Jean Marius RAAPOTO : une combinaison étonnante et "détonnante" de pragmatisme et d’idéologie
Nous vous avions annoncé un examen critique de la réflexion et de l’action de notre Ministre de l’éducation : une semaine de rentrée “progressive” des classes nous ont laissé le loisir d’observer la “réflexion en acte” de Jean-Marius RAAPOTO. Ma foi : il n’y a pas eu discordance entre le discours et les actes, bien au contraire.
Le Ministre a pu chaque jour décliner divers aspects de sa stratégie avec un bon sens de la communication, malgré quelques “couacs”, ici et là, qu’il n’a pas masqué d’ailleurs : retards de certaines constructions scolaires et rentrée retardée de quelques centaines d’élèves, dortoirs et classes surchargées,programmes de rénovations d’infrastructures à enclencher d’urgence vu l’état de délabrement avancé de certaines infrastructures, désorganisation du transport scolaire, retard de programmation de nouveaux collèges et écoles, insuffisance de réserves foncières pour de nouveaux projets de constructions scolaires…
Bref, rien de bien rédhibitoire ou de non soluble pour un intellectuel qui sait être pragmatique quand il faut. Rien, s’il n’y avait pas ce “tronc commun idéologique” qu’il partage avec les dirigeants les plus en vue de l’UPLD (ou ce qu’il en reste) et du gouvernement. Une idéologie qui l’oblige à faire des grands écarts et qui l’empêche d’exprimer la totalité de ses atouts. Jugeons-en…
Une idéologie indépendantiste dont il se réclame ouvertement dans son entretien : il se dit “plus que jamais indépendantiste” et s’appuie sur le préambule de la Constitution française de 1946. “C’est inscrit dans la constitution, donc c’est quelque chose vers lequel nous tendons, dans le cadre d’une démarche démocratique, excluant le recours à la violence, mais par le bulletin de vote et le débat démocratique ».
« A terme, nous consulterons la population polynésienne, sur son désir ou son refus d’accéder à l’indépendance. Comme nous ne sommes pas dupes, il faudra développer ce pays suffisamment pour atteindre un bon niveau de développement éducatif, un rééquilibrage du développement de chaque archipel, pour correspondre à un régime et à niveau de vie plus harmonieux pour l’ensemble de la population. Si nous ratons, la population se prononcera contre. Cela veut dire que nous devons travailler pour le développement. A chaque fois que le Président fait une allusion à l’indépendance, je suis étonné de la levée de bouclier. Pourtant, il a énoncé, une bonne fois pour toutes, les conditions dans lesquelles cette indépendance serait proposée à la population. Nous n’avons plus à revenir là-dessus. »
J’avoue même ne pas comprendre certains de ses propos, tant ils me paraissent être ésotériques. Exemple, cette affirmation : « lorsqu’on parle d’indépendance économique, je préfèrerais parler d’interdépendance économique. Même la France s’inscrit dans cette situation d’interdépendance. Il faudra définir un système de développement économique spécifique au pacifique sud à l’intérieur duquel nous allons développer nos relations, mais toujours avec la France. Séparatisme et indépendance sont deux choses différentes. » Comprenne qui pourra….
Cette idéologie indépendantiste, prônant une identité culturelle “pure” qui n’existe plus dans les faits, l’oblige à survaloriser la dimension du bilinguisme et à mener une mission sacrée visant à mettre le reo maohi sur un “hyper piedestal”. Réfléchissons un peu : combien de générations d’élèves se sont-elles succédées sur les bancs de l’école depuis le début du XXè siècle ? Au moins sept générations… Peut-on encore affirmer qu’une majorité des parents sont monolingues en reo maohi ? Doit-on obliger TOUS les élèves a se “réapproprier” le reo maohi et à s’approprier l’anglais par un bilinguisme ou un trilingisme complètement utopique, du moins pour la majeure partie de nos jeunes ? Plutôt que d’imposer un moule uniforme et obligatoire à tous les élèves sur la base de considérations idéologiques, ne serait-il pas plus réaliste d’adopter la formule du choix volontaire sur la base des “kohanga reo” maoris qui existent en Nouvelle-Zélande ? Car, loin de moi l’idée de nier notre réalité culturelle, mais il ne s’agit pas aussi de proposer des réponses disproportionnées par rapport à la réalité de la polynésie contemporaine.
Pour satisfaire certaines lubies de sa majorité ou à ses penchants de chercheur émérite sur le reo maohi, le Ministre s’essaye à des “expérimentations”. Sur le principe des expérimentations, je n’ai rien contre, mais les motivations à l’origine de ces expérimentations sont discutables : maitrise du bilinguisme pour tous, survalorisation du reo maohi et de l’anglais, relativisation de la langue française, idéalisme sur la possibilité d’un parcours, de la maternelle à l’insertion professionnelle, en reo maohi…. Rappelons simplement que l’Algérie est complètement revenue sur sa politique “d’arabisation” de son enseignement, notamment à l’Université, et est revenu au français, langue véhiculaire d’excellence internationale.
En second lieu, je vois une contradiction de fond entre son affichage indépendantiste et sa façon, pour résoudre les problèmes matériels, de renvoyer à l’Etat comme “sauveur” financier ultime ou unique.Son culte des 4 ou 5 milliards que “doit” l’Etat ressemble un peu au culte du cargo…Une manière de repousser les problèmes que posent les enseignants, les parents d’élèves ou les élèves eux-mêmes à … plus tard.Quand ? On n’en sait rien. Pourquoi ne s’engage-t-il pas vers une autonomisation financière progressive du système éducatif polynésien ? Il serait effectivement cohérent avec sa propre idéologie, y compris même avec celle des autonomistes !
C’est donc bien dommage que la stratégie éducative de notre Ministre soit polluée par ces considérations idéologiques qui cassent la cohérence de sa démarche.
En fait, pour dire les choses franchement, c’est bien dommage qu’il soit indépendantiste : Jean Marius RAAPOTO aurait été un très bon ministre “autonomiste”. Il aurait eu, dans le cadre autonomiste, les moyens de ses ambitions, réelles, pour l’avenir des jeunes polynésiens.Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire…
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Commentaires
Il y a quand même eu de gros couacs !
" Tout s’est bien déroulé au collège de Taravao " affirmaient les médias et le ministre. Tu parles ! Les parents d’élèves sont furieux. D’une part, un collège de 8OO places reçoit plus de 1600 élèves (le double, rien que ça) et d’autre part, les élèves du CETAD ont tout simplement été installés dans le collège en attendant que les travaux de leur établissement soient terminés. Que dire des internats où l’on a cloisonné les dortoirs pour y entasser 6 élèves là où il n’y avait déjà qu’une place limitée pour 4.
Que dire du collège de Faa’a, la ville dont Oscar Temaru (entre deux voyages) est le maire! Pauvre collège ! " Il est en effet apparu que l’état de délabrement du collège n’offre pas aux élèves un cadre éducatif très réjouissant " déclare un professeur. 8 surveillants pour encadrer 1200 jeunes, pas d’infirmerie et des bâtiments qui font honte. Mais Raapoto a rassuré les incrédules : " deux collèges de 500 et 600 places sont en projet,mais il faudra attendre que l’on trouve d’abord les terrains !! ".
L’espoir fait vivre et ne coûte rien. A ce rythme, dans deux ans, ce sont 2000 élèves qui s’entasseront dans ce collège, probablement l’un des plus vétustes de Tahiti.
Je crois bien que l’inertie et/ ou l’absence de volonté du Gouvernement TEMARU de réellement négocier avec l’Etat des conventions visant à anticiper le rythme de constructions scolaires ou de rénovation est la cause principale de ce retard en matière d’infrastructures scolaires qui s’aggrave, qui plus est.
Le Ministre de l’éducation va effectuer son 4è voyage en quelques mois. Il faut espérer pour lui que le prochain voyage sera fructueux.
Mais je suis dubitatif, tant que son Président continuera à prendre de haut ou à rebrousse-poil, l’Etat. Si encore ce gouvernement se donnait les moyens de son discours…Des hochements de tête et des haussements de menton, çà ne va pas loin comme politique.
Je crois qu’il y a une maladie qui frappe pas mal de membres du gouvernement et des représentants de l’UPLD :c’est le "complexe de supériorité de l’ex-colonisé mal dans sa peau".Il engendre frustration, volonté de revanche et quelquefois xénophobie anti farani dans sa forme la plus pathologique.
C’est malheureux, car c’est le peuple qui souffre de cette absence de dialogue constructif avec l’Etat.La preuve dans l’Education…
Je voudrais vous faire part des extraits des commentaires qu’Antonio PEREZ, le leader de notre parti a émis à propos de la démarche de Jean-Marius RAAPOTO :
"On peut dès lors se poser la question de savoir comment ce technicien ( Jean Marius RAAPOTO), conscient de la nécessité impérieuse de bénéficier du soutien financier de l’État dans ce domaine (de l’éducation), peut cohabiter avec le militant pour l’indépendance qu’il est aussi.
Dans quel univers mental, à la fois dogmatique et idéaliste, évolue-t-il pour envisager un seul instant que les contribuables français accepteront ad vitam aeternam de contribuer à hauteur de 55 milliards de francs pacifique au budget d’un État polynésien devenu souverain ?
Avancer « la dette historique » des expérimentations nucléaires pour justifier un dû de la France à la Polynésie est un argument qui ne tient pas la route. Si « dette » il devait y avoir – ce qui reste encore à prouver au terme d’un bilan social, économique, culturel et sanitaire qui n’a toujours pas été établi d’une façon exhaustive et objective – il est peu probable qu’elle dépasserait ces 18 milliards d’ores et déjà accordés par le président Chirac. Comment notre système éducatif, dont on voit bien chaque jour à quel point il dépend entièrement du budget de la nation française, ferait-il donc pour se passer des 37 milliards passés à la trappe ?
Le discours indépendantiste, repris par Jean Marius RAAPOTO et selon lequel le Pays « libéré du joug colonial français » continuera de bénéficier de la solidarité nationale ne tient pas.
Alors que l’argent manque déjà dans les caisses de l’État, les élus de la Nation toléreraient-ils que les deniers publics – dont ils sont redevables devant leurs électeurs - soient dilapidés dans un « Paradis tropical » inaccessibles pour l’immense majorité de leurs concitoyens ?!
Soyons sérieux : chaque année députés et sénateurs remettent en cause l’un des piliers de notre croissance économique – l’indexation des salaires ou des retraites des fonctionnaires. L’indépendance de la Polynésie signifierait la fin de la plupart des transferts financiers et la possibilité de réorienter le pactole sur d’autres postes, socialement ou électoralement plus porteurs.
N’en doutons pas, en métropole aussi certaines forces politiques militent, par idéalisme ou par pragmatisme, pour un largage de cette Polynésie française, une « danseuse égotiste» que la République n’aurait plus les moyens de s’offrir". Fin de citation.
J’ai l’impression que nos analyses convergent, notamment sur le dogmatisme indépendantiste de notre Ministre de l’Eudcation, même si elles ne se basent pas totalement sur les mêmes arguments.
C’est là un éclairage complémentaire que je souhaitais porter à votre connaissance.
Je voudrais vous faire part des extraits des commentaires qu’Antonio PEREZ, le leader de notre parti a émis à propos de la démarche de Jean-Marius RAAPOTO :
"On peut dès lors se poser la question de savoir comment ce technicien ( Jean Marius RAAPOTO), conscient de la nécessité impérieuse de bénéficier du soutien financier de l’État dans ce domaine (de l’éducation), peut cohabiter avec le militant pour l’indépendance qu’il est aussi.
Dans quel univers mental, à la fois dogmatique et idéaliste, évolue-t-il pour envisager un seul instant que les contribuables français accepteront ad vitam aeternam de contribuer à hauteur de 55 milliards de francs pacifique au budget d’un État polynésien devenu souverain ?
Avancer « la dette historique » des expérimentations nucléaires pour justifier un dû de la France à la Polynésie est un argument qui ne tient pas la route. Si « dette » il devait y avoir – ce qui reste encore à prouver au terme d’un bilan social, économique, culturel et sanitaire qui n’a toujours pas été établi d’une façon exhaustive et objective – il est peu probable qu’elle dépasserait ces 18 milliards d’ores et déjà accordés par le président Chirac. Comment notre système éducatif, dont on voit bien chaque jour à quel point il dépend entièrement du budget de la nation française, ferait-il donc pour se passer des 37 milliards passés à la trappe ?
Le discours indépendantiste, repris par Jean Marius RAAPOTO et selon lequel le Pays « libéré du joug colonial français » continuera de bénéficier de la solidarité nationale ne tient pas.
Alors que l’argent manque déjà dans les caisses de l’État, les élus de la Nation toléreraient-ils que les deniers publics – dont ils sont redevables devant leurs électeurs - soient dilapidés dans un « Paradis tropical » inaccessibles pour l’immense majorité de leurs concitoyens ?!
Soyons sérieux : chaque année députés et sénateurs remettent en cause l’un des piliers de notre croissance économique – l’indexation des salaires ou des retraites des fonctionnaires. L’indépendance de la Polynésie signifierait la fin de la plupart des transferts financiers et la possibilité de réorienter le pactole sur d’autres postes, socialement ou électoralement plus porteurs.
N’en doutons pas, en métropole aussi certaines forces politiques militent, par idéalisme ou par pragmatisme, pour un largage de cette Polynésie française, une « danseuse égotiste» que la République n’aurait plus les moyens de s’offrir". Fin de citation.
J’ai l’impression que nos analyses convergent, notamment sur le dogmatisme indépendantiste de notre Ministre de l’Eudcation, même si elles ne se basent pas totalement sur les mêmes arguments.
C’est là un éclairage complémentaire que je souhaitais porter à votre connaissance.
Dortoir de Rurutu insalubre : ah oui, c’est vrai. On a chiffré le budget, mais on attend l’argent de l’Etat…
La semaine dernière et cette semaine, on a découvert, lorsque les journalistes se décident à faire des reportages "lucides" , à défaut d’être critiques, qu’il y avait de très nombreux problèmes matériels à régler dans notre système éducatif.
Le Ministre, à défaut de nous en parler spontanément, n’en disconvient pas et son discours est rôdé : il y a des retards de versement de l’Etat pour toutes ces rénovations et toutes ces constructions à réaliser, mais celà sera réglé dans les prochains mois et l’année prochaine, vous allez voir ce que vous allez voir …
Discours un peu facile, où le bouc émissaire, l’Etat, est tout trouvé.
Portant, il me semble que c’est la troisième année scolaire dont s’occupe notre Ministre de l’Education. Depuis le temps, il n’aurait pas eu le temps d’affiner ses programmations et anticiper les difficultés ?
Et puis, s’il avait le courage de ses idées indépendantistes, pourquoi ne demande-t-il pas à son gouvernement de lui avancer les sommes nécessaires en investissement pour régler les priorités les plus criantes ? Les polynésiens ne le méritent-ils pas ?
Une chose est de parler de la dignité du peuple polynésien dans l’abstrait, une autre chose est d’agir pour sa dignité concrète et quotidienne. Car certains détails de vie dans ces dortoirs insalubres sont assez cauchemardesques. Après, on s’étonne de l’échec scolaire.
Alors, Monsieur le Ministre, moins de discours philosophiques et un peu plus d’action concrète, s’il vous plait.
Dortoir de Rurutu insalubre : ah oui, c’est vrai. On a chiffré le budget, mais on attend l’argent de l’Etat…
La semaine dernière et cette semaine, on a découvert, lorsque les journalistes se décident à faire des reportages "lucides" , à défaut d’être critiques, qu’il y avait de très nombreux problèmes matériels à régler dans notre système éducatif.
Le Ministre, à défaut de nous en parler spontanément, n’en disconvient pas et son discours est rôdé : il y a des retards de versement de l’Etat pour toutes ces rénovations et toutes ces constructions à réaliser, mais celà sera réglé dans les prochains mois et l’année prochaine, vous allez voir ce que vous allez voir …
Discours un peu facile, où le bouc émissaire, l’Etat, est tout trouvé.
Portant, il me semble que c’est la troisième année scolaire dont s’occupe notre Ministre de l’Education. Depuis le temps, il n’aurait pas eu le temps d’affiner ses programmations et anticiper les difficultés ?
Et puis, s’il avait le courage de ses idées indépendantistes, pourquoi ne demande-t-il pas à son gouvernement de lui avancer les sommes nécessaires en investissement pour régler les priorités les plus criantes ? Les polynésiens ne le méritent-ils pas ?
Une chose est de parler de la dignité du peuple polynésien dans l’abstrait, une autre chose est d’agir pour sa dignité concrète et quotidienne. Car certains détails de vie dans ces dortoirs insalubres sont assez cauchemardesques. Après, on s’étonne de l’échec scolaire.
Alors, Monsieur le Ministre, moins de discours philosophiques et un peu plus d’action concrète, s’il vous plait.
Qu'en pensez-vous ?