Si vis pacem para bellum
Jean-Marius RAAPOTO l’a dit : l’élève polynésien doit maitriser au moins trois langues. C’est, selon lui, le prix d’une ouverture sur le monde et de l’excellence.
Quelles langues, au fait ? Le français, l’anglais et le reo maohi, selon le Ministre. Et le français, l’anglais et l’espagnol ( largement diffusé en qualité de seconde langue dans le secondaire) ? Et le français, le reo maohi et l’espagnol ? Et le français, l’anglais et l’allemand ? Et le français, l’anglais et le mandarin ? Et le français, l’anglais, le reo maohi et l’espagnol ? Celà ne fait-il pas 4 langues ? Etc, etc… On nage en pleine confusion.
Actuellement, avec le français et l’anglais, ou avec le français et le reo maohi, nos élèves sont-ils réellement bilingues à la fin de leur scolarité ? Croit-on vraiment qu’en rajoutant une ou deux heures, par ci-par là, d’anglais ou de reo maohi, le trilinguisme de nos jeunes sera effectif ? Le Ministre de l’Education croit-il ce qu’il dit ? S’il y croit, ne s’illusionne-t-il pas ou ne nous berce-t-il pas d’illusions en décrétant le trilinguisme ?
En fait, le bilinguisme de la Polynésie française est aussi mythique que le sera peut-être un jour son trilinguisme, mais cela n’empêche pas la Polynésie d’exister. Sa cohésion ne dépend pas de son bilinguisme, puisque le nombre de citoyens capables de s’exprimer en deux langues a toujours été relativement restreint.
Il n’est pas nécessaire à une nation de parler la même langue ou de parler les deux (trois, etc.) mêmes langues, il lui suffit d’imaginer qu’elle parle la même langue. Les nations sont des communautés imaginaires, comme l’a démontré Benedict Anderson, elles ont besoin de croyances et de mythes pour tenir le coup. En “poussant” le reo maohi et l’anglais et en “décrétant” la généralisation du trilinguisme, le Ministre de l’Education ne change presque rien dans les faits. On pourrait même dire qu’il ne fait que s’adapter à la réalité.
En fait, la prise de position avait, là aussi, avant tout, une fonction idéologique : relativiser le français. Le Ministre touche au français, il touche au mythe du français comme langue nationale en Polynésie française. Une “relativisation” au nom de son idéologie indépendantiste. Au nom de “Maohi Nui”, il veut commencer à forger à bon compte un nouveau nationalisme.
Dans quelques années, on ne pourra que constater les dégâts d’une telle stratégie, qui se veut ambitieuse, mais qui, en fait,sera surtout complètement irréaliste.L’élève polynésien “moyen” est comme n’importe quel autre élève de par le monde : on ne peut lui demander l’impossible. Et le vouloir trilingue, c’est lui demander l’impossible.
Que le Ministre se dise qu’il n’est plus dans le monde du concept et de la recherche. Il lui faut revenir à la réalité.Mais veut-il être gouverné par le principe de réalité ?
Rappelons-nous les dictons populaires : “qui trop embrasse mal étreint” ou “il ne faut pas courir plusieurs lièvres à la fois”. A force de vouloir tout maitriser, on ne maitrise rien. A méditer…
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Patrick 23 août 2006 à 22:18
On ne se concentre pas sur les vrais problèmes de l’éducation en Polynésie avec des thèmes comme le trilinguisme. Le Ministre se trompe sur les vraies causes de l’échec scolaire en exagérant la cause linguistique. En mettant en avant cette cause, j’ai bien peur que l’onse trompe.
Et ce sont encore les familles pauvres qui seront les dindons de la farce, alors que les enfants de familles aisées sauront se concentrer sur les éléments qui font la réussite : assiduité, méthode, travail personnel, persévérance, établissements de qualité, choix des bonnes filières. Il ne s’embarrassent pas de ce type débat sur le trilingisme, qui, pour eux, est un peu un débat sur le sexe des anges.
Il faut revenir aux choses simples, mais qui sont fondamentales.
Mana 24 août 2006 à 13:40
Nous sommes une nation ayant une culture, un patrimoine, donc une langue. Nous sommes un pays qui a été colonisé, donc un pays qui a due se mélanger à une culture étrangères, autre. Nous sommes un territoire à travers un autre Etat qui a due s’adapter, se modifier pour pouvoir exister. Nous sommes en tout une civilisation qui a évolué de part son mouvement (maori) de part son attachement (maohi) de part sa culture (hiro’a), alors oui, oui nous sommes un peuple qui n’a pas de réel problème linguistique.
La plupart des mots polynésiens sont tirés de l’anglais, le fait de prononcer le « h » aussi, et tout ça fait que nous sommes des personnes facilement bilingues.
Et je pense que c’est une force, maintenant je suis peut-être ancré dans une fausse conviction…mais j’y croit et peut-être qu’un jour ça va se réaliser
Mana 24 août 2006 à 13:40
Nous sommes une nation ayant une culture, un patrimoine, donc une langue. Nous sommes un pays qui a été colonisé, donc un pays qui a due se mélanger à une culture étrangères, autre. Nous sommes un territoire à travers un autre Etat qui a due s’adapter, se modifier pour pouvoir exister. Nous sommes en tout une civilisation qui a évolué de part son mouvement (maori) de part son attachement (maohi) de part sa culture (hiro’a), alors oui, oui nous sommes un peuple qui n’a pas de réel problème linguistique.
La plupart des mots polynésiens sont tirés de l’anglais, le fait de prononcer le « h » aussi, et tout ça fait que nous sommes des personnes facilement bilingues.
Et je pense que c’est une force, maintenant je suis peut-être ancré dans une fausse conviction…mais j’y croit et peut-être qu’un jour ça va se réaliser
Pascal 24 août 2006 à 22:09
Mana, as-tu des statistiques qui te permettent d’affirmer que les polynésiens " sont des personnes facilement bilingues" ? En tous les cas, ce n’est pas ce que j’observe tous les jours.
Toi qui es de la génération "jeunes", as-tu constaté des jeunes de ta génération qui parlent PARFAITEMENT le français et le reo maohi ? ou le français et l’anglais ? Constituent-ils la majorité des classes d’âge concernés?
J’ai plutôt constaté des jeunes qui s’exprimaient, au moins en reo maohi, dans un "bichelamar" peu glorieux. Il n’y a qu’à voir les interviews de jeunes polynésiens sur RFO ou TNTV avec leur reo maohi hésitant.
Maintenant, le vouloir, bien sûr, c’est tout à fait louable comme intention ou comme objectif, mais le pouvoir, c’est autre chose !
En tout état de cause, rien n’empêche quelqu’un qui veut maitriser deux, trois, quatre langues de le faire dans le cadre de la société polynésienne actuelle.
La question de fond est : faut-il l’imposer à tout le monde ? N’y a-t-il pas d’autres priorités éducatives ? Quel objectif recherche-t-on dans l’éducation de chaque jeune ? Est-ce maitriser deux, trois ou quatre langues ? Est-ce obliger tout le monde à maitriser le reo maohi ? Pourquoi faire? En tous les cas, ce n’est pas pour lui permettre poursuivre le plus loin possible sa scolarité, car le reo maohi à l’Université ou dans une école d’ingénieurs ne lui sera d’aucune utilité ( sauf à l’INALCO dit "langues O").
N’est-ce pas plutôt lui donner tous les moyens de réussir sa vie d’adulte, par une bonne insertion professionnelle et sociale ? Dans ce cas là, l’objectif n’est-il pas de le pousser à aller le plus loin possible dans ses études ?
Dire que le facteur linguistique est LE facteur de l’échec scolaire chez les jeunes reste à démontrer. Surtout que, comme l’a dit lebop, au moins 7 générations se sont succédé dans notre système scolaire durant le 20 è siècle jusqu’à maintenant.
Combinaison de causes ? Oui assurément. Dans ce cas là, complétons notre système éducatif. Et la proposition de lebop d’instituer des structures telles que le "kohanga reo" maori tel qu’il existe en Nouvelle-Zélande, pourquoi pas ? Iraient les jeunes qui estiment que leur difficulté provient de ce facteur linguistique et les parents de ces jeunes auront donc une nouvelle option ou filière à leur disposition. Mais obliger tout le monde, non.
Je pense qu’il ne faut pas se tromper d’objectif, ou, pire, se tromper de moyens dans la réalisation d’un objectif.
Pendant que de nombreux jeunes sont entrainés dans des voies de diversion, d’autres savent très bien réussir dans le système éducatif actuel. Et ils ne s’embarrassent pas de questions métaphysiques tels que le bilinguisme ou le trilinguisme.Car là n’est pas l’essentiel.
A un objectif correspond des moyens. Et chaque jeune, aiguillonné par ses parents, doit surtout définir son objectif à partir d’un certain âge ( 15,16,17 ou 18 ans). A partir de là, la question des moyens se résout facilement. Le tout est que le système éducatif actuel soit diversifié pour s’adapter à l’originalité de chaque jeune. Un système éducatif varié pour une diversité de la jeunesse.
Toute idéologie uniformisante enfermant le jeune polynésien dans un moule culturel unique sous prétexte "d’identité culturelle" est dangereuse.En ce sens, j’ai bien aimé la citation de lebop sur "identité".
rakim 24 août 2006 à 22:16
Anglais chinois et reo maohi! Fini le francais!
Karim 25 août 2006 à 16:53
Rakim vole haut dans ses arguments. Et ce n’est même pas du chinois ou du reo maohi, en plus. Des difficultés en reo maohi ?
Il faut aller voir le docteur RAAPOTO.
Karim 25 août 2006 à 16:53
Rakim vole haut dans ses arguments. Et ce n’est même pas du chinois ou du reo maohi, en plus. Des difficultés en reo maohi ?
Il faut aller voir le docteur RAAPOTO.
Etetera 29 août 2006 à 13:25
je n’ai pas tout Pascal mais je voulais juste vous faire de mes constatations :
mes vieux parlaient le reo tahiti, le français et l’anglais ; papa lisait et écrivait également dans ces langues.
Or, ils ne sont pas allés à l’école !? Cherchez l’erreur avec moi, pour ne citer que mon exemple, qui ait reçu des coups de règle en fer sur les doigts si j’avais le malheur de prononcer un seul mot en tahitien : seul le français était autorisé !
Résultat des courses : malgré mon niveau d’études, je n’arrive même pas à la cheville de mes vieux. Avons-nous un système d’éducation qui fabrique des "rebutés" aux langues ? Je me pose beaucoup de questions …
Etetera 29 août 2006 à 13:25
je n’ai pas tout Pascal mais je voulais juste vous faire de mes constatations :
mes vieux parlaient le reo tahiti, le français et l’anglais ; papa lisait et écrivait également dans ces langues.
Or, ils ne sont pas allés à l’école !? Cherchez l’erreur avec moi, pour ne citer que mon exemple, qui ait reçu des coups de règle en fer sur les doigts si j’avais le malheur de prononcer un seul mot en tahitien : seul le français était autorisé !
Résultat des courses : malgré mon niveau d’études, je n’arrive même pas à la cheville de mes vieux. Avons-nous un système d’éducation qui fabrique des "rebutés" aux langues ? Je me pose beaucoup de questions …
Alex 3 septembre 2006 à 15:18
Je suis pas toujours d’accord avec le gouvernement actuel mais je dois avouer que l’ambition de faire des jeunes de notre pays des trilingues est louable. Elle est, c mon avis perso, à encourager. J’ai eu une conversation sur ce sujet avec un ami dernièrement, et nous étions d’accord pour dire qu’il était dommage que nous ne parlions pas tahitien.
La langue tahitienne fait partie de notre identité pour nous, nés la bas, ou ayant grandi la bas, qui nous destinons à y vivre plus tard, sans distinction d’origine. Elle reste une langue régionale, cela n’en fait pas une langue de second rang. Loin de moi l’idée de dire que le tahitien prévaut sur le français mais ne méprisons pas ce qui fait notre identité.
Après pour l’anglais, notre situation géographique est un atout, il faut savoir l’exloiter et croyez le ou non, nous n’avons rien à envier aux élèves métropolitains.
Le français est pour beaucoup d’entre nous notre premiere langue, celle par laquelle nous apprenons, celle qui nous permet de faire des études, qui nous permettra de développer notre pays. Il est évident que le tahitien ne nous servira pas dans nos études supérieures mais est-ce une raison pour l’abondonner? Je ne crois pas.
Débat récurrent sur les langues régionales…
Mais elles contribuent toute, comme le kanak, le basque, le breton, le corse,…, à la richesse de la République française, dont aux dernières nouvelles nous faisons toujours partie.
N’oublions pas d’où nous venons mais ne crachons pas sur ce que nous sommes!
Alex 3 septembre 2006 à 15:18
Je suis pas toujours d’accord avec le gouvernement actuel mais je dois avouer que l’ambition de faire des jeunes de notre pays des trilingues est louable. Elle est, c mon avis perso, à encourager. J’ai eu une conversation sur ce sujet avec un ami dernièrement, et nous étions d’accord pour dire qu’il était dommage que nous ne parlions pas tahitien.
La langue tahitienne fait partie de notre identité pour nous, nés la bas, ou ayant grandi la bas, qui nous destinons à y vivre plus tard, sans distinction d’origine. Elle reste une langue régionale, cela n’en fait pas une langue de second rang. Loin de moi l’idée de dire que le tahitien prévaut sur le français mais ne méprisons pas ce qui fait notre identité.
Après pour l’anglais, notre situation géographique est un atout, il faut savoir l’exloiter et croyez le ou non, nous n’avons rien à envier aux élèves métropolitains.
Le français est pour beaucoup d’entre nous notre premiere langue, celle par laquelle nous apprenons, celle qui nous permet de faire des études, qui nous permettra de développer notre pays. Il est évident que le tahitien ne nous servira pas dans nos études supérieures mais est-ce une raison pour l’abondonner? Je ne crois pas.
Débat récurrent sur les langues régionales…
Mais elles contribuent toute, comme le kanak, le basque, le breton, le corse,…, à la richesse de la République française, dont aux dernières nouvelles nous faisons toujours partie.
N’oublions pas d’où nous venons mais ne crachons pas sur ce que nous sommes!
Daniel 3 septembre 2006 à 19:16
Alex, sans vouloir te vexer, je crois que tu n’as pas compris ou tu n’as pas lu les deux précédents billets de lebop et le commentaire ci-dessus de Pascal.
L’idée n’est pas de marginaliser ni d’exclure le reo maohi, mais de ne pas lui donner une prééminence causale sur d’autres facteurs de l’échec scolaire,et de là, ne pas en déduire une prééminence de cette même langue dans l’enseignement. Pour imposer, ensuite, une uniformisation dans les parcours d’apprentissage de nos élèves en "survalorisant" le reo maohi et une autre langue aux dépens du français.
Le reo maohi a tout à fait sa place. Lebop propose même de s’inspirer des "kohanga reo" en Nouvelle Zélande, pour résoudre les problèmes d’une certaine partie de nos jeunes qui auraient des difficultés du fait du facteur linguistique. Ce parcours particulier se ferait sur la base du volontariat des parents et des élèves. On rajoute donc à notre système une option supplémentaire, mais cette option n’est pas imposée à tous les jeunes, car leur besoins sont diversifiés, ainsi que leurs objectifs.
En fait, le résultat recherché est à l’inverse de celui que tu as compris. Il n’est donc pas question de cracher sur ce que nous sommes, mais il n’est aussi pas question d’aller à rebours de ce qu’est la jeunesse polynésienne contemporaine.
Entre parenthèses, il n’y a pas une langue kanak ( tout dépend des aires coutumières), et le breton, le corse, le basque… ne prédominent pas sur le français dans l’enseignement de l’éducation nationale au sein de ces régions.
Daniel 3 septembre 2006 à 19:16
Alex, sans vouloir te vexer, je crois que tu n’as pas compris ou tu n’as pas lu les deux précédents billets de lebop et le commentaire ci-dessus de Pascal.
L’idée n’est pas de marginaliser ni d’exclure le reo maohi, mais de ne pas lui donner une prééminence causale sur d’autres facteurs de l’échec scolaire,et de là, ne pas en déduire une prééminence de cette même langue dans l’enseignement. Pour imposer, ensuite, une uniformisation dans les parcours d’apprentissage de nos élèves en "survalorisant" le reo maohi et une autre langue aux dépens du français.
Le reo maohi a tout à fait sa place. Lebop propose même de s’inspirer des "kohanga reo" en Nouvelle Zélande, pour résoudre les problèmes d’une certaine partie de nos jeunes qui auraient des difficultés du fait du facteur linguistique. Ce parcours particulier se ferait sur la base du volontariat des parents et des élèves. On rajoute donc à notre système une option supplémentaire, mais cette option n’est pas imposée à tous les jeunes, car leur besoins sont diversifiés, ainsi que leurs objectifs.
En fait, le résultat recherché est à l’inverse de celui que tu as compris. Il n’est donc pas question de cracher sur ce que nous sommes, mais il n’est aussi pas question d’aller à rebours de ce qu’est la jeunesse polynésienne contemporaine.
Entre parenthèses, il n’y a pas une langue kanak ( tout dépend des aires coutumières), et le breton, le corse, le basque… ne prédominent pas sur le français dans l’enseignement de l’éducation nationale au sein de ces régions.