La France coloniale, ici comme ailleurs ?

Par Roland • 12 August 2006

La raison d’être du discours indépendantiste et des propos racistes anti-popa’a, c’est bien entendu, l’idée que la France est un état colonialiste. Certes, les africains, les algériens ou les marocains ont vécu les heures de la colonisation, avec plus ou moins de malheur, de vexations, d’iniquités et de violence. Il ne s’agit pas nier que la Polynésie a été annexée à la France ni que les français se sont installés en Polynésie, mais peut-être conviendrait-il de souligner l’exception polynésienne en matière de politique coloniale française.
1. Les français sont arrivés à Tahiti avec une tout autre idée des natifs que lorsqu’ils ont débarqué en Afrique. Les écrivains des Lumières avaient déjà construit le mythe de la nouvelle Cythère, aucun peuple colonisé n’a eu cette auréole de mythe ailleurs qu’ici.
2. La ségrégation en vigueur dans les colonies françaises a toujours été moindre chez nous du fait de l’apparition rapide des Demis, groupe social actif, tant politiquement qu’économiquement : les acteurs de l’histoire de la Polynésie ne sont pas les agents de Paris mais les grandes familles locales.
3. L’intrusion de la France dans le cadre politique polynésien s’est fait à la demande de la Reine Pomare IV dont le pouvoir était affaibli par les chefs.
4.Le plus important, le 30 décembre 1880, la France annexe la Polynésie, mais la loi d’annexion donne la nationalité française aux polynésiens. C’est là un fait plutôt important, un fait à nul autre pareil. De fait, depuis 1880, la Polynésie est autonome au sein de la République, avec son Assemblée de notables locaux.
Cependant certains continuent de préférer se souvenir des 3 ans de combats entre 1844 et 1847, des morts tahitiens tombés sous les balles françaises, ceci donne du poids aux propos indépendantistes. On le voit, les discours actuels, non seulement exhortent à la haine et au racisme, mais en plus, réécrivent l’histoire, mensongèrement. Ainsi est-il dommage que certains utilisent ce mensonge à des fins politiques et que nombre de nos popa’a, au nom du sanglot de l’homme blanc, soient les premiers à fustiger la France en opinant du bonnet face aux propos tenus.
Entre contre vérité des uns, mauvaise conscience des autres, le paysage mental de nos tropiques est plutôt triste !

Commentaires

Par L'historien en herbe le 13 August 2006 at 21:28

Les définitions classiques de la notion de colonisation sont effectivement inadéquates dans le contexte océanien pour plusieurs raisons.

A l’opposé du cas africain, l’évangélisation a précédé la colonisation. Les missionnaires protestants et britanniques n’ontpas joué le rôle d’agent colonisateur. A la différence de la Nouvelle-Calédonie, l’appropriation du foncier reste réduite ; ce qui explique en partie l’échec de la colonisation de peuplement par les Français. La population autochtone, peu docile, refuse de travailler sur les grandes plantations ; ce manque de main d’oeuvre constitue un des principaux facteurs de l’échec de l’exploitation des terres et explique le recours à l’immigration.

La politique coloniale de la France manque de continuité. L’État français limite ses objectifs à une présence française dans le Pacifique qui se traduit par l’installation d’une administration française à Papeete dont l’influence reste limitée géographiquement et numériquement. L’insularité accentue les décalages entre les décisions prises par Paris et leur application.

Malgré l’action d’un puissant lobby favorable à l’expansion outre-mer, la politique coloniale française, entre 1881 et 1886, est qualifiée « d’attentisme » par Pierre-Yves Toullelan. Elle contraste avec les velléités d’expansion allemande dans le Pacifique dans un contexte de revanche par rapport à la défaite de 1871. Le percement du futur canal de Panama qui sera terminé en 1914, donne un intérêt économique accru au port de Papeete. A la différence de la situation de 1842, l’annexion de 1880 est rapide et ne provoque pas de contestations, à l’exception de la révolte des îles Sous-le-Vent.

En 1886, la nomination du nouveau gouverneur en la personne de Lacascade marque le début d’une politique d’intervention, et son action est facilitée par la durée de son mandat (1886-1893). Cette nouvelle stratégie coïncide avec un désengagement des Britanniques dans le Pacifique oriental. La France décide donc d’annexer les îles encore indépendantes proches des EFO comme les Australes ou les îles Sous-le-Vent.

Il existe une autre forme de colonisation non officielle et plus discrète de la part des potentats locaux d’origine étrangère ou métis appelés « demis ». Dans quelle mesure les dynamiques socio-économiques internes se substituent-elles à des pratiques coloniales expérimentées sur d’autres continents ? Il apparaît judicieux d’analyser dans la société des EFO, les contre-pouvoirs politiques (le gouverneur réduit les prérogatives des différents conseils ou assemblées s’opposant aux colons français ou d’origine étrangère), mais aussi les contre-pouvoirs économiques (échec des colons français et constitution des grandes fortunes « demies ») et sociaux (acculturation, l’école comme instrument politique, formation de nouvelles élites autochtones).

La Première Guerre Mondiale apparaît comme un tournant dans l’intégration des
insulaires à la Nation française. Après les effets de la grippe espagnole, les EFO connaissent un dynamisme démographique à partir de 1920. Dans le cadre de petites et moyennes exploitations, les autochtones choisissent des productions destinées à l’exportation et participent ainsi à une économie de traite.

Par L'historien en herbe le 13 August 2006 at 21:28

Les définitions classiques de la notion de colonisation sont effectivement inadéquates dans le contexte océanien pour plusieurs raisons.

A l’opposé du cas africain, l’évangélisation a précédé la colonisation. Les missionnaires protestants et britanniques n’ontpas joué le rôle d’agent colonisateur. A la différence de la Nouvelle-Calédonie, l’appropriation du foncier reste réduite ; ce qui explique en partie l’échec de la colonisation de peuplement par les Français. La population autochtone, peu docile, refuse de travailler sur les grandes plantations ; ce manque de main d’oeuvre constitue un des principaux facteurs de l’échec de l’exploitation des terres et explique le recours à l’immigration.

La politique coloniale de la France manque de continuité. L’État français limite ses objectifs à une présence française dans le Pacifique qui se traduit par l’installation d’une administration française à Papeete dont l’influence reste limitée géographiquement et numériquement. L’insularité accentue les décalages entre les décisions prises par Paris et leur application.

Malgré l’action d’un puissant lobby favorable à l’expansion outre-mer, la politique coloniale française, entre 1881 et 1886, est qualifiée « d’attentisme » par Pierre-Yves Toullelan. Elle contraste avec les velléités d’expansion allemande dans le Pacifique dans un contexte de revanche par rapport à la défaite de 1871. Le percement du futur canal de Panama qui sera terminé en 1914, donne un intérêt économique accru au port de Papeete. A la différence de la situation de 1842, l’annexion de 1880 est rapide et ne provoque pas de contestations, à l’exception de la révolte des îles Sous-le-Vent.

En 1886, la nomination du nouveau gouverneur en la personne de Lacascade marque le début d’une politique d’intervention, et son action est facilitée par la durée de son mandat (1886-1893). Cette nouvelle stratégie coïncide avec un désengagement des Britanniques dans le Pacifique oriental. La France décide donc d’annexer les îles encore indépendantes proches des EFO comme les Australes ou les îles Sous-le-Vent.

Il existe une autre forme de colonisation non officielle et plus discrète de la part des potentats locaux d’origine étrangère ou métis appelés « demis ». Dans quelle mesure les dynamiques socio-économiques internes se substituent-elles à des pratiques coloniales expérimentées sur d’autres continents ? Il apparaît judicieux d’analyser dans la société des EFO, les contre-pouvoirs politiques (le gouverneur réduit les prérogatives des différents conseils ou assemblées s’opposant aux colons français ou d’origine étrangère), mais aussi les contre-pouvoirs économiques (échec des colons français et constitution des grandes fortunes « demies ») et sociaux (acculturation, l’école comme instrument politique, formation de nouvelles élites autochtones).

La Première Guerre Mondiale apparaît comme un tournant dans l’intégration des
insulaires à la Nation française. Après les effets de la grippe espagnole, les EFO connaissent un dynamisme démographique à partir de 1920. Dans le cadre de petites et moyennes exploitations, les autochtones choisissent des productions destinées à l’exportation et participent ainsi à une économie de traite.

Il est d’autant plus déplorable de prendre connaissance de propos racistes qu’ils sont proférés par un popaa bon teint, qu’il le veuille ou non, nourri au sein même de la République dans un poste de responsabilité administrative de l’éducation : bravo!
On comprend difficilement de telles attitudes incohérentes et il convient bien de les dénoncer, d’où qu’elles viennent .
JR

Par Hinarii le 14 August 2006 at 22:48

Suite au billet intéressant de Jérôme, sur son blog poisson cru, je suis intervenu dans le débat en ce qui concerne l’histoire et la réalité sociologique de la Nouvelle-Zélande. Car je trouve intéressant de faire un parallèle entre les deux formes de colonisation.

En Nouvelle-Zélande, il y a vraiment une colonisation par la force. Colonisation de peuplement (plus d’un million de colons au cours du XIX è siècle) accompagnée d’une spoliation massive des maoris de leur terre.

Le Traité de Waitangi, évènement historique capital, a été une mascarade, car il n’a fait qu’habiller une spoliation à grande échelle et violente de la terre des maoris. Les guerres maories qui ont égréné le XIX è siécle traduisaient le rejet de ce traité par une majorité de chefs de tribus maoris.

Il y a eu quasi-disparition d’un peuple du fait des maladies importées et sa submersion par les colons anglais. A la fin du XiXè siècle, il restait 40.000 maoris contre 200.000 à l’arrivée des premiers colons !Ils étaient ignorés des néo zélandais blancs qui accroissaient leur emprise sur ce pays sans se préoccuper du Tratié de Waitangi.

La marginalisation contemporaine des maoris, l’exclusion sociale dont ils souffrent, la ghettoïsation, la surreprésentation des maoris dans la population carcérale,l’étouffoir en ce qui concerne les revendications foncières contemporaines…. On est loin de la reconnaissance de la culture maorie que certains voudraient nous faire croire. En fait, les pakehas cohabitent avec les maoris mais les ignorent dans la plus grande hypocrisie. Et ces pakehas craignent surtout d’éventuelles violence urbaines de cette population marginalisée et qui cumule tous les handicaps sociaux.

A côté, le protectorat français ne s’est pas traduit par une spoliation sanguinaire des terres des maohis, il n’y pas eu de batailles à grande échelle.

Aujourd’hui, le peuple maohi n’est pas minoritaire dans son pays et encore moins marginalisé, la langue maohi est encore bien vivante et parlée par une grande partie de la population.

Ce n’est que dans la période contemporaine que le gouvernement néo zélandais essaie de réparer très partiellement les "erreurs" du passé en restituant quelques réserves foncières quand les maoris se font un peu trop remuants…

Tiens, ces temps ci, une thèse quelque peu raciste surgit en Nouvelle-Zélande :le "gêne du guerrier" d’un soit disant scientifique néo zélandais ( blanc) qui expliquerait pourquoi il y a plus de violence chez les maoris…

Par Hinarii le 14 August 2006 at 22:48

Suite au billet intéressant de Jérôme, sur son blog poisson cru, je suis intervenu dans le débat en ce qui concerne l’histoire et la réalité sociologique de la Nouvelle-Zélande. Car je trouve intéressant de faire un parallèle entre les deux formes de colonisation.

En Nouvelle-Zélande, il y a vraiment une colonisation par la force. Colonisation de peuplement (plus d’un million de colons au cours du XIX è siècle) accompagnée d’une spoliation massive des maoris de leur terre.

Le Traité de Waitangi, évènement historique capital, a été une mascarade, car il n’a fait qu’habiller une spoliation à grande échelle et violente de la terre des maoris. Les guerres maories qui ont égréné le XIX è siécle traduisaient le rejet de ce traité par une majorité de chefs de tribus maoris.

Il y a eu quasi-disparition d’un peuple du fait des maladies importées et sa submersion par les colons anglais. A la fin du XiXè siècle, il restait 40.000 maoris contre 200.000 à l’arrivée des premiers colons !Ils étaient ignorés des néo zélandais blancs qui accroissaient leur emprise sur ce pays sans se préoccuper du Tratié de Waitangi.

La marginalisation contemporaine des maoris, l’exclusion sociale dont ils souffrent, la ghettoïsation, la surreprésentation des maoris dans la population carcérale,l’étouffoir en ce qui concerne les revendications foncières contemporaines…. On est loin de la reconnaissance de la culture maorie que certains voudraient nous faire croire. En fait, les pakehas cohabitent avec les maoris mais les ignorent dans la plus grande hypocrisie. Et ces pakehas craignent surtout d’éventuelles violence urbaines de cette population marginalisée et qui cumule tous les handicaps sociaux.

A côté, le protectorat français ne s’est pas traduit par une spoliation sanguinaire des terres des maohis, il n’y pas eu de batailles à grande échelle.

Aujourd’hui, le peuple maohi n’est pas minoritaire dans son pays et encore moins marginalisé, la langue maohi est encore bien vivante et parlée par une grande partie de la population.

Ce n’est que dans la période contemporaine que le gouvernement néo zélandais essaie de réparer très partiellement les "erreurs" du passé en restituant quelques réserves foncières quand les maoris se font un peu trop remuants…

Tiens, ces temps ci, une thèse quelque peu raciste surgit en Nouvelle-Zélande :le "gêne du guerrier" d’un soit disant scientifique néo zélandais ( blanc) qui expliquerait pourquoi il y a plus de violence chez les maoris…

Depuis Bougainville et le Supplément (1773) ajouté par Diderot à son Voyage autour du monde (1771) les Polynésiens ont pris une place tout à fait à part dans l’imaginaire des Français et plus généralement des Européens. Grâce à eux, et contrairement à ce que véhicule l’idéologie colonialiste, le sauvage n’est pas nécessairement cet être inférieur et misérable auquel la civilisation doit dispenser ses bienfaits. Il peut également constituer pour les Occidentaux un anti-modèle fascinant, l’image d’un bonheur naturel fondé sur l’absence de contrainte, la tolérance et la fraternité. Le sauvage « d’Otaïti », tel que le dépeint Diderot pour ses lecteurs est libre de tout préjugé ; on pourrait dire sans forcer le trait qu’il est l’incarnation de l’esprit des Lumières. Et bien sûr les philosophes de l’époque concluaient, au nom de ce que nous appelons aujourd’hui les droits de l’homme, qu’il fallait laisser en paix ces humains bénis des dieux (« Ah, Monsieur de Bougainville, éloignez vos vaisseaux des rives de ces innocents et fortunés Tahitiens ; ils sont heureux et vous ne pouvez que nuire à leur bonheur… » – Diderot, Compte rendu du Voyage de Bougainville destiné à la Correspondance littéraire de Grimm).
En réalité, comme on sait, c’est le contraire qui s’est produit. Loin de dissuader les entreprises coloniales, cette peinture d’un monde parfait, d’un paradis terrestre miraculeusement retrouvé, les a au contraire excitées.
La “mission civilisatrice” a quand même eu lieu avec ses bienfaits et ses méfaits. Mais dans le cas de la Polynésie, je pense que la balance a été positive : absence de travaux forcés, coexistence de deux modes de vie sans que l’un ne s’impose à l’autre, instauration d’un système de santé, rôle positif des missions, éducation…
C’est vrai que la question foncière a été relativement mal abordée et nous en payons le prix aujourd’hui. Mais même dans ce domaine, on est très loin de la spoliation massive des “autochtones” comme de nombreux pays colonisés en ont connu.
Il faut dire aussi que la société précoloniale était loin d’être idyllique. Le paradis était rêvé et projeté par des écrivains et philosophes extérieurs à cette société. Mais qu’en pensait le “manahune” ?

Par L'historien en herbe le 17 August 2006 at 0:13

En ce qui concerne la Nouvelle-Zélande, je confirme à propos du Traité de Waitangi.
En fait, ce traité fut signé par quelque 500 chefs maoris et le capitaine William Hobson (1792-1842), représentant de la reine Victoria et qui deviendra le premier gouverneur. Le traité déclarait que la Nouvelle-Zélande devenait un territoire britannique, mais garantissait en contrepartie certains droits aux Maoris, notamment des droits de propriété sur «leurs» terres. Le traité de Waitangi fut rédigé à la fois en anglais et en maori, mais il comportait d’importantes différences selon la version. Par exemple, la version maorie ne cédait aux Britanniques que le «droit de gouverner», alors que la version anglaise parlait de «souveraineté» proprement dite.
Dans ces conditions, les Maoris et les Britanniques ont interprété le traité en fonction de leurs intérêts respectifs, c’est-à-dire de façon inconciliable. Tandis que les Maoris ont considéré le traité comme une forme de partenariat, les Britanniques l’ont perçu comme la prise en compte d’une nouvelle colonie. Or, le gouvernement britannique n’a jamais ratifié le traité de Waitangi qui, de nos jours, passe pour une «manoeuvre politique frauduleuse», car les chefs maoris n’ont signé que la version maorie.
Par la suite, toutes les décisions politiques des Britanniques se sont fondées uniquement sur la version anglaise du document. Évidemment, le traité de Waitangi n’a pas réussi à assurer quelque paix que ce soit, puisque les conflits commencèrent immédiatement après sa signature. D’une part, Maoris et Britanniques interprétèrent différemment les clause du traité; d’autre part, l’arrivée massive de colons européens mécontenta les Maoris qui subirent ainsi d’énormes pression pour céder leurs terres.
Dans les faits, le traité servit à spolier les Maoris de leurs terres. L’entente reconnaissait à l’origine 66,4 millions d’acres de terres aux autochtones, mais 38 ans plus tard il ne leur en restait plus que 11 millions. Les Maoris appelèrent raupatu le mécanisme de dépossession de leurs terres par des moyens qu’ils estimèrent illégaux : c’était d’abord la confiscation pure et simple, puis l’achat des terres à des prix ridicules, suivi de la création forcée des «réserves maories».
De plus, les fameuses «réserves maories» étaient contrôlées par des administrateurs de la Couronne afin de promouvoir officiellement l’établissement des Maoris. En général, le gouvernement louait à perpétuité les terres maories aux colons à des prix inférieurs aux taux du marché. Tous les Maoris furent assujettis à la raupatu. Pendant que les Maoris restaient confinés dans l’arrière-pays à une vie de misère, le pays fut colonisé au profit des Britanniques, surtout des Anglais, mais aussi à l’avantage des Écossais, des Irlandais et des Gallois. La population maorie ira en décroissant durant tout le XIXe siècle.

Par Richard le 17 August 2006 at 0:17

La Nouvelle-Zélande devint un État indépendant de la Grande-Bretagne en 1907, mais le pays resta gouverné par les Britanniques néo-zélandais. Après la Première Guerre mondiale, la «question maorie» refit surface, surtout au cours des années trente, pour s’intensifier au début des années soixante avec le militantisme maori. Les principales revendications des Maoris portaient sur la restitution des terres reconnue dans le fameux traité de Waitangi (1840). En 1975, un tribunal Waitangi fut créé afin d’étudier les revendications maories concernant les terres et leur dédommagement, et de formuler des recommandations à ce sujet. Ce tribunal possédait les pouvoirs d’une commission d’enquête, qui furent renforcés en 1985 par l’adoption du Waitangi Amendment Act («Loi modifiant le traité du Waitangi»). Le tribunal Waitangi était constitué de membres de la magistrature de la Nouvelle-Zélande, d’Aînés et de chefs maoris, ainsi que d’un certain nombre de participants maoris et non maoris. Bien que les recommandations du tribunal ne soient pas exécutoires, elles ont permis de faire avancer le débat. Par exemple, le gouvernement de la Nouvelle-Zélande a reconnu que le système de la raupatu constituait une violation du traité de Waitangi.
Au début des années quatre-vingt-dix, d’énormes portions du territoire néo-zélandais firent l’objet de réclamations auprès des tribunaux. La plupart des litiges concernaient les nombreuses terres appartenant à l’État. En 1994, un accord entre les Maoris de Waikato et le gouvernement permit de régler de nombreux litiges avec des tribus particulières. Cependant, les progrès apparurent fort lents, ce qui fit réapparaître la contestation maorie, cette fois avec une certaine violence. En fait, la contestation maorie a remis en cause les institutions néo-zélandaises en revendiquant la «souveraineté maorie» avec comme point de départ la restitution des «terres spoliées» par les colons britanniques au cours du XIXe siècle. Pour le gouvernement néo-zélandais, le traité de Waitangi ne reconnaissait aucunement un quelconque droit à l’autodétermination, encore moins un droit à la sécession, ce qui remettrait en cause l’existence même du pays.
Finalement, le 22 mai 1994, James Bolger et Dame Arkinui Te Atairangikaahu (reine des Tainu), la plus importante fédération tribale maorie, signèrent un accord réglant les litiges concernant quelque 50 000 hectares de terres saisis illégalement par les colons européens au cours des années 1860. Cet accord comprenait des remboursements ainsi que la restitution des terres contrôlées par le gouvernement d’une valeur estimée à 116 millions de dollars US. En 1995, la reine d’Angleterre, Elizabeth II, offrait ses excuses au peuple maori, tandis que le gouvernement néo-zélandais restituait une bonne part des territoires revendiqués.
Toutefois, la question maorie semble se poursuivre, car les Maoris sont aux prises avec de nombreuses difficultés telles que le taux de chômage élevé, une criminalité peu enviable, l’abandon scolaire généralisé, la violence familiale endémique, etc. Par ailleurs, en raison de leur droit sur les terres issues du traité de Waitangi, les Maoris refusent que le gouvernement adopte une loi garantissant l’accès au littoral à tout citoyen néo-zélandais. Le gouvernement de la Nouvelle-Zélande s’était engagé à verser un règlement global (connu sous le nom d’«enveloppe fiscale») de l’ordre de un milliard de dollars néo-zélandais, ce qui excluait l’indemnité versée aux tiers. Ce règlement a, lui aussi, fait l’objet d’un litige. Les Maoris considèrent cette somme «artificielle» et «insuffisante». Le gouvernement actuel a fini par supprimer le «plafond» sur les ententes, mais son souvenir constitue encore une menace pour les Maoris.

Par Richard le 17 August 2006 at 0:17

La Nouvelle-Zélande devint un État indépendant de la Grande-Bretagne en 1907, mais le pays resta gouverné par les Britanniques néo-zélandais. Après la Première Guerre mondiale, la «question maorie» refit surface, surtout au cours des années trente, pour s’intensifier au début des années soixante avec le militantisme maori. Les principales revendications des Maoris portaient sur la restitution des terres reconnue dans le fameux traité de Waitangi (1840). En 1975, un tribunal Waitangi fut créé afin d’étudier les revendications maories concernant les terres et leur dédommagement, et de formuler des recommandations à ce sujet. Ce tribunal possédait les pouvoirs d’une commission d’enquête, qui furent renforcés en 1985 par l’adoption du Waitangi Amendment Act («Loi modifiant le traité du Waitangi»). Le tribunal Waitangi était constitué de membres de la magistrature de la Nouvelle-Zélande, d’Aînés et de chefs maoris, ainsi que d’un certain nombre de participants maoris et non maoris. Bien que les recommandations du tribunal ne soient pas exécutoires, elles ont permis de faire avancer le débat. Par exemple, le gouvernement de la Nouvelle-Zélande a reconnu que le système de la raupatu constituait une violation du traité de Waitangi.
Au début des années quatre-vingt-dix, d’énormes portions du territoire néo-zélandais firent l’objet de réclamations auprès des tribunaux. La plupart des litiges concernaient les nombreuses terres appartenant à l’État. En 1994, un accord entre les Maoris de Waikato et le gouvernement permit de régler de nombreux litiges avec des tribus particulières. Cependant, les progrès apparurent fort lents, ce qui fit réapparaître la contestation maorie, cette fois avec une certaine violence. En fait, la contestation maorie a remis en cause les institutions néo-zélandaises en revendiquant la «souveraineté maorie» avec comme point de départ la restitution des «terres spoliées» par les colons britanniques au cours du XIXe siècle. Pour le gouvernement néo-zélandais, le traité de Waitangi ne reconnaissait aucunement un quelconque droit à l’autodétermination, encore moins un droit à la sécession, ce qui remettrait en cause l’existence même du pays.
Finalement, le 22 mai 1994, James Bolger et Dame Arkinui Te Atairangikaahu (reine des Tainu), la plus importante fédération tribale maorie, signèrent un accord réglant les litiges concernant quelque 50 000 hectares de terres saisis illégalement par les colons européens au cours des années 1860. Cet accord comprenait des remboursements ainsi que la restitution des terres contrôlées par le gouvernement d’une valeur estimée à 116 millions de dollars US. En 1995, la reine d’Angleterre, Elizabeth II, offrait ses excuses au peuple maori, tandis que le gouvernement néo-zélandais restituait une bonne part des territoires revendiqués.
Toutefois, la question maorie semble se poursuivre, car les Maoris sont aux prises avec de nombreuses difficultés telles que le taux de chômage élevé, une criminalité peu enviable, l’abandon scolaire généralisé, la violence familiale endémique, etc. Par ailleurs, en raison de leur droit sur les terres issues du traité de Waitangi, les Maoris refusent que le gouvernement adopte une loi garantissant l’accès au littoral à tout citoyen néo-zélandais. Le gouvernement de la Nouvelle-Zélande s’était engagé à verser un règlement global (connu sous le nom d’«enveloppe fiscale») de l’ordre de un milliard de dollars néo-zélandais, ce qui excluait l’indemnité versée aux tiers. Ce règlement a, lui aussi, fait l’objet d’un litige. Les Maoris considèrent cette somme «artificielle» et «insuffisante». Le gouvernement actuel a fini par supprimer le «plafond» sur les ententes, mais son souvenir constitue encore une menace pour les Maoris.

Pour continuer les comparaisons, on peut parler des îles Cook. En 1823, le missionnaire anglais John Williams, représentant de la London Missionary Society, importa le christianisme (protestantisme). Puis tous les missionnaires ou pasteurs imposèrent leurs moeurs et leur langue (l’anglais) aux insulaires de Rarotonga ainsi qu’à leurs «cousins», les Maohi de la Polynésie française. Malheureusement, les Européens amenèrent avec eux des maladies, lesquelles décimèrent la population maorie de Rarotonga, qui passa de quelque 7000 habitants à environ 2000 en quelques années. En 1843, au moment où les Français occupaient Tahiti et les îles de ce qui deviendra la «Polynésie française», les habitants des îles Cook demandèrent la protection du gouvernement britannique pour les défendre en cas d’attaque française.
Le gouvernement britannique n’accéda à la requête des habitants des îles Cook qu’en 1888 en instaurant un protectorat. Mais les Britanniques se montrèrent peu disposés à les défendre contre les Français et préférèrent inciter les insulaires à émigrer en Nouvelle-Zélande. En 1898, un Néo-Zélandais, le major W. E. Gudgeon devint le «résident» britannique” avec l’objectif de préparer la voie à la Nouvelle-Zélande pour qu’elle annexât les îles Cook, mais beaucoup de Néo-Zélandais préférèrent que les îles Cook fussent plutôt annexées par la Grande-Bretagne. L’un des résultats de l’annexion britannique entraîna la liberté de religion et l’arrivée de nombreux missionnaires provenant de confessions différentes. La première église catholique fut érigée en 1896. Au terme de leur protectorat, les Britanniques s’étaient simplement contentés d’imposer l’anglais dans l’Administration de l’archipel et avaient laissé le domaine de l’éducation aux missionnaires qui enseignaient à la fois en maori et en anglais.
Après plusieurs magouilles politiques, les îles Cook furent officiellement annexées le 7 octobre 1900 par la Nouvelle-Zélande. L’année suivante, l’île Niue subit le même sort, bien que traditionnellement les îles Cook et l’île Niue avaient toujours été associées aux Samoa et à Tonga. En 1903, les îles Cook furent placées sous une administration distincte, mais demeurèrent en fait une colonie sous le contrôle de la Nouvelle-Zélande.
En 1946, les habitants des îles Cook purent élire leur propre Conseil législatif et participer davantage à l’administration de leur archipel. Après la Seconde Guerre mondiale, la Nouvelle-Zélande fit venir sur son territoire des milliers d’ouvriers en provenance non seulement des îles Cook, mais aussi des îles Samoa, de l’île Niue et de l’île Tokelau. Le Nouvelle-Zélande acquit ainsi le plus grand nombre de Polynésiens ayant quitté leur île d’origine.

Par Gilbert le 17 August 2006 at 22:12

Continuons avec Hawaii : l’archipel d’Hawaï fut peuplé à partir du Ve siècle de notre ère par des Polynésiens qui y ont développé une culture originale. Les îles Hawaii n’ont cependant été découvertes par l’explorateur anglais James Cook qu’en 1778. Celui-ci les a d’abord nommées îles Sandwich en l’honneur de son protecteur, John Montagu, quatrième comte de Sandwich et premier lord de l’Amirauté, avant d’y être assassiné en 1779.
L’archipel, alors habité par environ un million de Polynésiens, était partagé en quatre royaumes, mais le roi Kamehameha Ier parvint à conquérir la quasi-totalité de l’archipel en 1795. En 1820, des missionnaires presbytériens américains s’installèrent dans les îles et ils furent rejoints en 1827 par des catholiques français.
L’indépendance d’Hawaï fut reconnue par les États-Unis en 1842, mais la France (1842) et la Grande-Bretagne (1843) s’y opposèrent. Puis, l’archipel devint l’objet d’un intense affrontement entre ces trois puissances tout au cours du XIXe siècle. Pendant ce temps, les colons britanniques développaient les plantations de canne à sucre, qui nécessitaient beaucoup de main-d’oeuvre à bon marché.
La Masters and Servants Act, une loi britannique adoptée en 1850, favorisa l’importation de travailleurs de Grande-Bretagne et d’Irlande, mais surtout de travailleurs étrangers, notamment de Chine et du Japon. Entre 1851 et 1896, le Hawaiian Board of Immigration fit venir 46 000 Chinois de la province de Kwangtung, qui parlaient le cantonais, le hakka ou le punti. De 1878 à 1887, ce fut le tour de 12 000 travailleurs portugais arrivés des îles Madère et des Açores (auxquels s’est ajouté un afflux de 6000 immigrants supplémentaires entre 1906 et 1913). L’immigration japonaise a commencé en 1886 et, jusqu’en 1924, ce furent 180 000 travailleurs japonais qui se joignirent à la population locale. Plus tard, ont suivi quelques milliers de travailleurs coréens. Entre 1853 et 1933, on fit venir quelque 46 000 Chinois (avant 1898), 180 000 Japonais, 115 000 Philippins et 7900 Coréens.
Les contacts avec ces milliers de travailleurs étrangers amenèrent cependant des maladies inconnues auparavant et décimèrent rapidement la population autochtone d’origine polynésienne. Après moins d’un siècle de contacts avec les Blancs et les autres ethnies «de couleur», soit vers la fin du XIXe siècle, les Hawaïens polynésiens étaient passés d’un million d’habitants à seulement 40 000.
Par la suite, les luttes d’influence menées avec succès par les Américains — dont l’armée, les fonctionnaires et les chefs d’entreprises — ont finalement abouti, bien sûr au nom de la démocratie, à la déposition en 1893 de la reine hawaïenne Liliuokalani et à la proclamation, le 4 juillet 1894, de la république d’Hawaï. Malgré l’opposition de nombreux citoyens, le nouveau régime fut contraint de demander l’annexion aux États-Unis, laquelle devint effective le 12 août 1898, soit à la fin de la guerre hispano-américaine. En étendant leur domination à Hawaï, les Américains atteignaient l’un de leurs objectifs expansionnistes. L’anglais fut aussitôt proclamé l’unique langue officielle d’Hawaï. Dès lors, il devint illégal, jusqu’en 1987, d’apprendre l’hawaïen dans les écoles publiques de l’île, sauf en tant que que langue étrangère.
Hawaï devint un territoire fédéral autonome en 1900 et prit une importance stratégique capitale au lendemain de la Première Guerre mondiale, au fur et à mesure que s’ aggravait la rivalité américano-japonaise. Le développement des infrastructures économiques, maritimes et aériennes, et l’utilisation de l’île comme base militaire, assurèrent ensuite la prospérité d’Hawaï.
Devenue le pivot essentiel de la défense américaine dans le Pacifique, la base navale de Pearl Harbor fut victime, le 7 décembre 1941, des forces aériennes japonaises qui infligèrent de graves pertes à la flotte américaine, mais celles-ci eurent pour principal effet d’engager définitivement les États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale.
En 1959, une référendum eut lieu dans l’archipel, alors que les milliers de soldats des forces armées américaines bénéficiaient du droit de vote, ce qui eut pour résultat de favoriser une majorité de voix en faveur de l’accession d’Hawaï au rang d’État américain. Hawaï devint, le 21 août 1959, le 50e État américain. Les îles Hawaï, distantes de plus de 4000 km des côtes américaines, constituent pour les États-Unis un enjeu stratégique majeur; elles servent de «vitrine» dans le Pacifique et symbolise la zone d’influence des États-Unis dans toute cette immense région du monde.

Et les îles Samoa ? Les îles Samoa sont habitées depuis au moins 1000 avant notre ère, mais elle ne furent découvertes par les Occidentaux qu’en 1722 grâce au Hollandais Roggeveen. L’archipel devint un objet de rivalité au XIXe siècle entre les Allemands, les Britanniques et les Américains. En 1899, les Allemands se virent confirmer la possession de la partie occidentale et les États-Unis reçurent la partie orientale (les Samoa américaines). Au début de la Première Guerre mondiale, les Samoa occidentales furent occupées par la Nouvelle-Zélande qui les reçut ensuite comme mandat de la Société des Nations, puis des Nations unies en 1946.
Lors d’un référendum tenue en 1961, les habitants des Samoa occidentales se prononcèrent pour l’indépendance et la fin de la tutelle néo-zélandaise. Dès lors, les Samoa occidentales devinrent le premier État polynésien indépendant sous le nom officiel de État indépendant des Samoa. Le 2 juillet 1997, le Parlement a modifié le nom officiel du pays pour l’appeler simplement Samoa, ce qui n’empêche pas que le pays soit encore appelé, pour des raisons pratiques, les «Samoa occidentales». Les habitants de ce pays réclament aujourd’hui la réunification avec les Samoa américaines dont les citoyens ont un niveau de vie beaucoup plus élevé.

Par Roland le 19 August 2006 at 11:09

Merci à vous tous pour vos commentaires, vos informations, vos précisions. Tout converge, le cas polynésien est bien un cas à part dans la zone. Mais manquent les causes : idéologie des Lumières ? Catholicisme ? car on oublie un peu le rôle des protestants dans ces annexions souvent injustes. Je peux me tromper. A vous !

Par Gilbert le 19 August 2006 at 20:13

A tes ordres Roland…

On va commencer par l’exemple de Tahiti ?

Allons-y :

En 1797, les premiers pasteurs de la London Missionary Society s’établirent à Tahiti, afin d’évangéliser les autochtones et les convertir au protestantisme. Vers 1826, les prêtres catholiques empêchés d’y accoster entreprirent, pour leur part, l’évangélisation des Marquises, des Tuamotu et des Gambier. C’est à cette époque que les tensions entre les catholiques français et les protestants anglais furent les plus vives, les uns tentant de refouler les autres. Ainsi, des missionnaires catholiques s’implantèrent dans des îles délaissées par la London Missionary Society, mais ils abordèrent Tahiti en 1836.

Sous le règne de Pomaré II (1780-1821), une partie de la population polynésienne de Tahiti devint protestante au prix de sanglants combats qui la décimèrent. Pomaré II s’imposa comme monarque, cumulant pouvoir temporel et pouvoir spirituel, il se fit le protecteur de la «nouvelle religion» protestante. Puis il imposa son protectorat aux îles Tuamotu et aux îles Australes en s’appuyant sur les pasteurs protestants et les Polynésiens convertis. Il laissa le trône à son fils, Pomaré III, mais comme celui-ci mourut en bas âge (un an), il fut remplacé par sa soeur Aimata (1813-1877), qui régna pendant cinquante ans sous le nom de Pomaré IV. Sous l’insistance du missionnaire George Pritchard (1796-1883) qui faisait fonction de consul d’Angleterre, la reine Pomaré IV expulsa les missionnaires catholiques français et fit du protestantisme la religion officielle de son royaume.

En guise de représailles, le capitaine de vaisseau Abel-Aubert Dupetit-Thouars (1793-1864) obtint, dès 1838, réparation de Pomaré IV qui dut reconnaître en 1843 le protectorat français à Tahiti. Le capitaine Dupetit-Thouars proclama l’annexion de Tahiti à la France et étendit en 1844 le protectorat français aux Marquises.

Selon les termes du traité instituant le protectorat, la France reconnaissait l’existence de deux États souverains liés par une convention. D’une part, la reine Pomaré IV conservait son pouvoir à l’égard de ses sujets, alors que la France garantissait la souveraineté du monarque ainsi que l’autorité des chefs polynésiens; la France reconnaissait aussi la possession des terres par les Tahitiens ainsi que le libre exercice de leur culte; en matière de justice, la souveraine continuait d’exercer sa compétence et sa juridiction sur ses sujets polynésiens. D’autre part, la France devenait compétente pour tout ce qui concernait les Européens, c’est-à-dire les étrangers, ainsi que les relations extérieures, la sécurité individuelle, les droits de propriétés et l’ordre public.

Les missionnaires anglais furent expulsés en 1852, tandis que la reine Pomaré IV était renversée à la suite d’insurrections. Elle fut rétablie par la France, mais elle abdiqua en faveur de son fils Pomaré V. Cette période se révéla troublée, puisque l’arrivée des Européens conduisit à un phénomène d’acculturation qui porta gravement atteinte aux fondements de la société polynésienne; en outre, l’alcoolisme et les épidémies ravagèrent les populations polynésiennes.

En 1865, le pasteur anglais Jacques Stewart fit venir un millier de coolies chinois de Canton afin d’exploiter une plantation de coton et de café à Atimaono. En 1873, la plantation fit faillite et la main-d’oeuvre chinoise ne fut jamais rapatriée.

Comme je l’ai précisé pour les îles Cook, c’est le missionnaire anglais John Williams, représentant de la London Missionary Society qui importa le christianisme (protestantisme). Puis tous les missionnaires ou pasteurs imposèrent leurs moeurs et leur langue (l’anglais) aux insulaires de Rarotonga ainsi qu’à leurs «cousins», les Maohi de la Polynésie française.

Ce que l’on discerne dans la colonisation anglaise dans le Pacifique, c’est le rôle primordial de la London missionary society comme vecteur premier de la présence anglaise avant l’annexion politique et l’acompagnement militaire éventuel.

Dans le cas de la Nouvelle-Zélande, outre le vecteur religieux, le colonisateur anglais "crée" pour la circonstance, une société commerciale dont les pratiques de spoliation des terres sont tellement brutales et enveniment tellement la situation avec les maoris, que même, l’autorité militaire est obligé de "calmer les ardeurs" de cette société commerciale pour éviter les risques d’un affrontement généralisé avec les tribus maories.

En général, on n’est donc pas dans la forme colonisatrice " sabre et goupillon", mais plutôt dans le tryptique " missionnaire, aventurier et marchand", renforcés par le colon agricuteur lorsque la surface de terres agricoles le permet.

Cette forme peut s’expliquer en raison du rôle géostratégique relativement limité des îles du pacifique par rapport aux continents américain, africain, et asiatique.

Les colonisations" effectives" sont d’ailleurs relativement tardives dans l’histoire générale de la colonisation.

Il est clair que les religieux importent avec eux leur nationalité. Ce n’est clairement pas "l’Eglise universelle", mais l’Eglise du colonisateur.

Les luttes d’influence religieuses provoquent l’intrusion du politique et du militaire. Ce qui est paradoxal par rapport au message religieux proprement dit. Mais on a vu que dans l’histoire de l’humanité, beaucoup de guerres étaient liées à des antagonismes religieux.

Autre constante dans le pacifique : les maladies importées par les "blancs ( aventuriers ou autres) qui font presque disparaitre les peuples premiers ou les premiers occupants de ces îles. L’hécatombe a été terrible dans toute l’Océanie…

Par Richard le 20 August 2006 at 12:19

En Nouvelle Calédonie, en 1840, les teachers de la London Missionary Society s’établirent aux îles Loyauté afin d’évangéliser les autochtones et les convertir au protestantisme. De son côté, la Mission mariste française, bénéficiant du soutien de l’État et de l’armée, s’installa dans les îles, le 20 décembre 1843, et tenta de convertir les autochtones au catholicisme. Les îles Loyauté devinrent alors le théâtre, souvent sanglant, de sévères luttes de pouvoir entre les pasteurs protestants et les missionnaires catholiques

A Tonga, au début des années 1800, une longue période d’instabilité et de désordres politiques suivit la visite de Cook aux Tonga. Les guerres civiles s’achevèrent en 1845 lorsque les insulaires s’unirent en un royaume dirigé par le chef Taufa Ahau Tupou Ier considéré comme un descendant des Tui Tonga. Durant cette période, les pasteurs méthodistes tentèrent de christianiser les habitants et introduisirent l’écriture qui devint l’orthographe officiel du tongien. Tupou Ier se convertit au christianisme et fut à l’origine de la monarchie constitutionnelle de 1862 qui demeure encore en vigueur de nos jours et qui gouverne Tongatapou et les autres îles environnantes. Durant le règne de Tupou Ier (1845-1893), les îles Tonga restèrent une nation indépendante et unifiée.

Aux îles Gilbert, au XIXe siècle, les îles de ce qui sera Kiribati ont vu débarquer de nombreux Européens, que ce soit des matelots, explorateurs, missionnaires anglais protestants au sud et catholiques français au nord, ainsi que des représentants de maisons de commerce australiennes, allemandes ou américaines.

L’île de Niué ne fut découverte par les Occidentaux qu’en 1774: ce fut l’explorateur britannique James Cook qui l’appela «île du Prince Frederick», mais en raison de l’hostilité avec laquelle il y avait été reçu, il la baptisa Savage Island (l’île des Sauvages). Le capitaine Cook est reparti, mais il avait tracé le nom de l’île sur ses cartes. Les premiers missionnaires britanniques de la London Missionary Society arrivèrent après l’expédition de Cook, mais le christianisme ne fut définitivement implanté qu’en 1846. L’île fut alors administrée par la London Missionary Society jusqu’en 1900 où elle devint officiellement un protectorat britannique en même temps que les îles Cook.

Évidemment, les Anglais n’ont jamais demandé aux insulaires ce qu’ils pensaient de se faire gouverneur par des étrangers! Ils se sont retrouvés devant le fait accompli.

Après plusieurs magouilles politiques, les îles Cook furent officiellement annexées le 7 octobre 1900 par la Nouvelle-Zélande. L’année suivante, l’île de Niué subit le même sort, bien que traditionnellement les îles Cook et l’île Niué avaient toujours été associées aux Samoa et à Tonga.

Par L'historien en herbe le 21 August 2006 at 22:12

A Tokelau, dans les années 1850, des missionnaires catholiques et protestants (de la London Missionary Society), introduisirent le christianisme qui fut adopté par tous les insulaires. Vers 1860, des navires péruviens cherchant de la main d’œuvre à bon marché pour travailler dans les mines du Pérou, visitèrent les trois îles des Tokelau. Les Péruviens forcèrent plus de 250 hommes valides à se rendre au Pérou, ce qui correspondait alors à la quasi-totalité de la population active masculine. Puis les maladies (variole et dysenterie) décimèrent ces travailleurs forcés. Peu d’entre eux ont pu revenir aux Tokelau. Par la suite, les habitants des Tokelau se reportèrent sur les conseils des anciens, les Taupulega, pour gouverner les îles. Sur chacune des trois îles, les familles étaient représentées individuellement au sein du Taupulega.

A Wallis et Futuna, l’influence européenne se fit sentir plus nettement en novembre 1837 avec l’implantation de missions catholiques françaises. Les archipels de Wallis et de Futuna furent rapidement convertis au christianisme par les pères maristes. Le père Chanel, l’un des fondateurs de la Mission de Futuna, fut assassiné le 28 avril 1841, ce qui entraîna des conflits entre les royaumes. Dès le 5 avril 1842, les autorités coutumières firent une première demande de protectorat à la France; quelques mois plus tard, les royaumes d’Alo et de Sigave (Futuna) firent de même. Cette demande ne fut ratifiée qu’en 1887, sous le règne, à Wallis, de la reine Amélia. Le traité signé consolidait les positions françaises dans le Pacifique, tout en assurant la protection des Wallisiens et des Futuniens en cas de conflit. Cependant, Wallis et Futuna restaient rattachées administrativement à la Nouvelle-Calédonie. Le statut de protectorat fut remanié en mai 1910 et ratifié à nouveau en novembre de la même année. Ce n’est qu’en 1931 que Wallis-et-Futuna connut sa première liaison maritime avec la Nouvelle-Calédonie ainsi que l’introduction du franc français dans l’économie.

Aux îles Marsahall, les îles appartenaient à l’Espagne qui les céda officiellement en 1899 à l’Allemagne; les Allemands s’y étaient déjà installés en 1885 et avaient commencé à les exploiter comme colonie pour le commerce. Les îles furent ensuite partie du protectorat de la Nouvelle-Guinée. La plupart des étrangers qui arrivèrent aux îles Marshall étaient des négociants, des industriels désireux de s’enrichir et des missionnaires venus évangéliser les autochtones; sont arrivés aussi des des pêcheurs de baleines et des écumeurs de grève (les «beachcombers») qui faisaient escale pour se réapprovisionner.

Par L'historien en herbe le 21 August 2006 at 22:12

A Tokelau, dans les années 1850, des missionnaires catholiques et protestants (de la London Missionary Society), introduisirent le christianisme qui fut adopté par tous les insulaires. Vers 1860, des navires péruviens cherchant de la main d’œuvre à bon marché pour travailler dans les mines du Pérou, visitèrent les trois îles des Tokelau. Les Péruviens forcèrent plus de 250 hommes valides à se rendre au Pérou, ce qui correspondait alors à la quasi-totalité de la population active masculine. Puis les maladies (variole et dysenterie) décimèrent ces travailleurs forcés. Peu d’entre eux ont pu revenir aux Tokelau. Par la suite, les habitants des Tokelau se reportèrent sur les conseils des anciens, les Taupulega, pour gouverner les îles. Sur chacune des trois îles, les familles étaient représentées individuellement au sein du Taupulega.

A Wallis et Futuna, l’influence européenne se fit sentir plus nettement en novembre 1837 avec l’implantation de missions catholiques françaises. Les archipels de Wallis et de Futuna furent rapidement convertis au christianisme par les pères maristes. Le père Chanel, l’un des fondateurs de la Mission de Futuna, fut assassiné le 28 avril 1841, ce qui entraîna des conflits entre les royaumes. Dès le 5 avril 1842, les autorités coutumières firent une première demande de protectorat à la France; quelques mois plus tard, les royaumes d’Alo et de Sigave (Futuna) firent de même. Cette demande ne fut ratifiée qu’en 1887, sous le règne, à Wallis, de la reine Amélia. Le traité signé consolidait les positions françaises dans le Pacifique, tout en assurant la protection des Wallisiens et des Futuniens en cas de conflit. Cependant, Wallis et Futuna restaient rattachées administrativement à la Nouvelle-Calédonie. Le statut de protectorat fut remanié en mai 1910 et ratifié à nouveau en novembre de la même année. Ce n’est qu’en 1931 que Wallis-et-Futuna connut sa première liaison maritime avec la Nouvelle-Calédonie ainsi que l’introduction du franc français dans l’économie.

Aux îles Marsahall, les îles appartenaient à l’Espagne qui les céda officiellement en 1899 à l’Allemagne; les Allemands s’y étaient déjà installés en 1885 et avaient commencé à les exploiter comme colonie pour le commerce. Les îles furent ensuite partie du protectorat de la Nouvelle-Guinée. La plupart des étrangers qui arrivèrent aux îles Marshall étaient des négociants, des industriels désireux de s’enrichir et des missionnaires venus évangéliser les autochtones; sont arrivés aussi des des pêcheurs de baleines et des écumeurs de grève (les «beachcombers») qui faisaient escale pour se réapprovisionner.

Par Daniel le 26 August 2006 at 19:47

Suite aux travaux de Freycinet (1817-1820), Duperrey (1822, 1825), d’Urville (1822-1840) au 19e siècle, la présence européenne en Océanie s’est accrue grâce à l’émigration d’aventuriers, de marins déserteurs, de missionnaires, de batteurs de grève, de baleiniers, de marchands et de travailleurs, notamment pour les plantations australiennes et les mines de Nouvelle-Calédonie. L’influence des missionnaires en Océanie était considérable : à la fin du 19e siècle, on y comptait un missionnaire pour 1 000 habitants, comparativement à un pour 50 000 en Afrique.

À cette époque, la London Missionnary Society commençait ses activités à Tonga et aux Marquises, sans grand succès. Tahiti devint alors le foyer de l’évangélisation. Ce foyer s’est rapidement étendu jusqu’aux îles Cook, Samoa et aux autres archipels plus à l’ouest.

Ainsi, les Églises chrétiennes, tant protestantes que catholiques, ont pénétré toutes les îles et rivalisé entre elles pour convertir les Océaniens. Ces rivalités occidentales ont engendé d’importantes transformations culturelles chez les populations locales, dont l’exacerbation des clivages sociaux traditionnels.

Par Daniel le 26 August 2006 at 19:47

Suite aux travaux de Freycinet (1817-1820), Duperrey (1822, 1825), d’Urville (1822-1840) au 19e siècle, la présence européenne en Océanie s’est accrue grâce à l’émigration d’aventuriers, de marins déserteurs, de missionnaires, de batteurs de grève, de baleiniers, de marchands et de travailleurs, notamment pour les plantations australiennes et les mines de Nouvelle-Calédonie. L’influence des missionnaires en Océanie était considérable : à la fin du 19e siècle, on y comptait un missionnaire pour 1 000 habitants, comparativement à un pour 50 000 en Afrique.

À cette époque, la London Missionnary Society commençait ses activités à Tonga et aux Marquises, sans grand succès. Tahiti devint alors le foyer de l’évangélisation. Ce foyer s’est rapidement étendu jusqu’aux îles Cook, Samoa et aux autres archipels plus à l’ouest.

Ainsi, les Églises chrétiennes, tant protestantes que catholiques, ont pénétré toutes les îles et rivalisé entre elles pour convertir les Océaniens. Ces rivalités occidentales ont engendé d’importantes transformations culturelles chez les populations locales, dont l’exacerbation des clivages sociaux traditionnels.

Par Roland le 29 August 2006 at 14:32

Encore une fois, merci à vous !!! Vos commentaires, pertinents et documentés, permettront j’espère à tous les visteurs d’avoir les moyens de penser avec davantage de raison la situation du pays. Encore une fois, merci !

Je viens de lire avec une grande attention l’ensemble des commentaires traitant de la colonisation des iles du Pacifique de peuplement maori.
Ceci a eu le mérite de parfaire mes connaissances historiques locales.
Je me permets de résumer (sous votre contrôle) ce qui a été écrit et notamment la comparaison entre la colonisation "à la française" et "à l’anglaise".
Il semble indéniable que l’ensemble des missionaires de toutes origines ont prêché non seulement pour leurs églises mais aussi pour leurs nationalités.
On ne peut ignorer le rôle tenu par la religion catholique, en particulier aux Marquises. Et il n’est ni faux, ni exagéré de dire que ce sont les missionnaires et dans une moindre mesure l’ensemble des "colonisateurs" qui se sont investi avec bonheur pour sauver d’une probable disparition cette population.
Or, on remarque que les anglais, et les missionnaires protestant avaient une approche beaucoup plus dure, beaucoup plus agressive.
Il est exact que la France hormis quelques cas isolés, s’est comporté honnorablement en respectant les populations locales. Les terres appartiennent toujours aux polynésiens, aucune spoliation n’est intervenue. Les coutumes locales, l’identité culturelle forte, le sentiment d’appartenance à un peuple ; tout cela empli d’une incroyable richesse qui m’emerveille encore, a su perdurer.
Au lendemain d’une polèmique stérile propre aux français qui adorent larmoyer sur leur passé. Polèmique qui traitait du "rôle positif de la colonisation" je pense sincèrement, en souhaitant ne pas vous heurter, que la France a eu un rôle globalement positif dans le Pacifique et surtout en Polynésie.
Je ne sais de quoi l’avenir sera fait, mais l’intelligence mise en oeuvre par ces deux peuples que beaucoup de concepts opposaient, pour vivre en parfaite harmonie, pour s’accaparer tout ce qui a de riche chez l’un sans pour autant renier ses propres racines, est une grande réussite. Le mot fraternité au fronton des édifices publics ne me parait pas vain ici.
Sans rebondir, ni me permettre de juger la politique locale, je trouve néammoins dommage que le premier homme du Pays insulte aussi gravement par tous ces " manquements protocolaires" à répétition la France. Il ne parvient qu’à donner une piètre image d’un peuple incroyable et d’une civilisation d’une richesse rare.

Je viens de lire avec une grande attention l’ensemble des commentaires traitant de la colonisation des iles du Pacifique de peuplement maori.
Ceci a eu le mérite de parfaire mes connaissances historiques locales.
Je me permets de résumer (sous votre contrôle) ce qui a été écrit et notamment la comparaison entre la colonisation "à la française" et "à l’anglaise".
Il semble indéniable que l’ensemble des missionaires de toutes origines ont prêché non seulement pour leurs églises mais aussi pour leurs nationalités.
On ne peut ignorer le rôle tenu par la religion catholique, en particulier aux Marquises. Et il n’est ni faux, ni exagéré de dire que ce sont les missionnaires et dans une moindre mesure l’ensemble des "colonisateurs" qui se sont investi avec bonheur pour sauver d’une probable disparition cette population.
Or, on remarque que les anglais, et les missionnaires protestant avaient une approche beaucoup plus dure, beaucoup plus agressive.
Il est exact que la France hormis quelques cas isolés, s’est comporté honnorablement en respectant les populations locales. Les terres appartiennent toujours aux polynésiens, aucune spoliation n’est intervenue. Les coutumes locales, l’identité culturelle forte, le sentiment d’appartenance à un peuple ; tout cela empli d’une incroyable richesse qui m’emerveille encore, a su perdurer.
Au lendemain d’une polèmique stérile propre aux français qui adorent larmoyer sur leur passé. Polèmique qui traitait du "rôle positif de la colonisation" je pense sincèrement, en souhaitant ne pas vous heurter, que la France a eu un rôle globalement positif dans le Pacifique et surtout en Polynésie.
Je ne sais de quoi l’avenir sera fait, mais l’intelligence mise en oeuvre par ces deux peuples que beaucoup de concepts opposaient, pour vivre en parfaite harmonie, pour s’accaparer tout ce qui a de riche chez l’un sans pour autant renier ses propres racines, est une grande réussite. Le mot fraternité au fronton des édifices publics ne me parait pas vain ici.
Sans rebondir, ni me permettre de juger la politique locale, je trouve néammoins dommage que le premier homme du Pays insulte aussi gravement par tous ces " manquements protocolaires" à répétition la France. Il ne parvient qu’à donner une piètre image d’un peuple incroyable et d’une civilisation d’une richesse rare.

 

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