports, aux nouveaux logements sociaux…

Et dire qu’on nous annonce maintenant des aéroports internationaux…

Déjà pour un cable haut débit pour internet, on n’est même pas capable de mobiliser 8 à 9 milliards de F CFP !

C’en est risible….

A propose de "bulle", Remo Bodei cite Edgar Morin:nous vivons " au cinquième siècle de l’ ère globale ", ce qui renvoie en gros au moment de la rencontre des Nouveau et Ancien Mondes.
Il rappelle également la nécessité de regarder devant, le universel étant susceptible de " comprendre le singulier ", alors que " le contraire , lui, n’arrive jamais ".
Dis, Le Bop, si tes activités multiples te le permettent, relis donc " La philosophie au XXème siècle ", chez Flammarion, collection " Champs ".
Tu devrais en suggérer de toute urgence la lecture à ceux qui sont enfermés dans une logique réductrice, que tu condamnes très justement.

Par Pépé Tama le 15 October 2006 at 16:55

J’acheterais le livre pour le Bop , et penserais à ramener rimbaud du coté de nos lagons =)

 

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