En politique, en économie ou dans le domaine social, il est toujours plus facile de faire des constats que de faire des propositions. Ici, comme ailleurs, le chômage, la pauvreté, l’exclusion sociale, l’habitat précaire touchent une partie significative de notre population. Toute la classe politique s’accorde sur ces constats énoncés à l’occasion de colloques, séminaires, tables rondes et consignés dans divers rapports.
Les objectifs peuvent être identifiés sur la base de ces constats : réduire le chômage, construire plus de logements, promouvoir la justice dans tous les domaines… Le problème surgit lorsqu’il s’agit d’envisager les programmes, les actions, les mesures ou les moyens pour parvenir aux objectifs fixés.
Je prendrai un exemple d’actualité : celui de promouvoir une plus grande justice sociale. Il peut nous venir tout de suite à l’esprit l’idée d’augmenter le SMIG, les prestations sociales, le nombre de fonctionnaires ( pour créer de l’emploi), de construire plus de logements sociaux, d’augmenter les minimas sociaux en faveur des handicapés, des personnes âgées…
La démarche est séduisante : comment y résister ? Personne n’accepte les inégalités. Personne ne veut un Pays moins social. Personne ne prétend qu’un chômeur vit heureux, ou qu’avec le SMIG, il est possible pour une famille de joindre les deux bouts. Il faut, bien sûr, améliorer le sort de tous ceux qui souffrent. Ce n’est pas qu’une question d’humanité, c’est l’intérêt même de la société dans son ensemble, c’est la condition de son équilibre et de sa cohésion.
Mais avant de distribuer, encore faut-il créer des richesses. Or, le gouvernement actuel, sous la houlette de Jacqui DROLLET, est plus préoccupé par la redistribution des revenus que par la création de nouvelles richesses, source de nouveaux emplois et de nouveaux revenus pour les polynésiens. C’est conforme à l’idéologie socialiste qui est toujours de distribuer des richesses qui n’existent pas, notamment par l’augmentation des impôts, des taxes et des cotisations sociales.
La question de l’augmentation très importante du SMIG est révélatrice de cette idéologie. En agissant de manière autoritaire, dirigiste, déconnectée des gains réels de la productivité, le gouvernement troque l’espérance d’une vie plus confortable contre le risque certain d’une précarité implacable. Augmenter le SMIG sans tenir compte des réalités économiques, c’est conduire les entreprises polynésiennes à diminuer l’activité, à réduire l’embauche, à licencier par dizaines. Ce que certains gagneront, beaucoup plus le perdront. Et ce n’est pas en mettant en place des usines à gaz comme le DARSE, compensation payée aux entreprises avec l’argent de nos impôts, que l’on va y arriver.
Porter autoritairement le SMIG à 150.000 F CFP, c’est aller à l’encontre des lois économiques les plus élémentaires : des milliers de polynésiens non qualifiés ne sont déjà pas embauchés au SMIG actuel, qui plus est, largement augmenté depuis deux ans, par les entreprises. Croyez-vous qu’ils le seront plus avec un SMIG porté progressivement à 150.000 F CFP par mois ?
De plus, cette augmentation inconsidérée du SMIG provoquera des conséquences négatives au sein des entreprises : de plus en plus de salariés seront rémunérés juste au SMIG et la hiérarchie des salaires sera écrasée à un point tel que les salariés les plus motivés et les plus qualifiés seront découragés.
Cette mesure absorbera toutes les marges de manœuvre des entreprises en matière de politique salariale. Elle ne concernera que les polynésiens qui touchent le salaire minimum et pas ceux dont le niveau de rémunération est légèrement supérieur et dont les salaires n’augmentent pas depuis des années. Ce n’est plus chacun selon ses efforts, son ancienneté dans l’entreprise et les performances de celle-ci, c’est chacun la même chose.
Cette mesure réduira à néant les efforts de compétitivité de nos entreprises, notamment celles qui exportent des biens ou des services : hôtellerie, tourisme, perles, agro alimentaire….
C’est par le dynamisme de notre économie que l’on règlera les problèmes sociaux énoncés au début du commentaire. Il ne faut pas se tromper de moyens pour arriver aux buts que l’on se fixe. Il incombe au gouvernement de susciter ce dynamisme en créant un environnement favorable à la création de richesses. A force de vouloir redistribuer de manière dirigiste sans se préoccuper de la création de richesses, le gouvernement ne fera qu’appauvrir les classes moyennes sans enrichir les pauvres. C’est ce que l’on constate actuellement avec l’accélération de l’inflation et l’enclenchement de la spirale infernale « augmentation du SMIG- augmentation des prix – augmentation des salaires… » Les salariés polynésiens voient bien qu’ils sont les dindons de la farce, car toute augmentation nominale des salaires est neutralisée par la hausse des prix.
En conséquence, Monsieur Jacqui DROLLET, le gouvernement et la majorité auraient tort de s’enfermer dans cette voie là, car elle ne conduit qu’à une impasse. Ce ne sont que des apprentis sorciers qui nous imposent de faux remèdes.