J’ai regardé attentivement Jean-Christophe BOUISSOU, hier soir, sur TNTV et j’avoue avoir été séduit par ses propos toujours argumentés et circonstanciés tout en étant modérés sur la forme. L’une des journalistes a bien tenté timidement de le déstabiliser par des questions hors de propos ou visant à le détourner de l’objet du jour, à savoir les gros défauts de l’édifice du collectif budgétaire n° 3 concocté par le gouvernement, mais rien n’y a fait : Monsieur BOUISSOU a eu des réparties intelligentes et démonstratives.

Je crois bien que nous avons assisté à l’émergence d’une opposition qu’attendait la nouvelle société polynésienne : une opposition qui travaille ses dossiers, qui est en contact permanent avec la population, qui critique, certes ( c’est sa fonction puisqu’elle n’est pas en situation de “gouvernance” : il ne faut pas inverser les rôles, Mademoiselle la journaliste !), mais qui propose aussi des solutions alternatives. A charge pour le Gouvernement d’écouter et d’infléchir éventuellement ses choix à l’éclairage du débat démocratique.

Monsieur BOUISSOU maitrisait à l’évidence son sujet :

- le train de vie exorbitant de ce gouvernement, supérieur au à celui du gouvernement précédent, à “périmètre” égal;

- les engagements électoraux non tenus;

- l’inadéquation des projets gouvernementaux avec la réalité de la vie de tous les jours des polynésiens. On retiendra notamment la suppression de toute ligne budgétaire visant à améliorer nos infrastructures routières et l’abandon du Pôle de Faratea;

- le dérapage des impayés des logements sociaux depuis le Taui, lié aux promesses démagogiques faites à des milliers de polynésiens habitant ces logements sociaux ;

- la baisse considérable du rythme de construction des logements sociaux;

- le saupoudrage clientéliste des opérations d’investissement en faveur des élus des îles récemment ralliés, alors que les trois quarts de la population vivent aux îles du vent ;

- la bombe à retardement de l’emploi, alors que les statistiques de créations d’emplois ont été artificiellement gonflés par les nouveaux salariés et ex patentés d’ Air Tahiti ou sont complètement indépendantes des initiatives du gouvernement (chantiers hoteliers aux iles sous le vent, recrutements d’Air Tahiti Nui)…

- la disparition du fonds de roulement du Pays ;

- l’accroissement du niveau d’endettement global du Pays ;

- l’annonce du nouveau train de taxes programmé par le gouvernement en vue de boucler ses futures fins de mois et, surtout en vue de se désengager du régime de solidarité territorial;

- l’absence de partenariat suivi avec l’Etat qui réduisent de manière importante les financements nécessaires à notre développement ;

- l’erreur stratégique du gouvernement qui, par sa décision d’ouvrir la ligne Papeete-New York-Paris, a conduit au déficit vertigineux de notre compagnie Air Tahiti Nui ;

- les déclarations répétitives sur l’indépendance, alors que les polynésiens n’ont pas mandaté le Président du Pays à ce propos ;

- les difficultés à venir du BTP du fait du défaut de programmation des investissements publics ; …

Nous avons eu véritablement un bol d’oxygène en ces temps de complaisance médiatique ou de propagande éhontée sur cette même chaine (TNTV) payée par nous, contribuables, à hauteur de plus d’un milliard de francs CFP par an… C’est d’autant plus paradoxal que nous sommes censés être dans une période où la “parole est libérée”.

Grâce à cette qualité d’argumentation, on peut espérer renouer avec la noblesse de la politique en Polynésie française.

C’est cela la démocratie.

Félicitations, Monsieur BOUISSOU !